Toilettes, cuisine, couchette... Cinq endroits clés des bateaux de la Transat Jacques Vabre

Le multi-50 CIELA Village barré par Thierry Bouchard et Olivier Krauss, sur la Transat Jacques Vabre, le 25 octobre 2015 au large du Havre (Seine-Maritime).
Le multi-50 CIELA Village barré par Thierry Bouchard et Olivier Krauss, sur la Transat Jacques Vabre, le 25 octobre 2015 au large du Havre (Seine-Maritime). (JEAN-MARIE LIOT / DPPI MEDIA / AFP)

Si vous vous êtes toujours demandé ce qui fait foncer un marin, hormis une grosse voile, cet article est pour vous. 

Les bateaux les plus rapides de la Transat Jacques Vabre sont proches de franchir la ligne d'arrivée à Itajai, au Brésil, dimanche 1er novembre. Forcément, ce sont les plus gros voiliers, les Ultimes, qui vont terminer les premiers. Mais il n'y a pas que la taille qui compte dans une course au large : c'est dans les cinq points clés du navire que la victoire se joue. 

La barre, où on doit faire voler le bateau

Les skippers du Classe Ultime Actual, Yves Le Blévec et Jean-Baptiste Le Vaillant, lors du départ de la Transat Jacques Vabre, le 25 octobre, au large du Havre (Seine-Maritime).
Les skippers du Classe Ultime Actual, Yves Le Blévec et Jean-Baptiste Le Vaillant, lors du départ de la Transat Jacques Vabre, le 25 octobre, au large du Havre (Seine-Maritime). (OLIVIER BLANCHET / DPPI / AFP)

Quand il n'est pas occupé à dormir ou à faire la popote, c'est là où va se retrouver le skipper. En solitaire, les navigateurs ont beaucoup tendance à utiliser le pilote automatique – "ça barre un peu moins bien qu'un barreur, mais le gros avantage, c'est que ça ne fatigue pas", expliquait Lionel Lemonchois à France 3 Bretagne –, un peu moins lors d'une transat en double.

Diriger le bateau est un exercice délicat. Il faut savoir prendre le vent, sans mettre le voilier à la verticale. Les multicoques sont équipés de foils, des ailerons destinés à surélever la coque et diminuer la résistance de l'eau. "Lors de la dernière Coupe de l’America, les coques des bateaux n’étaient dans l’eau que pendant 20% des régates, explique l'un des concepteurs du bateau de François Gabart dans Le Monde. Ce n’est pas notre objectif, mais on tend à être le minimum de temps possible sur la coque centrale."

 

D'où une chasse au poids qui pousse les concepteurs à réduire l'épaisseur de la coque. Quelques millimètres de matière composite à base de fibre de carbone, conçus pour résister à l'eau, pas aux objets. Une tendance qui dure, malgré un taux de casse important.

Le pont, où chaque manœuvre est un enfer

 

Pas facile de manœuvrer un navire dans les creux de l'Atlantique nord. "Le bateau saute comme un kangourou qui a bu du Red Bull", explique poétiquement Samantha Davies. Mais la navigatrice anglaise ne barre qu'un Imoca, ce qui n'est pas le plus gros bateau de la flotte.

Pour les navigateurs qui pilotent un Ultime (30 mètres de long, 20 de large et un mât de 35 mètres, le tout pesant au moins 16 tonnes), manœuvrer est un enfer. Comptez minimum un quart d'heure pour une manœuvre simple, une heure pour un changement de cap. Les géants des mers sont plus rapides que leurs petits camarades, mais beaucoup moins maniables.

 

"L’énergie déplacée est colossale et l’inertie énorme. C’est comme être dans une voiture ou dans un semi-remorque. Avec le poids du camion, un petit coup de frein un peu violent et tu te fais embarquer", explique Thomas Coville, skipper de Sodebo. Lors de la dernière Route du Rhum, Loïck Peyron l'avait emporté avec une trajectoire en quasi-ligne droite

La cuisine, où manger n'est pas toujours un plaisir

A cuisine spartiate (un réchaud et une bouilloire dans un espace de vie de 5 m²), nourriture spartiate. Les navigateurs emportent essentiellement des aliments lyophilisés et des plats préparés. Produits frais et protéines sont consommées peu après le départ, quand il faut affronter les turbulences de la Manche et de l'Atlantique nord. Et oubliez les assiettes : les skippers mangent dans une grosse boîte en plastique qui se ferme hermétiquement en cas d'urgence.

"En zone tempérée comme la Manche, ils ont besoin de 4 500 kilocalories. On tombe à 3 500 dans les zones plus chaudes", explique Laure Jacolot, médecin de la fédération française de voile, sur France Info. Une fois les Açores passées, place aux produits en poudre dans des sachets numérotés pour chaque jour – même si les navigateurs se gardent du saucisson ou du chocolat sous le coude. Pas besoin de se limiter : la Transat Jacques Vabre est suffisamment courte pour que quelques kilos de nourriture ne fassent aucune différence. 

La couchette, où la nuit dure rarement plus de 2 heures

Particularité de la Transat Jacques Vabre, il y a deux skippers sur le bateau. Donc la couchette ne reste jamais froide bien longtemps. Prenez le bateau Initiatives Cœur barré par Tanguy de Lamotte et Samantha Davies qui publient en temps réel leur activité. Ainsi, mardi 26 octobre, la navigatrice britannique émerge de sa sieste à 17h20, et son équipier s'installe dans la couchette 40 minutes plus tard. A noter que selon le temps, les skippers n'ont pas forcément le temps de se débarrasser de leurs trois couches de vêtements (ciré, salopette en fibre polaire et sous-vêtements eux aussi polaires) pour piquer une microsieste de 20 minutes entre deux manœuvres.

Et si vous vous demandez à quoi ressemble la couchette, c'est une sorte de gros sac de couchage matelassé qui permet de dormir à moitié assis. Visite guidée (nocturne) avec Jean-Luc Nélias, qui barre Sodebo quand Thomas Coville est dans les bras de Morphée.

Les toilettes, où se soulager peut devenir acrobatique

Il n'y a pas de WC sur les bateaux, donc les navigateurs font avec les moyens du bord. Un sac biodégradable dans un seau sur le pont fait généralement l'affaire. "Des fois, c'est un peu folklorique car il faut se tenir", sourit Romain Attanasio, interrogé par 20minutes.fr. Le sac finit à la mer, contrairement aux déchets, qui sont stockés dans le container étanche situé à l'avant du bateau, appelé la crash-box. Oubliez aussi toute idée de douche : les navigateurs se lavent – peu – à l'eau de mer. Beaucoup emportent des lingettes pour bébé afin de se rincer sans perdre de temps. Sur la Transat Jacques Vabre, qui dure une dizaine de jours, c'est encore supportable. On en reparle pour le Vendée Globe… dont le record est établi à 78 jours.

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