Tour de France : un Français va monter sur le podium. A moins que...

Le podium du Tour de France 1997 : Richard Virenque (G.), termine 2e, derrière Jan Ullrich (C.) et devant Marco Pantani, le 27 juillet 1997, à Paris.
Le podium du Tour de France 1997 : Richard Virenque (G.), termine 2e, derrière Jan Ullrich (C.) et devant Marco Pantani, le 27 juillet 1997, à Paris. (OLIVER BERG / DPA / AFP)

Quatre coureurs tricolores dans les dix premiers après la 10e étape. Combien dans les trois premiers à l'arrivée ?

Cette année, c'est la bonne. La France attend depuis 17 ans un podium (depuis Richard Virenque, en 1997) et depuis 29 ans une victoire (Bernard Hinault, en 1985). Avant le départ de l'étape Besançon-Oyonnax, mercredi 16 juillet, quatre coureurs français sont dans le top 10 du Tour de France (Romain Bardet, Thibaut Pinot, Jean-Christophe Péraud, ainsi que Tony Gallopin, qui passe moins bien la montagne) alors que le peloton a effectué la moitié du parcours. Christopher Froome et Alberto Contador ont laissé leurs ambitions sur le bitume du Nord et des Vosges. Derrière l'intouchable Vincenzo Nibali, ça va forcément passer. A moins que...

... les Français fassent des erreurs de débutant

On peut être professionnel depuis de longues années et commettre encore des bourdes dans la course la plus médiatisée au monde. Prenez Thibaut Pinot, le coureur tricolore le plus en forme en montagne sur ce début de Tour. Le Franc-Comtois a lâché une minute lors de l'étape Epernay-Nancy (parcours ultraplat) à cause d'une erreur d'inattention. En queue de peloton, Pinot s'est retrouvé du mauvais côté quand le groupe s'est cassé en deux, ce qu'on appelle dans le jargon du vélo, une "bordure". Celui dans lequel il figurait a perdu une minute sur le maillot jaune. "C’est bête de lâcher une minute comme ça, mais je compte sur les Vosges et les Alpes pour récupérer cela", a réagi Pinot à l'arrivée. Sans ces précieuses secondes bêtement perdues, le Français serait troisième au général, soit trois places plus haut.

... les outsiders dont on ne parle jamais se réveillent

Non, les coureurs étrangers dangereux pour le classement général ne se résument pas à Nibali, Froome, et Contador. Si le chat noir qui suit Alejandro Valverde lors de la Grande Boucle (deux abandons en 2005 et 2006, victime d'une crevaison et d'une "bordure" en 2013 où il perd 10 minutes, raconte Libération) veut bien le laisser en paix, le coureur espagnol a largement le niveau pour décrocher un podium. Tout comme le Portugais Rui Costa ou l'Américain Tejay Van Garderen.

... les équipes FDJ et AG2R soient rattrapées par leurs limites

Thibaut Pinot appartient à l'équipe FDJ.fr, qui court deux lièvres à la fois : elle est armée pour disputer les sprints avec le champion de France Arnaud Démare, et vise le classement général avec Thibaut Pinot. Conséquence : ce dernier n'a que peu d'équipiers à sa disposition pour l'accompagner en montagne. Sans doute une conséquence du Tour 2013 : l'équipe avait tout misé sur Pinot, qui avait raté son début de course avant d'abandonner.

Thibaut Pinot lors de l\'arrivée de la 10e étape du Tour de France, à La Planche-des-Belles-Filles (Haute-Saône), le 14 juillet 2014. 
Thibaut Pinot lors de l'arrivée de la 10e étape du Tour de France, à La Planche-des-Belles-Filles (Haute-Saône), le 14 juillet 2014.  (DAVID STOCKMAN / BELGA MAG / AFP)

Romain Bardet et Jean-Christophe Péraud courent dans l'équipe AG2R, qui elle aussi poursuit plusieurs objectifs : le classement général, et le classement par équipes, explique Le Point. Sans compter que le fait d'avoir deux leaders peut porter préjudice à la stratégie de l'équipe : que faire si Péraud ou Bardet est moins bien dans une étape ? Mobiliser les équipiers à sa rescousse ou tout miser sur celui qui demeure à l'avant ?

... le parcours ne soit pas aussi favorable que cela

Quatre arrivées au sommet séparent encore les coureurs français de leur Graal. La montagne, c'est dans les cordes de Bardet et Pinot, qui rêvent d'échappées solitaires. Est-ce la bonne stratégie ? Pas forcément. "Hier, je voulais aller dans l'échappée, on me l''a interdit. Tant mieux, vu que les coureurs ont payé leurs efforts ensuite", a confié Bardet à l'arrivée à la Planche-des-Belles-Filles, le 14 juillet, cité par Cyclism'Actu. Marc Madiot, le directeur sportif de la FDJ.fr, a fixé le cap : "La consigne pour Thibaut sera de suivre." Moins excitant, mais plus efficace pour gratter des places au classement général.

La veille de l'arrivée, un contre-la-montre de 54 km attend les impétrants. Un exercice où Pinot et Bardet ont appris à limiter la casse, sans plus. "Je risque de perdre du temps dans cet exercice", reconnaît Romain Bardet. Le meilleur tricolore dans cet exercice, c'est Jean-Christophe Péraud, s'il est encore en course pour le général à ce moment-là.

... les Français soient sincères quand ils ne parlent que du top 10

Romain Bardet : "Au début du Tour, mon objectif était de finir dans le top 15. On va peut-être le revoir un peu à la hausse et tenter de finir dans les 10 premiers à Paris."

Thibaut Pinot : "Mes ambitions restent les mêmes. Je vise le top 10. Je peux gratter des places, et le maillot blanc [du meilleur jeune] viendra tout seul."

Heureusement, il y a Jean-Christophe Péraud : "Le top 10, je l’ai déjà fait en 2011. On cherche un peu mieux. Un top 5, ce serait un super résultat."

Vous avez lu le mot "podium" ? 

... le meilleur Français du moment ne participe pas au Tour de France

Demandez aux directeurs sportifs quel coureur tricolore est capable d'aller chercher un podium sur le Tour de France. Ils vous répondront tous... Warren Barguil. Le coureur de l'équipe Giant-Shimano a crevé l'écran lors du Tour d'Espagne 2013. Problème : il ne dispute pas la Grande Boucle cette année, sur décision de son directeur sportif, qui souhaite le préserver. "Pour moi, c'est le seul qui peut aller chercher un podium, affirme Yvon Ledanois, directeur sportif de l'équipe BMC, cité dans Le Courrier Picard. Il a le potentiel pour être très vite compétitif même s'il lui faut progresser dans les contre-la-montre." 

Contrairement à ses petits camarades, Barguil ne cache pas ses ambitions. Interrogé sur ses objectifs lors du Dauphiné 2013, il avait répondu : "Meilleur Français, ce n’est pas une récompense. Le but, c’est d’être le meilleur mondial."

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