Paris truqués dans le tennis : "C'est plus facile de corrompre le joueur qui vit difficilement de son exercice professionnel"

Jean-François Vilotte, le 27 janvier 2011, à Paris.
Jean-François Vilotte, le 27 janvier 2011, à Paris. (MARTIN BUREAU / AFP)

Pour Jean-François Vilotte, directeur général de la Fédération française de tennis, les gardes à vue des deux joueurs dans le cadre d'une enquête sur des soupçons de matches arrangés est "une bonne nouvelle".

Deux joueurs de tennis français ont été placés en garde à vue mardi matin dans le cadre d'une enquête sur des soupçons de matches arrangés, a appris franceinfo de sources concordantes. Ces deux joueurs, Jules Okala, 21 ans (classé 381e joueur mondial à son meilleur en 2016), et Mick Lescure, 25 ans (487e en 2018) ont été interpellés à leur hôtel quelques heures avant le début d'un tournoi à Bressuire (Deux-Sèvres). Ces gardes à vue sont "une bonne nouvelle" car les paris truqués sont devenus "un sujet de priorité pénale et judiciaire", selon Jean-François Vilotte, directeur général de la Fédération française de tennis, invité sur franceinfo mercredi 16 janvier.

franceinfo : Quelle est votre première réaction après le placement en garde à vue de ces deux joueurs de tennis ?

Ce n'est pas la première fois qu'il y a des enquêtes judiciaires, de police ou de gendarmerie relatives à des faits de soupçons de manipulation de compétition sportive. C'est à la fois une mauvaise et une bonne nouvelle. Une mauvaise nouvelle parce que c'est symptomatique de ce risque de manipulation de compétition en lien avec des paris sportifs. C'est une bonne nouvelle parce que c'est devenu un sujet de priorité pénale et judiciaire. Ce qui n'était pas le cas il y a encore une quinzaine d'années. L'affaire dont vous parlez est une affaire qui probablement a son origine à l'international, en Belgique. Cela n'a pas grand-chose à voir avec le lieu de l'interpellation [Bressuire], ce n'est pas le tournoi dont vous parlez qui est ciblé.

Des tournois français ont pu être concernés par ces matches arrangés, il y en a une centaine environ ?

Bien sûr et c'est la raison pour laquelle la Fédération au milieu des années 2000 a mis en place des dispositifs de prévention, de formation. La Fédération a été la première à exiger qu'il y ait des liens d'échanges d'informations entre les opérateurs et les organisateurs de tournois. C'est un phénomène très important, très inquiétant qui exige la mise en place de dispositifs de prévention des risques de surveillance, de collecte de l'information et la clé contre la manipulation des compétitions, c'est la bonne articulation entre ce que le mouvement sportif fait, ce que la Fédération française de tennis n'a cessé de faire depuis le milieu des années 2000 et les autorités judiciaires. Par ailleurs, il y a une plus grande vulnérabilité des acteurs des compétitions de niveau inférieur, mais l'exposition au risque ne concerne pas que ces niveaux de tournoi. C'est plus facile de corrompre le joueur qui vit difficilement de son exercice professionnel qu'un joueur qui réussit.

Comment ça se passe concrètement, ces joueurs sont payés pour perdre des sets, des jeux, des matches ?

La manipulation avec les paris a ceci de différent avec le dopage qu'on corrompt des acteurs du sport pour perdre tandis qu'on se dope pour gagner. C'est un phénomène extrêmement inquiétant. On joue sur l'éloignement des sites parisiens où les paris sont enregistrés, l'éloignement du lieu matériel d'organisation des compétitions. Ce sont des réseaux qui sont à l'œuvre. Des réseaux internationaux qui vont organiser les paris sur un grand nombre de sites dans des pays à faible régulation et on va corrompre ou menacer des acteurs de la compétition pour qu'ils perdent. Ce faisant, on a la certitude des gains au regard des mises qui sont en jeu sur une multiplicité de sites. Donc ce sont des phénomènes internationaux. On est en train de parler de réseaux criminels de corruption extrêmement mobiles.

Les seules solutions pour lutter efficacement, c'est la coopération autorité sportive/autorité judiciaire. Il faut que cette organisation de lutte contre les manipulations des compétitions soit placée au bon niveau, c'est-à-dire au niveau de la coopération internationale. Et là, force est de constater qu'il y a un certain retard de la part des autorités publiques. Il existe une convention internationale du Conseil de l'Europe depuis 2014 mais elle n'est pas réellement opérationnelle faute d'un nombre suffisant d'Etats l'ayant ratifié.

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