Des fleurs en hommage aux otages tués durant l\'attaque de l\'Hyper Cacher, porte de Vincennes à Paris, le 12 janvier 2015.
Des fleurs en hommage aux otages tués durant l'attaque de l'Hyper Cacher, porte de Vincennes à Paris, le 12 janvier 2015. (MILAN SZYPURA/HAYTHAM-REA / HAYTHAM PICTURES)

RECIT. "Une course contre la montre" : de "Charlie Hebdo" à l'Hyper Cacher, sur les traces d'Amedy Coulibaly

Le procès s'annonce historique. Du 2 septembre au 10 novembre, 14 accusés sont jugés devant la cour d'assises spéciale de Paris. Ils sont soupçonnés d'avoir participé, à des degrés divers, à la préparation des attentats commis les 7, 8 et 9 janvier 2015 à Paris et ses alentours, qui ont fait 17 victimes. L'enquête colossale qui a suivi a permis d'identifier d'éventuels complices d'Amedy Coulibaly et de comprendre comment le terroriste avait pu agir. Mais des zones d'ombre subsistent autour de la façon dont Chérif et Saïd Kouachi se sont préparés. Les juges ont préféré séparer ce volet de l'enquête, pour poursuivre les investigations sur leurs soutiens, et plus particulièrement sur Peter Cherif, cadre d'Al-Qaïda au Yémen, interpellé en décembre 2018. L'instruction, toujours en cours, pourrait aboutir à un autre procès.

C'est donc le réseau d'Amedy Coulibaly qui va davantage être passé au crible au fil de l'audience, à partir de mercredi. A cette occasion, franceinfo a interrogé ceux qui ont vécu de près ces actes terroristes, qu'ils soient victimes ou au sommet de l'Etat. Ils reviennent sur le parcours du tueur de Montrouge et de l'Hyper Cacher pendant ces trois journées d'horreur qui ont marqué la France à jamais.

Intervention des secours après l\'attentat de Chalie Hebdo au 10 rue Nicolas-Appert, à Paris (11e arrondissement), le 7 janvier 2015. 
Intervention des secours après l'attentat de Chalie Hebdo au 10 rue Nicolas-Appert, à Paris (11e arrondissement), le 7 janvier 2015.  (MARTIN BUREAU / AFP)

7 janvier 2015 : "Il n'y avait que des larmes, pas de cris"

L'image est captée à l'aéroport de Madrid (Espagne), le 2 janvier 2015. Hayat Boumeddiene, épouse religieuse d'Amedy Coulibaly, et Mehdi Belhoucine, un proche du terroriste, patientent au comptoir. L'homme brun, les cheveux ramenés en catogan, et la jeune femme au visage poupin, ceint d'un foulard blanc, décollent à 14h25 pour Istanbul (Turquie), direction la Syrie. Les autorités surveillent déjà depuis plusieurs mois le départ de jihadistes vers la zone irako-syrienne. Elles redoutent la préparation d'attentats depuis ces territoires, admet, cinq ans plus tard, l'ancien ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.

La question n'était pas de savoir si nous serions frappés, mais quand et selon quelles modalités.

Bernard Cazeneuve, ex-ministre de l'Intérieur 

A ce moment-là, et malgré leur fiche S, les frères Kouachi et Amedy Coulibaly ne sont pas dans le viseur des services de renseignement. Amedy Coulibaly est d'ailleurs reparti libre après un banal contrôle routier à Paris, le 30 décembre 2014.

Image diffusée le 12 janvier 2015 par une agence de presse turque, montrant Hayat Boumeddiene et Medhi Belhoucine à l\'aéroport de Madrid (Espagne) le 2 janvier 2015.
Image diffusée le 12 janvier 2015 par une agence de presse turque, montrant Hayat Boumeddiene et Medhi Belhoucine à l'aéroport de Madrid (Espagne) le 2 janvier 2015. (STR / IHLAS NEWS AGENCY / AFP)

A 33 ans, l'ancien braqueur originaire de Grigny (Essonne) s'est radicalisé au gré de ses rencontres en détention et vient de purger une peine dans un dossier de terrorisme. Il est en pleins préparatifs et se fait pressant avec ceux qui ont contracté auprès de lui des dettes dans des affaires de stupéfiants. Pas question de "lui niquer ses plans", s'entend dire un ancien rappeur qui lui doit 30 000 euros. "Dolly", comme il est surnommé en prison, a besoin d'argent pour acheter le matériel destiné aux attentats : trois gilets tactiques, deux couteaux, un Taser, deux "gazeuses" lacrymogènes… Et surtout des armes à feu. Le 3 janvier, il se rend en Belgique avec Ali Riza Polat, un délinquant multirécidiviste rencontré en 2007 à Grigny. Les deux hommes sont restés proches et, comme l'estimeront les magistrats plus tard, ils partagent la même idéologie en faveur du groupe Etat islamique.

