Avion de tourisme, parapente ou encore un rameur... Que risquent les auteurs d'incivilités sur le Mont-Blanc ?

La mer de glace dans le masssif du Mont-Blanc. 
La mer de glace dans le masssif du Mont-Blanc.  (GR?GORY YETCHMENIZA / MAXPPP)

Le maire de Saint-Gervais dénonce depuis des années le manque de règlementation pour lutter contre les multiples incivilités sur le toit de l’Europe.

L’édile haut-savoyard Jean-Marc Peillex a finalement reçu une réponse à la lettre envoyée début septembre à Emmanuel Macron pour le sensibiliser aux problèmes à répétition sur le Mont-Blanc, qui dépend en partie de sa commune, Saint-Gervais. La présidence de la République affirme être "à l’écoute" et dénonce des "incivilités inacceptables", selon Le Parisien. En attendant plus, il est vrai que l'élu a de quoi s’énerver, face au manque de moyens pour combattre les dérives de certains touristes.

Poser son avion sur le Mont-Blanc coûte une amende de 38 euros

Depuis le printemps, c’est un véritable festival d’excentricités dangereuses dans le célèbre massif. Au mois de juin, deux alpinistes suisses posent leur avion de tourisme sur les pentes du Mont-Blanc, à 4 450 mètres, avant de grimper les derniers mètres à pied vers le sommet, qui culmine à 4 807 mètres. Les gendarmes du peloton de gendarmerie de haute-montagne (PGHM) de Chamonix les repèrent et contrôlent leur identité, avant de les laisser repartir parce qu’ils n’ont pas d’infraction à leur reprocher.

Au bout de trois jours de réflexion juridique, on s'aperçoit que le Code de l'environnement interdit "les déposes de passagers à des fins de loisirs par aéronef dans les zones de montagne". Mais voilà, il n'y a pas de sanction prévue, en dehors d'une amende de 38 euros, possible grâce à un arrêté préfectoral des années 60. Pour comparaison, si une voiture se gare sur une place de livraisons dans la vallée, à Saint-Gervais ou ailleurs, son propriétaire risque une amende de 35 euros.

Interdiction de se poser en parapente

Le mois de juin est décidément propice aux exploits aéro-montagnards, puisque 150 parapentistes ont réussi le tour de force de se poser sur le sommet du Mont-Blanc. En pleine canicule, le 26 juin, ces hommes volants ont profité des courants ascendants exceptionnels pour s’amuser. Malheureusement, l’un d’eux est décédé.

Pour pallier le vide juridique, les maires de Saint-Gervais et de Chamonix, l'autre commune concernée par le Mont Blanc, interdisent de manière ponctuelle par arrêté municipal l'atterrissage de parapentistes dans un rayon de 600 mètres autour du sommet.

Lutter contre la surfréquentation du site

Quelques mois auparavant, en avril, la préfecture de Haute-Savoie a renforcé son arsenal règlementaire afin de protéger le site et assurer une meilleure sécurité. Elle a notamment durci les conditions de réservation dans les refuges, qui permettent de s’élancer très tôt le matin à l’assaut du Mont-Blanc. Chaque alpiniste doit avoir un récépissé nominatif sur lui en cas de contrôle. Et pour ceux qui camperaient de manière sauvage sur l'itinéraire, ils risquent deux ans de prison et 300 000 euros d'amende.

Les lacunes de la loi

Reste que le maire de Saint-Gervais demande de nouveaux textes pour s’attaquer à d’autres incivilités, comme celle de ce Britannique qui a eu l’étrange idée de grimper en amenant un rameur de 26 kilos, qu’il a finalement largué à 4 300 mètres d'altitude. Contacté par franceinfo, le PGHM explique que même si l’alpiniste avait été surpris avec son rameur, les forces de l’ordre n’auraient rien pu faire dans la mesure où il "n’y avait pas de trouble à l’ordre public ou mise en danger de la vie d’autrui".

En revanche, début septembre, un agent de la commune de Saint-Gervais a pu stopper un alpiniste russe qui projetait de gravir le Mont-Blanc avec son fils de dix ans, car il y avait bien mise en danger de la vie de l’enfant.

Seulement voilà, en ce qui concerne la protection de l’environnement du célèbre sommet, le PGHM rappelle que si le Mont-Blanc "est bien un site classé, cela n’implique qu’une interdiction de camping". C’est tout. Pour y ajouter d’éventuelles interdictions, il faudrait une décision politique qui incombe au législateur, s’il en a la motivation.

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