Comment les expertises sur la mort d'Adama Traoré ont évolué

Une manifestation afin de réclamer \"vérité et justice\" pour Adama Traoré, en présence de sa famille, à Lyon le 22 janvier 2017. 
Une manifestation afin de réclamer "vérité et justice" pour Adama Traoré, en présence de sa famille, à Lyon le 22 janvier 2017.  (?NICOLAS LIPONNE/WOSTOK PRESS / MAXPPP)

Une nouvelle expertise demandée par la famille d'Adama Traoré confirme que la mort du jeune homme lors de son interpellation en juillet 2016, dans le Val-d'Oise, est due à un "état asphyxique aigu". Mais il reste à établir les raisons de cette asphyxie.

Comment Adama Traoré est-il mort ? Si les circonstances de l'interpellation du jeune homme de 24 ans par trois gendarmes, le 19 juillet 2016 à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise), sont connues, les causes de son décès restent à établir.  

Une nouvelle expertise demandée par la famille d'Adama Traoré confirme que la mort du jeune homme est due à un "état asphyxique aigu",  dont la cause reste à établir, selon le rapport révélé par Le Parisien daté du mercredi 5 juillet et confirmé à franceinfo par l'avocat de la famille. Près d'un an après ce drame, qualifié de "bavure" policière par l'entourage d'Adama Traoré, retour sur les différentes expertises réalisées après la mort du jeune homme. 

Adama Traoré souffrait d'une "infection très grave", selon le procureur

Deux jours après la mort du jeune homme, le 21 juillet 2016, le rapport d'autopsie est révélé par le procureur de la République de Pontoise. Selon Yves Jannier, Adama Traoré souffrait d'une "infection très grave (...) touchant plusieurs organes", responsable d'un "malaise cardiaque". "Une hypothèse que les rapports d’autopsie en possession du procureur n’évoquaient pas", explique Le Monde (article abonnés) le 15 septembre, alors que le magistrat est sur le point d'être muté. 

Par ailleurs, le jeune homme ne portait pas de "traces de violences significatives", précise le procureur de Pontoise à l'époque. La cause de la mort d'Adama Traoré "semble être médicale", précise-t-il. Le jeune homme, que ses proches décrivent comme sportif et en bonne santé, était "manifestement en hyperthermie au moment où il a été examiné par les services de secours". Par ailleurs, des "égratignures" ont été constatées "mais rien de significatif", selon le magistrat.

Yves Jannier a "systématiquement omis, dans sa communication à la presse, les incertitudes des médecins légistes sur les causes de l’asphyxie" qui a entraîné la mort du jeune homme, souligne Le Monde en septembre.

Une contre-expertise écarte l'existence de "lésions d'allure infectieuse"

Le 28 juillet, une contre-expertise est réalisée à la demande de la famille Traoré par un collège d'experts de l'Institut médico-légal de Paris. Cette contre-autopsie conclut à une mort par "syndrome asphyxique", mais écarte l'existence de "lésions d'allure infectieuse" mentionnées dans l'autopsie et mises en avant par le procureur à l'époque du décès d'Adama Traoré.

Après cette contre-expertise, qui ne mettait pas en évidence de traces de violence, la famille avait demandé une nouvelle expertise. Le 29 juillet, le procureur de la République refuse d'ordonner une troisième autopsie. Des prélèvements réalisés sur le cœur d'Adama Traoré ont montré qu'il avait une "pathologie cardiaque", qui "est potentiellement la cause directe" de sa mort, explique alors le magistrat. 

Finalement, la demande de la famille est acceptée par les juges d'instruction parisiens chargés du dossier, depuis le dépaysement de l'enquête en janvier.

La troisième expertise confirme la thèse de la mort par asphyxie

"L'ensemble de ces constatations permet de conclure que la mort de M. Adama Traoré est secondaire à un état asphyxique aigu, lié à la décompensation – à l'occasion d'un effort et de stress", affirment les médecins dans leurs conclusions, consultées par Le Parisien. Il reste à établir les raisons de l'asphyxie. Fait notable, le professeur Jean-Patrick Barbet et le docteur Pierre Validiré estiment qu'"aucun signe ne permet d’évoquer un état infectieux antérieur" chez Adama Traoré, contrairement à ce qu'avait indiqué l'ex-procureur de Pontoise. 

Cela confirme la thèse soutenue par la famille Traoré, selon laquelle le décès d'Adama Traoré résulterait de violences volontaires consécutives à une compression thoracique.Yassine Bouzrou, avocat de la famille Traoréà franceinfo

"Il s'agit d'une expertise très importante qui va clairement à l'encontre des déclarations faites par les autorités de Pontoise et mettent en cause les gendarmes de Beaumont-sur-Oise, estime l'avocat de la famille Traoré. Car aujourd'hui, il est évident qu'il y a des indices graves ou concordants laissant présumer que les gendarmes ont commis une infraction de violences volontaires ayant entrainé la mort sans l'intention de la donner."  

Pour appuyer sa thèse, Yassine Bouzrou a renvoyé vers les témoignages des gendarmes, qui "avaient indiqué avoir mis tout leur poids, à trois, sur le corps de M. Traoré. On peut en déduire qu'il s'agit d'une compression thoracique. La compression thoracique est connue pour provoquer l'asphyxie", précise Me Yassine Bouzrou. 

Lors de son arrestation, le jeune homme âgé de 24 ans avait été maintenu au sol sous "le poids des corps" de trois gendarmes, selon une source proche de l'enquête citant les déclarations de l'un des militaires, qui assurait n'avoir porté aucun coup. La question de savoir si Adama Traoré est mort par asphyxie à cause notamment d'une fragilité cardiaque ou d'une compression thoracique lors de l'intervention des gendarmes, ou à ces deux facteurs cumulés, "n'est pas tranchée" à ce stade des investigations, estime une source proche du dossier citée par l'AFP.

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