Dans la soirée du 6 janvier, le téléphone d'Amedy Coulibaly borne à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), près du domicile de Chérif Kouachi. Les deux hommes, qui se connaissent depuis un séjour commun à la prison de Fleury-Mérogis, ont-ils réglé ensemble les derniers détails des attaques ? Chérif Kouachi a-t-il récupéré des armes, fournies par Amedy Coulibaly ? Les investigations le suggèrent. Le lendemain, le terroriste de Montrouge et de l'Hyper Cacher reçoit un ultime SMS de Chérif Kouachi, à 10h19. Probablement pour l'avertir du début de leur cavalcade meurtrière.

Une heure plus tard, Chérif et Saïd Kouachi pénètrent dans les locaux de Charlie Hebdo, au 10 rue Nicolas-Appert, cagoulés, vêtus de noir et lourdement armés. Ils ouvrent le feu sur les personnes présentes dans la rédaction. La tuerie fait 12 morts. Les frères Kouachi quittent les lieux en hurlant : "On a vengé le prophète". Sur leur chemin, ils se trouvent nez à nez avec des policiers et exécutent, à terre, l'un d'entre eux, Ahmed Merabet.

"Ça y est, nous y sommes", pense Bernard Cazeneuve lorsqu'il est informé du massacre. Le ministre se rend sur place avec le président de la République, François Hollande. "Il n'y a que des larmes, pas de cris, pas de scènes", se remémore le locataire de la place Beauvau. En quelques minutes, la décision est prise : le parquet antiterroriste se saisit de l’enquête. A sa tête, François Molins, dont le visage rassurant restera tristement associé aux attentats qui ont frappé la France ces dernières années. Lui se dit marqué par "le silence, la très forte odeur de sang et de poudre" et "l'enchevêtrement des corps" sur la scène de crime. Une cellule de crise, composée de plus d'une trentaine de magistrats, est activée, et l'enquête est confiée à plusieurs services de police spécialisés. Un vent de panique souffle dans les couloirs et les bureaux des services de renseignement français. "Tous les policiers de la DGSI ont fait la queue à l'armurerie pour se réarmer", visualise encore un ex-agent.

François Molins, alors procureur de la République de Paris, lors d\'une conférence de presse près des locaux du journal \"Charlie Hebdo\", le 7 janvier 2015.
François Molins, alors procureur de la République de Paris, lors d'une conférence de presse près des locaux du journal "Charlie Hebdo", le 7 janvier 2015. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Pendant ce temps, Amedy Coulibaly agit dans l'ombre. Il a quitté son appartement de Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine) pour en louer un autre, à Gentilly (Val-de-Marne). A 14 heures, il reçoit un e-mail avec des instructions. L'expéditeur n'a pas été identifié mais sa provenance, la Turquie, laisse penser qu'il peut s'agir de Mohamed Belhoucine, le frère de Medhi, qui a lui aussi décollé de Madrid le 2 janvier. A 20h30, alors que la traque des frères Kouachi s'intensifie, un joggeur est touché par plusieurs tirs pendant son footing le long de la coulée verte, à Fontenay-aux-Roses. Romain, 33 ans, voit s'approcher un homme dont le visage est masqué par l'obscurité et une capuche à fourrure. Il entend : "Tiens, prends ça, enculé". Il parvient à s'enfuir. Miraculé, il ignore toujours, cinq ans plus tard, qui s'en est pris à lui et pourquoi. Les investigations n'ont pas permis d'identifier formellement le tireur. Mais François Molins en est toujours convaincu : Amedy Coulibaly a testé ce soir-là son pistolet russe Tokarev, qui sera retrouvé à l'Hyper Cacher.

