Rugby : au Biarritz olympique, c'est la guerre des mascottes

Koxka, corsaire et mascotte du club de rugby du Biarritz olympique, le 15 octobre 2015 lors de son intronisation au stade d\'Aguiléra.
Koxka, corsaire et mascotte du club de rugby du Biarritz olympique, le 15 octobre 2015 lors de son intronisation au stade d'Aguiléra. (MAXPPP)

Le club de rugby fait face à une accusation de plagiat pour avoir choisi pour mascotte un pirate qui ressemble à celui du Stade brestois, alors que l'ancienne mascotte du BOPB n'accepte pas son éviction.

On a tendance à les regarder avec un sourire léger, voire moqueur, mais les mascottes représentent une part de l'identité qui fait un club sportif. A Biarritz, dans les Pyrénées-Atlantiques, où le rugby tient une place à part, le Biarritz olympique, cinq fois champion de France, est source de fierté sans comparaison. Pas étonnant donc que la place de mascotte officielle du BOPB soit un honneur disputé, source de crispations depuis plus d'un an, comme le prouve un procès pour plagiat intenté à Koxka, le pirate qui représente aujourd'hui le club, comme l'explique L'Equipe du 8 décembre. 

Tout a commencé à la fin de la saison 2013-2014, au cours de laquelle le Biarritz olympique a connu le déshonneur d'être rétrogradé en Pro D2. Face aux problèmes financiers que provoque cette descente, la direction du club envisage de se séparer de Robert Rabagny, dit "Geronimo".

Une vengeance politique ?

Comme l'expliquait BFMTV en 2010, depuis plus de vingt ans, ce bon vivant connu de tous les habitants de Biarritz animait les tribunes du stade d'Aguiléra et d'ailleurs, déguisé en chef indien, tout maquillage vert-rouge-blanc dehors, en brandissant un drapeau basque. 

Mais les dirigeants du club estiment que l'homme à la coiffe en plumes a fait son temps. "Il a beaucoup apporté au club, mais le lancement de la nouvelle mascotte correspond à notre nouvelle politique de marketing pour développer la marque BO." Robert Rabagny, employé municipal mis en disponibilité, est licencié du club à la mi-octobre 2015. "Je comprends qu'il faut mettre de la jeunesse et de la nouveauté, explique l'intéressé à Sud Ouest. Donc, je m'en vais. Mais ce n'est pas moi qui ai conduit le BO là où il en est."

La décision révolte certains supporters déjà courroucés par la descente en Pro D2 et par le rocambolesque échec de la fusion avec l'Aviron bayonnais, le club voisin et éternel ennemi. Ils montent notamment sur Facebook une page de soutien à Geronimo. Derrière l'éviction de leur mascotte, certains voient la patte de Michel Veunac, le maire MoDem de Biarritz élu en 2014, qui ferait payer à Robert Rabagny son soutien à Max Brisson, le candidat UMP battu aux dernières municipales.

Un corsaire rebaptisé "Couille"

C'est donc un nouveau personnage que le club intronise le 15 octobre dernier, à l'occasion d'un match à domicile contre Lyon : Koxka, un sympathique corsaire en mousse qui rappelle que la côte basque a vu naître de nombreux flibustiers. Alors que le pirate souriant parade sur la pelouse, aucun hommage particulier n'est rendu à Robert Rabagny.

Déguisé en indien, ce dernier est pourtant dans les tribunes, surveillé par deux membres de la sécurité du club, alors qu'il brandit un simple carton sur lequel est écrit "MERCI".

Robert Rabagny, alias Geronimo, le 15 octobre 2015 dans les tribunes du stade d\'Aguiléra à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques).
Robert Rabagny, alias Geronimo, le 15 octobre 2015 dans les tribunes du stade d'Aguiléra à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques). (MAXPPP)

Dans les colonnes de Sud Ouest, il se dit à nouveau "très en colère" contre la direction du BOPB, qui a "tout saccagé", selon lui. Ses fidèles ne tardent pas à moquer la nouvelle mascotte, qu'ils rebaptisent Koxkoi, qui signifie "couille" en basque.

La guerre des mascottes prend un virage judiciaire quelques semaines plus tard. Le Stade brestois, club de foot de deuxième division, estime que Koxka ressemble énormément à Zef le pirate, sa propre mascotte : même tee-shirt rayé rouge et blanc, même foulard rouge noué autour du crâne et même regard juvénile. "On a saisi notre avocat, car c'est du plagiat", explique Yvon Kermarec, le président du Stade brestois, à France 3 Aquitaine, exigeant que le BOPB change de mascotte.

Nicolas Brusque, le président du Biarritz olympique, veut régler ce différend avec le Stade brestois sans passer par la case tribunal. Il regrette surtout que "certains" agitent cette polémique, "des personnes proches du club, qui prétendent l'aimer, et qui, en fait, lui font du mal", désignant sans le nommer Robert Rabagny.

Ce dernier espère que Koxka ne restera pas longtemps le représentant officiel de son club de cœur. Sans pour autant dénigrer l'idée d'une nouvelle mascotte : "Serge Blanco [l'ancien président] m'avait dit : tu seras associé à la nouvelle mascotte. Si cela avait été le cas, je n'aurais pas choisi un corsaire, plutôt évocateur de Saint-Jean-de-Luz. Le symbole de Biarritz, c'est la baleine." Si la guerre des mascottes s'achève comme ça, il faudra peut-être penser à s'assurer auparavant auprès de l'université américaine de North Ohio, dont la mascotte est un cétacé qui marche, que la baleine biarrote n'est pas trop ressemblante.

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