"Quarantièmes rugissants", "cimetière marin" et boucles d'oreilles : bienvenue dans l'enfer du cap Horn

Vue du cap Horn, au sud de la Terre de Feu côté chilien, le 23 janvier 2011.
Vue du cap Horn, au sud de la Terre de Feu côté chilien, le 23 janvier 2011. (MAXPPP)

C'est un endroit mythique et redouté pour les marins : le leader du Vendée Globe, Armel Le Cléac'h, l'a franchi vendredi. Retour sur les légendes qui entourent le cap Horn.

"J'ai sorti le champagne pour le Horn." Solide leader du Vendée Globe, Armel Le Cléac'h a franchi, vendredi 23 décembre, le cap Horn, dernier des trois caps de l'épreuve (après le cap de Bonne-Espérance et celui de Leeuwin). 

Légendaire, mythique et redouté, ce célèbre cap "du bout du monde" est synonyme de délivrance pour le Breton. Franchi pour la première fois il y a exactement 400 ans, le cap Horn est situé à l'extrémité sud de l'archipel chilien de la Terre de Feu. Il marque la sortie symbolique de l'océan Pacifique et l'entrée dans l'Atlantique pour remonter vers l'Europe. 

Le cap Horn est situé à l’extrémité sud de l’archipel chilienne de la Terre de Feu. 
Le cap Horn est situé à l’extrémité sud de l’archipel chilienne de la Terre de Feu.  (GOOGLE MAPS)

L'"enfer" météorologique

L'emplacement du cap, une falaise haute de 580 m, lui confère des conditions météorologiques extrêmes. "C'est une espèce de petite montagne avec un sommet triangulaire. Il y a du grain, c'est magnifique, le ciel est très varié avec de gros nuages et des éclaircies", a décrit Armel Le Cléac'h, après avoir franchi le Horn, lors d'un duplex organisé par les organisateurs du Vendée Globe.

Le vent y souffle si fort (de 30 à 100 km/h) que les marins ont rebaptisé les latitudes : "quarantièmes rugissants", "cinquantièmes hurlants", "soixantièmes stridents". Des vents violents qui déchaînent les courants et entraînent des vagues "monstrueuses" pouvant atteindre 30 mètres de haut, indique le Centre national d'études spatiales qui s'intéresse aussi à cet "enfer"

Et ces vents peuvent se montrer imprévisibles. "D’un seul coup, on peut passer de 40 à 65 nœuds, raconte le skipper Raphaël Dinelli à 20 Minutes. Même avec la précision des prévisions météorologiques, on peut se faire piéger dans certaines dépressions. C’est assez épuisant", résume celui qui a participé à quatre Vendée Globe. Ajoutez à cette mer agitée des températures très basses qui donnent naissances à des icebergs... Seul le puissant albatros résiste à cette atmosphère de fin du monde, l'oiseau est d'aillleurs le symbole du cap Horn.

Le "cimetière marin"

Jusqu'à l'ouverture du canal de Panama en 1914, le "cap dur", comme il est surnommé, est un passage obligé entre l'Atlantique et le Pacifique. Il a longtemps été emprunté par des navigateurs, principalement pour le commerce, précise France inter. De quoi transformer le Horn en "cimetière marin" : on estime que plus de 800 bateaux y ont disparu et 10 000 hommes ont péri dans ses eaux. En 1949, le Pamir est le dernier navire commercial à franchir le Horn. Désormais, seuls les navigateurs aguerris franchissent ce passage aussi exigeant que fascinant.

Monument de l\'albatros, rendant hommage aux nombreux morts ayant tenté de passer le cap Horn, sur l\'île d\'Horn. 
Monument de l'albatros, rendant hommage aux nombreux morts ayant tenté de passer le cap Horn, sur l'île d'Horn.  (MAXPPP)

Mais même les plus endurcis peuvent se retrouver en difficulté. En 2009, lors du Vendée Globe, le bateau de Jean Le Cam chavire à l'approche du cap tant redouté. Le skipper chevronné déclenche alors sa balise de détresse. Deux de ses concurrents, Vincent Riou et un certain Armel Le Cléac'h, se détournent pour lui porter secours. Vincent Riou, avec un "stress énorme", atteint le premier le bateau de Jean Le Cam. Il filme brièvement la scène. "Quand j'ai entendu la voix de Vincent, le matin, je me suis demandé si c'était réel", se souvient le skipper secouru, interrogé par Paris Match

De la boucle d'oreille à la littérature : une icône culturelle 

Véritable icône, le cap Horn fait l'objet de nombreux récits de voyages. De 1831 à 1836, le jeune biologiste Charles Darwin effectue un tour du monde qui lui permet plus tard de publier L'Origine des espèces. Il raconte dans Voyage d’un naturaliste autour du monde son passage par le cap Horn. 

Nous doublons le cap Horn, battu par les tempêtes. La soirée est admirablement calme, et nous pouvons jouir du magnifique spectacle qu’offrent les îles voisines. Mais le cap Horn semble exiger que nous lui payions un tribut, et, avant qu’il soit nuit close, il nous envoie une effroyable tempête qui souffle juste en face de nous.Charles Darwindans "Voyage d’un naturaliste autour du monde"

Et le naturaliste continue de raconter l'enfer : "Nous devons gagner la haute mer, et, le lendemain, en nous approchant à nouveau de la terre, nous apercevons ce fameux promontoire, mais cette fois avec tous les caractères qui lui conviennent, c’est-à-dire entouré de brouillard et entouré d’un véritable ouragan de vent et d’eau. D’immenses nuages noirs obscurcissent le ciel, les coups de vent, la grêle nous assaillent avec une si extrême violence, que le capitaine se détermine à gagner, si faire se peut, Wigwam Cove."  Le "cap dur" fait aussi l'objet de chants marins. Chez les navigateurs, la tradition était de porter un anneau d'or à l'oreille après avoir dompté le Horn. Une boucle d'oreille en guise de trophée pour symboliser l'union de la mer et du marin.

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