Quotas ethniques dans l'équipe sud-africaine de rugby : "Présenter une équipe parfaitement métissée prend du temps"

Les rugbymen sud-africains, lors d\'un match amical contre le Japon, le 6 septembre 2019.
Les rugbymen sud-africains, lors d'un match amical contre le Japon, le 6 septembre 2019. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Avant la Coupe du monde au Japon, la fédération sud-africaine de rugby avait exigé la parité etnique au sein de son équipe nationale. Le sélectionneur ne l'a pas respectée. 

C'est un pays à part quand on évoque le rugby, à cause de la question raciale : l'Afrique du Sud, qui fait toujours partie des favoris au titre malgré sa défaite le week-end dernier contre la Nouvelle-Zélande, affronte samedi 28 septembre la Namibie, lors de la Coupe du monde au Japon. Avant le début de la compétition, la fédération de rugby d'Afrique du Sud avait demandé à son sélectionneur d'emmener dans son groupe autant de joueurs blancs que de non-blancs. Une parité qui n'a pas été respectée et qui fait toujours autant débat dans un pays rongé par son passé.

Un tiers de joueurs noirs et métis

En 1995, alors que le pays sortait de décennies d'ostracisme en raison de l'apartheid, les Springboks étaient sacrés champions du monde. Comme un symbole, le président Nelson Mandela enfilait le maillot de l'équipe nationale. Mais cette année-là, un seul joueur noir avait été sélectionné. Vingt ans plus tard, en 2015, la fédération a imposé des quotas, au moins sept non-blancs doivent être choisis dans la sélection. Juste avant la Coupe du monde de 2019, elle a même exigé la parité ethnique. Une ligne que le sélectionneur, Johan Erasmus, a refusé de suivre. Il a emmené au Japon onze joueurs noirs et métis, soit un tiers de l'effectif.

"Le temps du politique et le temps des annonces provocatrices de la part du ministre des Sports et des présidents de fédération de rugby, ne sont pas le temps de la pratique", analyse Carole Gomez, chercheuse à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), auteure d'un livre sur la géopolitique du rugby. "Pour pouvoir présenter une équipe qui soit parfaitement métissée à 50% lors d'une Coupe du monde, cela prend du temps. Il ne faut pas raisonner en termes de quelques années, il faut raisonner presque en termes de décennies", précise-t-elle.

Un sport encore inaccessible pour certains

Cette volonté politique a provoqué de vifs débats dans ce pays où le rugby reste encore un sport pratiqué par les Blancs. Une image qui tarde à changer, selon la chercheuse. "Le rugby est encore très largement pratiqué uniquement dans certaines écoles et dans certaines universités", explique Carole Gomez, auteure de Le rugby à la conquête du monde aux éditions Armand Colin.

Il y a encore certaines catégories de la population qui n'ont pas forcément accès à ces universités et à ces écoles, privées pour certaines, dont les frais de scolarité sont beaucoup trop élevés.Carole Gomezà franceinfo


Le capitaine des Springboks, Siya Kolisi, le premier homme noir à occuper une telle fonction, s'est déclaré contre les quotas. Il a expliqué vouloir être sélectionné pour ses qualités et pas pour la couleur de sa peau. Sa prise de position a été très critiqué, preuve que l'Afrique du Sud est loin d'en avoir fini avec son passé.

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