Les services de secours interviennent après l\'assassinat d\'une policière municipale, Clarissa Jean-Philippe, à Montrouge (Hauts-de-Seine), le 8 janvier 2015.
Les services de secours interviennent après l'assassinat d'une policière municipale, Clarissa Jean-Philippe, à Montrouge (Hauts-de-Seine), le 8 janvier 2015. (THOMAS SAMSON / AFP)

8 janvier 2015, "On n'a quasiment pas dormi cette nuit-là"

Le lendemain, le pays se réveille en état de choc. Anne Collignon a encore la tuerie à Charlie Hebdo en tête quand elle perd le contrôle de sa voiture, dans une voie de bus, avenue Pierre-Brossolette à Montrouge (Hauts-de-Seine), à deux pas de Paris. Le pare-chocs avant de sa Clio est embouti. Clarissa Jean-Philippe et Jonathan, deux policiers municipaux, se rendent sur place. Ils tentent de rassurer l'automobiliste et régulent la circulation autour de l'accident. Deux agents de la ville, Laurent et Eric, les rejoignent pour nettoyer la voirie. Il est environ 8 heures, tous les quatre attendent une dépanneuse. Soudain, retentissent des bruits métalliques, comme des cailloux jetés sur une voiture. Tout va très vite. Laurent se retourne. Il voit un homme tirer avec un fusil d'assaut. Il aperçoit aussi le visage déformé de son collègue Eric, maculé de sang. Il agrippe le fusil. L'agresseur lui reprend. Déséquilibré, Laurent tombe à genoux. "Tu veux jouer, tu vas crever", assène l'individu, qui sort une arme de poing et le met en joue. Il appuie sur la détente. Laurent entend le clic. Mais l'arme s'enraye. L'homme s'enfuit.

De l'autre côté de l'avenue, Clarissa Jean-Philippe gît au sol. Elle est blessée par balle à la carotide et décède après son transport à l'hôpital. "Clarissa avait 27 ans. Ce n'est pas vraiment l'âge de quitter le monde. C'était une gamine très sage, qui savait ce qu'elle voulait et qui est partie trop tôt", souffle sa tante, Suzanne Alcindor.

Je suis en Conseil de défense à l'Elysée lorsque j'apprends qu'une policière municipale a été tuée. Comme il y a un contexte particulier et que j'ai une intuition, je me rends sur place. La manière dont Clarissa Jean-Philippe a été tuée me convainc d'une violence singulière.

Bernard Cazeneuve, ex-ministre de l'Intérieur

L'assassin de la policière municipale est en fuite. Comme les frères Kouachi : ils restent introuvables, après avoir été localisés près de Villers-Cotterêts (Aisne), où le GIGN, le Raid et la Brigade de recherche et d'intervention (BRI) sont déployés au même moment. "On ne sait plus où ils sont. Il y a un tas de rumeurs contradictoires, tout le monde a une frousse bleue qu'ils reviennent sur Paris et qu'ils tapent ailleurs", se remémore François Molins. Le lien entre les auteurs de la tuerie de Charlie Hebdo et le tireur de Montrouge est très vite fait. "Avant même d'en avoir la confirmation, un enquêteur évoque l'existence d'Amedy Coulibaly dans l'entourage des Kouachi. Tout le monde savait qu'ils se connaissaient, relate l'ancien chef du parquet antiterroriste, qui s’est de nouveau saisi de l’enquête. Des témoignages font état d'un type au teint mat, pas très grand, vêtu d'un anorak avec de la fourrure autour de la capuche." Des photos d'Amedy Coulibaly sont présentées à un témoin, qui le reconnaît. Néanmoins, lors de sa conférence de presse, Bernard Cazeneuve reste prudent. Il n'y a pas de "lien, à ce stade, entre ces deux événements", déclare-t-il à l'époque.

Bernard Cazeneuve, alors ministre de l\'Intérieur, sur les lieux de la fusillade à Montrouge (Hauts-de-Seine), le 8 janvier 2015.
Bernard Cazeneuve, alors ministre de l'Intérieur, sur les lieux de la fusillade à Montrouge (Hauts-de-Seine), le 8 janvier 2015. (THOMAS SAMSON / AFP)

L'identité d'Amedy Coulibaly n'est confirmée qu'aux alentours de minuit : l'ADN retrouvé sur une cagoule abandonnée sur l'avenue Pierre-Brossolette est bien le sien. "Une course contre la montre commence. On n'a quasiment pas dormi cette nuit-là", se souvient François Molins. Trois perquisitions sont menées dans l'urgence. "On fait chou blanc. Car il est déjà dans l'appartement conspiratif de Gentilly, où il va enregistrer, devant son drapeau et avec ses armes, la vidéo postée sur internet le samedi soir", retrace l'ancien procureur de Paris. Vidéo dans laquelle il est également écrit que le terroriste a fait exploser une voiture.

