Roland-Garros : Alexander Zverev, un futur grand prêt à régner sur le tennis mondial ?

Le tennisman allemand Alexander Zverev lors de la finale du tournoi de Munich, le 7 mai 2017.
Le tennisman allemand Alexander Zverev lors de la finale du tournoi de Munich, le 7 mai 2017. (MATTHIAS SCHRADER/AP/SIPA / AP)

A 21 ans à peine, le tennisman allemand a intégré le top 3 mondial. Et il pourrait rapidement détrôner les trentenaires qui dominent le circuit ATP depuis plusieurs années.

Il n'a que 21 ans et son CV a de quoi inspirer la terreur aux trentenaires du circuit : demi-finaliste à Monte-Carlo, vainqueur à Munich et Madrid et finaliste à Rome, où il n'a été battu que par Nadal et par la pluie. Alexander Zverev, 21 ans, franchit les étapes quatre à quatre. Il n'a mis que 2 ans à passer du top 100 au top 10 mondial, comme Nadal, plus vite que Federer. Aujourd'hui c'est en n°3 mondial qu'il se présente porte d'Auteuil, avec l'ambition de titiller le roi Nadal sur ses terres. Faites connaissance avec le nouveau prodige du tennis mondial dimanche 27 mai, jour de son entrée en lice à Roland-Garros.

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Un enfant de la balle

Obélix est tombé dans la marmite quand il était petit, Alexander a tenu sa première raquette à l'âge d'un an et cinq mois. S'il a attendu un peu avant de travailler son revers qui fait aujourd'hui des ravages sur le circuit, il traînait déjà des balles en mousse sur la moquette de l'appartement hambourgeois de ses parents. Papa, Alexander senior, était tennisman - il a atteint la 145e place mondiale - avant d'embrasser la carrière de coach. Maman, Irina, était tenniswoman, avant de dédier sa vie à assister... le grand frère d'Alexander, Mikhail, de dix ans son aîné, qui a un joli toucher de balle. 

Tous les hivers, la famille s'installe à Saddlebrook, en Floride (Etats-Unis), pour perfectionner le tennis des mômes. Une habitude que prennent beaucoup d'espoirs de la génération 1987, dont le petit Alexander (que tout le monde appelle Sascha) devient la mascotte. Parmi eux, Andy Murray, John Isner ou encore Novak Djokovic. "Un jour, je m'entraînais avec Andy Roddick et il m'a glissé, avec sa voix nasillarde : 'tu sais, je te connais depuis que tu es tout petit'", raconte-t-il au site de l'ATP. Le géant John Isner, l'homme qui sert à 230 km/h, parle de lui comme de son "petit frère".

Le tennisman Alexander Sverev face à Rafael Nadal à l\'Open d\'Australie, le 21 janvier 2017.
Le tennisman Alexander Sverev face à Rafael Nadal à l'Open d'Australie, le 21 janvier 2017. (BPI/SHUTTERSTOCK/ SIPA)

Le "petit frère" a fini sa croissance et est devenu un grand escogriffe d'1,98 m. Le jeunot dégingandé qui a fait ses premiers pas contre des joueurs classés à 14 ans s'est étoffé musculairement. Il a pris 10 kg depuis l'arrivée dans son staff de l'ancien préparateur physique d'Andy Murray (au point de poster fièrement des vidéos où on le voit soulever de la fonte). Tout ça pour ne pas revivre le cauchemar de Mischa, le grand frère, à la carrière prometteuse – il était 45e mondial à 22 ans – gâchée par une série de blessures.

Federer en coach de luxe

De temps à autre, Alexander sert de sparring partner à Roger Federer. On a connu pire comme tuteur. "Il me conseille sur la façon de me comporter sur le court et sur la meilleure manière d'appréhender les moments importants", confie-t-il au site de Roland-Garros. "Sascha" est le plus jeune joueur de la génération montante, qui entend enfin déboulonner les vieux qui s'accrochent au top 5 depuis des années (Murray affiche 31 ans au compteur tout comme Djokovic, Wawrinka 33, Nadal presque 32 et Federer 36 bien tassés).

