Libye : la drôle de guerre entre le Maréchal Haftar et le président turc Erdogan

Le colonel Mohamad Gnounou (à G) et le maire de Gharyan, Youssef al-Bdiri (2e à G), porte-parole du gouvernement d\'Accord national (GNA), donnent une conférence de presse le 29 juin 2019, après la reprise de la ville par les forces fidèles au gouvernement de Fayez al-Sarraj basé à Tripoli.
Le colonel Mohamad Gnounou (à G) et le maire de Gharyan, Youssef al-Bdiri (2e à G), porte-parole du gouvernement d'Accord national (GNA), donnent une conférence de presse le 29 juin 2019, après la reprise de la ville par les forces fidèles au gouvernement de Fayez al-Sarraj basé à Tripoli. (MAHMUD TURKIA / AFP)

La tension est montée très fort entre Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est libyen, et Ankara après l’arrestation de ressortissants turcs et la destruction d’un drone à l’aéroport de Tripoli.

Furieux du dernier revers de ses troupes dans l’offensive contre Tripoli, avec la perte stratégique de Gharyan située à une centaine de kilomètres de la capitale, le Maréchal Haftar a contre-attaqué en élargissant le champ de sa menace.

Haftar accuse la Turquie de soutenir militairement al-Sarraj

La reconquête rapide et par surprise, le 26 juin 2019, par les forces de son rival al-Sarraj, chef du Gouvernement d’accord national (GNA) de cette ville, dont il avait fait le centre de commandement de son opération, a en effet porté un sérieux coup à ses hommes qui ont du fuir précipitamment, selon une équipe de l’AFP qui a réussi à se rendre sur place.

Soutenu lui-même par l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis et l’Egypte, le Maréchal s’en est pris aux autorités turques qu’il accuse de soutenir militairement ses rivaux. Il a ordonné à ses forces de prendre pour cible les navires et intérêts turcs, d’interdire les vols depuis et vers la Turquie et d’arrêter les ressortissants turcs en Libye, a indiqué son porte-parole, Ahmad al-Mesmari, cité par l’AFP.

Des ordres aussitôt suivis d’effet puisque ses forces ont annoncé le 30 juin avoir abattu un drone turc à l’aéroport de Tripoli. "Nos chasseurs ont visé un drone turc de type Bayraktar, au cours de son décollage et l'ont détruit sur la piste de la zone militaire" de l'aéroport de Mitiga, le seul fonctionnel de la capitale libyenne.

Les forces de Haftar "des cibles légitimes" pour Ankara

Quelques heures auparavant la Turquie avait révélé et dénoncé l’arrestation de six de ses ressortissants en territoire libyen et brandi à son tour des menaces. "La détention de six de nos concitoyens par des milices illégales liées à Haftar est un acte de violence et de piraterie. Nous nous attendons à ce que nos concitoyens soient libérés immédiatement", a déclaré le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué."Si cela n'arrive pas, des forces d'Haftar deviendront des cibles légitimes", a-t-il averti.

Le ministre turc de la Défense, Hulusi Akar, avait prévenu lui aussi que son pays riposterait à toute attaque. "Il y aura un prix très élevé à payer à toute attitude hostile ou attaque. Nous riposterons de la façon la plus efficace et forte", a-t-il déclaré à l'agence de presse turque Anadolu.

Les six ressortissants turcs relâchés

Ces tensions entre la Libye d’Haftar et la Turquie d’Erdogan sont liées au soutien qu’Ankara continue d’apporter aux forces du GNA, malgré l’embargo sur la livraison d’armes imposé par l’ONU, à la Libye depuis le soulèvement de 2011, qui a emporté le régime de Kadhafi. Le 19 juin, le président turc avait lui-même confirmé que des armes que son pays avait fournies au GNA ont permis à Tripoli de "rééquilibrer" la situation face aux forces de Khalifa Haftar.

Les menaces de représailles turques auront-elles été plus fortes que celles du Maréchal Haftar ? Le 1er juillet au matin, le ministère turc des Affaires étrangères annonçait que les Turcs détenus par les hommes de Haftar avaient été relâchés. Présentant les six Turcs comme des "marins", une source au ministère des Affaires étrangères a affirmé qu'ils avaient été libérés et avaient "décidé eux-mêmes de rester" en Libye pour y poursuivre leur travail.

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