Or, ce soir-là, vers 20h30, François Molins se souvient avoir reçu un appel téléphonique à la cellule de crise du parquet de Paris. "Une collègue nous dit qu'elle vient d'entendre une énorme explosion à Villejuif", rapporte-t-il. Une Kangoo blanche vole en mille morceaux, aucune victime n’est à déplorer. "En fait, c'était très probablement Coulibaly qui s'exerçait avec ses cocktails Molotov, précise le magistrat, mais on ne l'a compris qu'a posteriori." Le lien est fait quand les enquêteurs analysent les explosifs saisis à l'épicerie Hyper Cacher. Ils identifient des composés similaires à ceux retrouvés sur la Kangoo. Car après avoir reçu par e-mail des instructions détaillées de la part du mystérieux donneur d'ordres, c'est dans ce magasin qu'Amedy Coulibaly sème la terreur.

Intervention du Raid et de la BRI à l\'Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à Paris, pour libérer les otages d\'Amedy Coulibaly, le 9 janvier 2015. 
Intervention du Raid et de la BRI à l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à Paris, pour libérer les otages d'Amedy Coulibaly, le 9 janvier 2015.  (THOMAS SAMSON / AFP)

9 janvier 2015, "J'ai entendu Amedy Coulibaly crier 'je vais tous les tuer'"

Il est environ 13 heures, ce vendredi, quand Alain Couanon franchit la porte de l'Hyper Cacher porte de Vincennes, à Paris. Ce diplomate à la retraite, familier des zones de conflit, est à la recherche d’houmous dans les rayons quand il entend des détonations. "Je me suis dit : 'tiens, c'est une arme automatique'", témoigne-t-il aujourd'hui. Amedy Coulibaly, kalachnikov en bandoulière et camera GoPro sur le torse, vient de tirer sur un employé. Yohan Cohen s'effondre sur les chariots à l'entrée. Le directeur du supermarché, Patrice Oualid, est touché au bras mais parvient à s'enfuir. Dans un mouvement de panique, plusieurs clients se précipitent dans l'escalier en colimaçon qui mène à deux chambres froides au sous-sol. Lassana Bathily, manutentionnaire, les aide à se cacher.

A l'étage, Amedy Coulibaly ordonne aux personnes présentes de se regrouper sans bouger. Il sort un deuxième fusil d'assaut de son sac de sport, ramène vers les caisses un client, Philippe Braham, et l'exécute. Puis il demande à l'une des caissières de baisser le rideau métallique du magasin. A ce moment-là, un autre client, François-Michel Saada, essaie d'entrer. Il lui manque un pain pour shabbat. Quand il voit Amedy Coulibaly, il fait demi-tour, mais le terroriste tire deux fois sur lui. "J'essayais d'appeler mon frère… Pas de réponse. J'avais un mauvais pressentiment, l'impression qu'il était à côté de moi, qu'il me disait 'Je ne peux pas te répondre, je suis mort'", raconte avec effroi Annie-Laure Saada, sœur de la victime.

Le patron du Raid arrive sur place une heure après le début de la prise d'otages. Jean-Michel Fauvergue, devenu depuis député LREM, vient de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne), où les frères Kouachi sont retranchés dans une imprimerie depuis le petit matin. Il rejoint les hommes de la BRI qui ont déjà pris place autour de l'Hyper Cacher et prend le commandement des deux forces réunies. "On renforce le dispositif avec des colonnes d'assaut et on met les snipers en position", précise-t-il. Trois postes de commandement sont installés sur la place et la prise de contact avec le preneur d'otages commence.

On a une nouvelle doctrine sur ces individus radicalisés : on n'amène pas à la reddition. On doit devenir le maître du temps face au terroriste qui fait semblant de négocier.

