Baisse de la délinquance : faut-il croire Claude Guéant ?

Le ministre de l\'Intérieur, Claude Guéant, le 29 août 2011 à Marseille (Bouches-du-Rhône).
Le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, le 29 août 2011 à Marseille (Bouches-du-Rhône). (BORIS HORVAT / AFP)

Le ministre de l'Intérieur affirme que la délinquance a baissé en France en 2011, "pour la neuvième année consécutive". Des chiffres toujours délicats à manier.

"La tendance générale, c'est que pour la neuvième année consécutive, la délinquance en 2011 est en baisse en France", a annoncé mardi 17 janvier Claude Guéant sur RTL. Une "baisse de 0,34 %" très précisément. Est-il possible de quantifier ainsi la délinquance générale ? Le sociologue Laurent Mucchielli affirme le contraire et souligne les "artifices utilisés" pour rendre les chiffres favorables.

• Qu'annonce Claude Guéant ?

Le ministre de l'Intérieur dénombre "12 000 faits de moins" par rapport aux 3 521 256 faits comptabilisés officiellement en 2010. "Les atteintes aux personnes sont stables, en augmentation de 0,1 %, les atteintes aux biens baissent, les infractions économiques et financières baissent."

"En revanche, les cambriolages de résidences principales et secondaires sont en augmentation de 16 %, a expliqué Claude Guéant. C'est dû à un phénomène nouveau qu'il est très difficile de combattre, qui est celui des 'raids' menés par des personnes originaires d'Europe centrale et orientaleC'est très difficile à combattre parce que ce sont des gens qui passent d'un pays à l'autre très rapidement."

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Lors d'une conférence de presse plus tard dans la matinée, le ministre a indiqué que, par rapport à 2002, la délinquance générale "a baissé de 16,47 %, soit de 678 000 faits", en soulignant que depuis la même année "la population française a augmenté de 3 200 000 habitants"

• Pourquoi Claude Guéant s'attend-il à des critiques ?

Les chiffres de la délinquance sont régulièrement l'objet de polémiques. La controverse tient surtout aux méthodes de l'organisme à l'origine de ces chiffres, l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP).

Conscient de ces critiques, Claude Guéant a tenu à faire une précision : "La façon dont je présente les choses aujourd'hui sera sans doute la dernière parce qu'on peut aller vers un système plus moderne, mais il n'empêche que ce que je présente est rigoureusement exact." Le ministre insiste sur la valeur de "thermomètre" des chiffres de l'ONDRP, qui permettent de relever des évolutions d'une année à l'autre.

Que reproche-t-on aux "chiffres de la délinquance" ?

"Il faudrait être particulièrement ignorant ou hypocrite pour prendre pour argent comptant [les chiffres] mis en avant aujourd’hui par Claude Guéant", juge Laurent Mucchielli. Ces statistiques "ne peuvent malheureusement pas constituer une véritable mesure de l'évolution des délinquances". Eternel pourfendeur de ces données et de l'"exercice de communication politique" qui en découle, le chercheur n'a pas attendu les déclarations de Claude Guéant pour les commenter dès lundi sur son blog.

Evoquant des "artifices utilisés" pour rendre ces chiffres "favorables", Laurent Mucchielli renvoie notamment vers "une note interne du directeur général de la gendarmerie nationale, en date du 15 septembre 2011, qui expliquait en détail à ses troupes quelles étaient les consignes du ministère de l'Intérieur pour produire à la fin de l'année les 'bons chiffres'".

Selon le chercheur, les statistiques de la gendarmerie et de la police ne sont pas "les chiffres de la délinquance". "Elles sont le résultat de l'enregistrement des procès-verbaux dressés par ces fonctionnaires, ce qui ne représente qu'une petite partie de la délinquance", comme il l'expliquait l'an dernier dans un billet. "En outre, les contraventions ne sont pas comptées, ni les délits routiers, ni la plupart des infractions au droit du travail, au droit de l'environnement, au droit fiscal, etc."

"Ce n'est pas en travestissant les chiffres, en maquillant les faits, en présentant la délinquance et la criminalité en trompe-l'œil que l'on progresse", a affirmé ce mardi le sénateur socialiste François Rebsamen, chargé de la sécurité au sein de l'équipe de campagne de François Hollande.

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