Vendée Globe, la course mondiale qui n'intéresse que les Français

Le skipper français Louis Burton sur son bateau \"Bureau Vallée\" à l\'entraînement avant le Vendée Globe, le 25 septembre 2012, à Saint Malo (Ille-et-Vilaine).
Le skipper français Louis Burton sur son bateau "Bureau Vallée" à l'entraînement avant le Vendée Globe, le 25 septembre 2012, à Saint Malo (Ille-et-Vilaine). (JEAN-MARIE LIOT / DPPI / AFP)

Une course qui part de France, avec des bateaux français, et qui est remportée à chaque fois par un Tricolore. Heureusement, le reste du monde commence à participer.

SPORTS - "Participer au Vendée Globe est un plus grand défi que grimper l'Everest", a déclaré en 2009 John Kerry, sénateur américain et candidat malheureux à la Maison Blanche en 2004. Ils ne sont qu'une petite cinquantaine de navigateurs à avoir bouclé un tour du monde à la voile sans assistance, contre plus de 3 000 courageux qui ont bravé le toit du monde. Samedi 10 novembre, vingt marins tenteront leur chance sur le parcours du Vendée Globe. Et comme d'habitude, ça n'intéressera que les Français – ou presque.

Une course (presque) "à la française"

Le Vendée Globe, une compétition "made in France" ? Clairement une course à la française en tout cas, c'est-à-dire plus proche du raid que de la régate entre gentlemen. Le Vendée Globe, sur le papier, c'est très simple : une course en solitaire, sans escale et sans assistance, avec le parcours le plus difficile du monde.

On a souvent tendance à l'oublier, mais l'idée originale est britannique. En 1968, le Golden Globe Challenge, organisé par le Sunday Times, proposait de faire le tour du monde en solitaire. Quatre abandons, deux suicides et 318 jours plus tard, le vainqueur franchissait la ligne d'arrivée. Après quarante ans de silence, une édition 2014 a été lancée. Mais depuis ce tragique épisode, les Anglo-Saxons sont devenus les rois des courses à étapes et en équipage autour du monde. Et ont laissé aux Français les défis en solitaire.

Avec (presque) que des navigateurs français

Toutes éditions confondues, près de 70% des concurrents du Vendée Globe furent des Français. Et la quasi-totalité vient d'Europe, exceptés cinq Américains, deux Canadiens, un Sud-Africain, un Australien et un Russe. Cette année, sur les 20 navigateurs en lice, douze sont français – dont dix Finistériens, claironne fièrement Ouest-France. L'hégémonie des skippers tricolores est en léger recul.

"Les organisateurs poussent les concurrents étrangers à se lancer, explique à francetv info le skipper belge Christophe Bullens. Il y a une vraie demande d'internationalisation de leur part. Ils nous mettent en avant dans notre recherche de sponsors pour boucler le budget [au minimum un million d'euros]. Moi, je cherche à monter un projet pour le Vendée Globe 2016 avec des sponsors belges, même si je cherche tous azimuts. Pourquoi ne pas fédérer les trois communautés, francophone, néerlandophone et germanophone autour d'un projet ?"

Et (presque) que des sponsors français 

La navigatrice Samatha Davies à l\'avant de son bateau \"Savéol\", au large des Sables d\'Olonne (Vendée), le 24 septembre 2012. 
La navigatrice Samatha Davies à l'avant de son bateau "Savéol", au large des Sables d'Olonne (Vendée), le 24 septembre 2012.  (VINCENT CURUTCHET / DPPI / AFP)

Savéol, Cheminées Poujoulat, Banque Populaire ou Groupe Bel, ça parle moyennement au public anglo-saxon. Seuls quelques navires portent les couleurs de firmes connues dans le monde entier, comme le bateau "Hugo Boss" du Britannique Alex Thomson. David Fuller, de l'agence de marketing sportif britannique spécialisée dans la voile Pilote Media, ne s'en cache pas : "C'est difficile de trouver une société britannique pour sponsoriser un évènement qui part de France, se termine en France et est suivi à une écrasante majorité par les fans de voile français. Cela dit, le sponsor du bateau de Mike Golding, Gamesa, est espagnol et a des liens avec le marché de l'énergie britannique. Et Hugo Boss a beaucoup communiqué sur son bateau avant même le départ de la course." 

Candidate au Vendée Globe 2016, la navigatrice italienne Cecila Carreri veut monter un projet français. Et pour cause : "Je considère qu'en Italie, où il n'y a pas l'océan, il n'y pas de culture, de visibilité, d'intérêt pour la course au large, explique-t-elle à francetv info. Il n'y a même pas d'Imoca Open 60 [la classe des navires participant au Vendée Globe]. Donc c'est difficile de trouver un sponsor italien pour un skipper italien qui veut sortir de Méditerranée. En outre, on a l'impression, vu d'Italie, que le monde de la course au large est très fermé et interdit aux skippers étrangers."

Qui n'intéresse (presque) que les Français

Prenez les vidéos de l'édition 2008. L'audience n'est véritablement devenue internationale que lors du sauvetage de Yann Eliès, qui s'était brisé le fémur à bord de son bateau. Un déploiement de moyens internationaux, américains et australiens, avait aiguisé l'intérêt du public étranger, explique la société Streamlike, qui produit les vidéos pour les organisateurs (PDF, p.1). Même chose pour les visiteurs du village départ : 80% n'étaient pas de la région Vendée, mais une infime minorité venait de l'étranger (PDF, p.9).

Contacté par francetv info, James Boyd, rédacteur en chef du site britannique spécialisé The Daily Sail, nuance : "Je ne dirais pas que le Vendée Globe est très connu dans le monde anglo-saxon. Mais la deuxième place d'Ellen McArthur en 2000 a aidé à placer la course sur une carte. Elle a clairement remporté la bataille du marketing ; peu de gens se souviennent que Michel Desjoyeaux a en fait gagné la course."

A chaque pays sa course fétiche. Si en France, on ne jure que par la Route du Rhum ou le Vendée Globe, les passionnés britanniques ou australiens évoqueront spontanément des courses dont vous n'avez jamais entendu parler, comme la Cowes Week ou Sydney-Hobart. Aux Etats-Unis, on fera forcément référence à la Coupe de l'America. Autant d'épreuves où les navigateurs français se font discrets.

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