Insatiables de records, jusqu'où iront les navigateurs ?

Thomas Coville a réussi à boucler le tour du monde en solitaire en moins de 50 jours.
Thomas Coville a réussi à boucler le tour du monde en solitaire en moins de 50 jours. (JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP)

En ayant accompli le tour du monde à la voile en moins de 50 jours, Thomas Coville a franchi un cap symbolique, mais tout laisse à penser que les skippers auront rapidement les moyens d'aller au-delà.

En l'espace de 12 ans, le record du tour du monde à la voile en solitaire et sans escale s'est effondré. En 2004, Francis Joyon avait eu besoin de 72 jours. Quatre ans plus tard, le navigateur améliore nettement ce temps en passant sous la barre des 60 jours. Dimanche 25 décembre 2016, Thomas Coville a encore permis au monde de la voile de passer un palier en bouclant le tour de la planète en 49 jours, 3 heures, 7 minutes et 38 secondes.

L'ampleur générée par ce nouveau record suscite une forte émulation chez les navigateurs les plus ambitieux. Thomas Coville lui-même a conscience que son exploit n'a pas vocation à durer dans l'histoire. "Pour moi, il peut encore descendre de deux ou trois jours. Dans mon parcours, il y a des enchaînements météorologiques dans lesquels on pourrait être plus performants. Il faut faire la même très belle copie, et l'enchaîner avec une meilleure".

Le Rennais de 48 ans, qui a dû s'y prendre à cinq reprises pour battre Francis Joyon, reconnaît également qu'il a bénéficié d'un avantage technologique sur son prédécesseur. En quelques décennies, d'importants progrès ont été réalisés sur les navires. Le multicoque de Thomas Coville, capable d'aller à 40 noeuds (75km/h), n'est même pas à la pointe de la technologie comparé au bateau de François Gabart qui s'attaquera au record l'hiver prochain.

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Toujours plus rapide

Ce dernier, équipé d'un foil, a la capacité de s'élever au-dessus de l'eau pour prendre davantage de vitesse. Les concepteurs cherchent à tout prix à diminuer la traînée en mer pour naviguer plus rapidement. Le développement des foils, rendu possible grâce à l'utilisation de matériaux plus légers, devrait permettre aux bateaux de voler au-dessus de la mer dans les prochaines années. "C'est l'objectif, affirme l'architecte naval Vincent Lauriot-Prévost. Le bateau de Thomas va être modifié pour arriver à ce mode de navigation qui est le prochain mode pour aller plus vite."

Cette caractéristique ne fait pas tout pour Jean-Luc Nélias, routeur météo de Thomas Coville, qui explique que les nouveaux bateaux n'ont pas encore fait leurs preuves dans toutes les mers. "Pour aller dans l'océan Indien, le Pacifique, il faut tenir le choc et être abrité, quitte à se montrer un peu rustique par moment. C'est encore une inconnue". Pour le moment, les foils semblent s'acclimater assez bien aux mers du sud. Sur le Vendée Globe, les quatre premiers du classement possèdent ce dispositif sur leurs monocoques.

Ça ne restera pas améliorable en restant le cul dans le beurre assis sur son fauteuil.Olivier de KersausonNavigateur et écrivain

La dimension physique reste essentielle

Si la technologie contribue largement aux performances des skippers, ces derniers ont également évolué sur le plan physique. Jean-Yves Chauve, médecin du Vendée Globe, considère que les navigateurs d'aujourd'hui n'ont plus rien à voir avec ceux d'hier. "C'était plus des marins que des sportifs. Maintenant, il y a des préparateurs physiques qui ont bien conscience de ce qu'est la vie sur un bateau et des contraintes violentes que cela exige", explique-t-il.

À son arrivée en Bretagne, Thomas Coville a admis qu'il était à la limite de ce que son corps pouvait supporter. Six ans plus tôt, Franck Cammas avait eu besoin d'un équipage de dix personnes pour réaliser une performance similaire (48 jours). Une étude est d'ailleurs en cours pour mesurer les transformations physiques subies par les marins, notamment les atrophies musculaires aux bras et aux jambes. Cela ne devrait pas empêcher les skippers de chercher de nouveaux records.

La voile, un sport de plus en plus physique. Un sujet de Jérôme Val.
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