Jean-Michel Fauvergue, ancien patron du Raid

Dans l'Hyper Cacher, Amedy Coulibaly demande à une caissière d'aller chercher les otages réfugiés au sous-sol. Certains refusent de remonter, dont une mère et son bébé de 11 mois. D'autres acceptent, comme Alain Couanon et Yoav Hattab. Ce dernier tente de s'emparer d'un fusil d'assaut du terroriste posé sur une palette. Il échoue à tirer et se fait abattre.

L'attitude d'Amedy Coulibaly est déroutante. Il donne du "monsieur" à certains et s'inquiète de voir un petit garçon de 3 ans vomir. Mais il demande "le plus naturellement du monde" aux otages s'ils souhaitent qu'il achève Yohan Cohen, qui agonise. Puis vient le tour de table. Amedy Coulibaly n'a pas choisi une épicerie casher au hasard. "La cible portait sur nos concitoyens de confession juive avec un élan antisémite flagrant", rappelle aujourd'hui Samia Maktouf, l'avocate de Lassana Bathily. Amedy Coulibaly confisque les téléphones des otages et s'en sert pour appeler, notamment BFMTV. Il revendique l'attentat de Montrouge, dit agir au nom du groupe Etat islamique, et affirme être en lien avec les frères Kouachi, qui, eux, se réclament d'Al-Qaïda au Yémen.

A l'extérieur, règne un silence de plomb. Le schéma d'intervention se précise, grâce aux plans du magasin dessinés par Lassana Bathily, parvenu à s'enfuir par le monte-charge. Ce jeune musulman de 24 ans, originaire du Mali, est d'abord menotté "pendant une heure et demie". "Les policiers pensaient que j'étais un complice du terroriste, jusqu'à ce que des collègues leur assurent le contraire", raconte celui qui, depuis, a été érigé en héros. Lassana Bathily les aide également à identifier les bonnes clés dans le trousseau fourni par le directeur du magasin, hospitalisé après sa blessure par balle. Décision est prise de donner un assaut conjoint. D'abord à l'Hyper Cacher, puis à Dammartin-en-Goële. Les forces de l'ordre craignent qu'Amedy Coulibaly n'exécute les otages s'il apprend la mort des frères Kouachi.

François Molins est resté à Dammartin-en-Goële. "A ce moment-là, on ne sait pas comment on va s'en sortir, reconnaît-il. Il faut un assaut concomitant. Mais les choses ne vont pas se passer comme ça."

On entend la porte qui s'ouvre. Les deux Kouachi sortent comme des diables de leur boîte. Ils tirent avec leurs kalachnikovs.

François Molins, ancien procureur de la République de Paris

Le GIGN réplique et les tue. A 17h10, plus tôt que prévu, l'assaut est donné à l'Hyper Cacher. Amedy Coulibaly est au téléphone avec les négociateurs quand la porte arrière explose. Une colonne d'assaut s'avance mais essuie les tirs du terroriste. De l'autre côté, le rideau de fer se lève. Les hommes de la BRI et du Raid sont derrière. "J'ai entendu Amedy Coulibaly crier 'Je vais tous les tuer'. Je me suis jeté à terre avec mon sac sur la tête", raconte Alain Couanon. Le terroriste court les armes à la main et s'effondre au pied de la porte.

Bernard Cazeneuve, rentré à l'Elysée, suit l'assaut depuis le téléphone portable du préfet de police de Paris : "J'entends une déflagration puis le préfet compter d'une voix blanche. Je comprends qu'il s'agit des otages." L'ancien ministre de l'Intérieur entre dans le bureau de François Hollande. "Je le vois de dos, face à l'écran de télévision, en train de compter lui-même les otages qui sortent. Le président se retourne et il y a un grand moment d'effusion et de fraternité entre nous." Les 26 otages sont escortés sous les caméras du monde entier. Cinq membres des forces de l'ordre sont blessés mais sans gravité. Le ministre de l'Intérieur retourne sur place.

Je salue tous les gars de la BRI et du Raid cagoulés. Je ne vois que des yeux, que des regards, qui montrent fierté et effroi. C'est une scène incroyable, un moment très intense.

Bernard Cazeneuve, ex-ministre de l'Intérieur

Bernard Cazeneuve fait une brève déclaration. Il doit maintenant préparer la grande marche du dimanche 11 janvier à Paris. François Molins, lui, donne une deuxième conférence de presse pour retracer ces 36 heures meurtrières. Une longue enquête commence pour identifier les complices des trois terroristes.

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Texte : Catherine Fournier et Violaine Jaussent
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