Référendum catalan : "Madrid ne pourra pas empêcher partout la tenue de ce vote"

Des manifestants attendent la libération d\'officiels catalans arrêtés par les autorités gouvernementales, à Barcelone, le 22 septembre 2017.
Des manifestants attendent la libération d'officiels catalans arrêtés par les autorités gouvernementales, à Barcelone, le 22 septembre 2017. (SUSANA VERA / REUTERS)

Barbara Loyer, directrice de l'Institut français de géopolitique à l'université Paris 8 et spécialiste de l'Espagne, a mesuré, vendredi sur franceinfo, les chances des indépendantistes catalans de mettre en place leur référendum.

Le gouvernement de Madrid en Espagne a envoyé des renforts policiers en Catalogne pour tenter d'empêcher la tenue du référendum d'autodétermination du 1er octobre alors que l'exécutif régional catalan, la Generalitat, a réaffirmé jeudi 21 septembre, sa volonté d'organiser le scrutin.

Barbara Loyer, directrice de l'Institut français de géopolitique à l'université Paris 8, spécialiste de l'Espagne, a estimé vendredi 22 septembre sur franceinfo que si Madrid ne pourra "pas empêcher sa tenue partout", il pourra le "rendre non pertinent".

franceinfo : Le gouvernement de Madrid est-il en train de réussir à faire annuler ce référendum ?

Barbara Loyer : Il ne pourra pas vraiment. Si les gens veulent aller voter, y compris dans des petites communes, il ne pourra pas l'empêcher partout. Il pourra le rendre non pertinent, et empêcher qu'il ne ressemble à quelque chose.

Les Catalans sont partagés entre indépendantistes et ceux qui veulent rester au sein de l'Espagne : l'attitude du gouvernement central de Madrid envers les dirigeants catalans peut-elle faire pencher la balance en faveur des séparatistes ?

Difficile de le savoir : en plus des séparatistes, il y a maintenant toute une extrême gauche qui se disait non-indépendantiste mais qui considère que le référendum doit avoir lieu. Cela crée un volant d'électeurs. On ne sait pas combien ils vont être, et à quel point ils vont rejoindre les indépendantistes sur le thème du référendum. Par exemple, Pablo Iglesias, le leader de Podemos, a considéré qu'il fallait que ce référendum ait lieu. Il en profite pour faire une offensive à Madrid contre un parti socialiste qui considère que le référendum est illégal. Donc il y a une lutte à l'intérieur de la gauche. 

Toute une partie de l'extrême gauche catalane est capable de faire un appoint, même temporaire, aux indépendantistes, parce qu'ils sont dans une lutte de pouvoir avec le parti socialiste. Cela complique les pronostics.Barbara Loyer, spécialiste de l'Espagneà franceinfo

Quel est le sentiment du reste de la population espagnole sur la répression mise en place par le gouvernement de Madrid ?

Le nombre de personnes qui s'exprime en faveur de l'application de la loi et de l'interdiction de ce référendum grandit. Ce sont des journalistes, des professeurs d'université, qui demandent que le système constitutionnel espagnol soit protégé, et que ne puisse pas avoir lieu une sédition dans le chaos actuel. C'est le système démocratique espagnol qui est attaqué par les responsables de la Generalitat.

L'attitude du gouvernement de Madrid est tout de même assez violente à l'égard des indépendantistes...

Pour l'instant, elle ne l'est pas. Le gouvernement applique la loi, fait appel à des juges avant de rentrer dans les institutions de la Generalitat, de prendre des documents, ou d'arrêter des personnes. Ce sont des décisions de justice. Ils appliquent la loi au maximum et surtout font une confiance très relative à la police autonome catalane, dont une partie des officiers pourrait saboter des opérations de police, parce qu'une partie des officiers soutient les indépendantistes. Le gouvernement espagnol fait en sorte de pouvoir agir de manière autonome du pouvoir local.

"C'est le système démocratique espagnol qui est attaqué par les responsables de la Generalitat" Barbara Loyer, spécialiste de l'Espagne, à franceinfo.
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