Les joueurs plus jeunes qui ont cherché à se faire une place au soleil se sont jusque-là cassé les dents. En 1992, la moyenne d'âge du top 10 était de 23 ans. A la fin 2017, on frôlait la trentaine. Les étoiles montantes du tennis mondial (Dominic Thiem, Nick Kyrgios ou Borna Coric) sont toutes plus âgées que lui. Et les papys du haut du classement voient en l'Allemand le plus grand talent. "C'est clairement un numéro 1 mondial en puissance", lâchait Rafael Nadal après avoir frôlé la défaite contre le jeunot à Indian Wells en 2017. 

Des trucs de vieux briscard

Le talent, il l'a. Le mental, il l'a – il n'y a qu'à voir comment il a géré la pression d'une finale de Masters 1000 face à un vieux routier du circuit comme Novak Djokovic à Rome en 2016. La ruse, il l'a. Gilles Simon peut en témoigner. Au tournoi de Rotterdam, en 2016, il a été cuit à l'étouffée par le jeunot (7-5, 3-6, 7-6) : "Il m'a fait un bon sketch, il était au bord des crampes à la fin du deuxième set et on a encore joué 1h20 avec que des échanges et il n'y a pas une balle où il n'est pas allé...", se souvient "Gilou" dans L'EquipeLe caractère, il l'a, comme Roger Federer à ses débuts. La preuve. 

La chance est encore une donnée aléatoire pour lui, comme l'atteste son écroulement en finale de Rome 2018 face à un Nadal qui a su mieux gérer l'interruption due à la pluie. Le dernier des dangers, c'est de se voir trop haut, trop tôt. Le site spécialisé The Tennis Island (en anglais) a posé la question à Roger Federer, qui hérita du surnom de "nouveau Sampras" au début de sa carrière, alors qu'il n'avait encore rien gagné.

On ne devrait pas mettre tant de pression sur les épaules d'aussi jeunes joueurs, qui sont supposés jouer sans arrière-pensée.Roger Federerau site The Tennis Island

Interrogé dans El Mundo sur cette génération emmenée par Thiem-Zverev, Rafael Nadal pointait la difficulté d'être bon tout le temps : "Il faudra observer leur évolution, voir comment ils répondront à la pression quand leur statut fera qu’ils devront bien jouer toutes les semaines et tous les matchs." La famille d'Alexander en est consciente : "On veille à ce qu'il garde toujours les pieds sur terre", expliquait son père au Sydney Morning Herald

Sans alcool, la fête est tout aussi folle

Difficile aussi de supporter la pression de tout un peuple, orphelin de Boris Becker, Michael Stich ou Steffi Graf, et qui attend depuis plus de quinze ans un titre du Grand Chelem : "J'essaie de ne pas y penser", confiait-il à même pas 18 ans, après son succès au tournoi d'Hambourg. Déjà que sa propre mère ne supporte pas la pression des matchs de son fils. On la croise régulièrement aux abords du stade, attendant fiévreusement un SMS de son mari, malaxant le pauvre Lövick, le chien de la famille qui lui aussi est de tous les déplacements. 

S'il a brillé sur les tournois intermédiaires, "Sascha" coince régulièrement en Grand Chelem. L'an passé, il n'est allé en deuxième semaine qu'une seule fois, à Wimbledon. Sur la terre battue parisienne, il s'était écroulé dès le premier tour, écrasé par la pancarte de favori qui pesait sur ses épaules. Cette fois, en conférence de presse, il l'a joué humble, très humble : "Je ne me projette pas. Je l'ai fait dans le passé en Grand Chelem, et j'ai perdu très rapidement. Je veux éviter ça. Je vais me préparer pour jouer mon meilleur tennis. Pour l'instant, je pense à comment battre Berankis au premier tour."

Ces contre-performances ne doivent pas faire oublier qu'il ne dispute que son 13e Grand Chelem à Roland-Garros, et qu'un Federer a remporté son premier titre à sa 17e tentative. "Ce n'est pas possible qu'il n'en remporte pas un bientôt vu son niveau, reconnaissait un Nadal admiratif après le tournoi de Rome. Bon, s'il est toujours bredouille dans deux ans, vous pourrez venir me voir et me dire que je ne connais rien au tennis."

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