"Parfaites" : les dessous de la natation synchronisée dévoilés au cinéma

\"Prafaites\", un film de Jérémie Battaglia, en salles le 5 avril
"Prafaites", un film de Jérémie Battaglia, en salles le 5 avril (DARK STAR)

"Parfaites" sort en salles mercredi 5 avril. Le réalisateur Jérémie Battaglia nous plonge dans le monde de la natation synchronisée avec les nageuses de l'équipe nationale du Canada.

C'est un sport parfois dénigré, une discipline artistique souvent moquée. La natation synchronisée souffre d'un manque de reconnaissance. Les nageuses, des athlètes pourtant très complètes, ne sont pas que jugées sur leurs qualités techniques mais sur leur apparence et parfois même leur beauté. Une injustice que dénonce le réalisateur de Parfaites, Jérémie Battaglia.

Pendant 18 mois, le cinéaste originaire d’Aix-en-Provence a suivi les nageuses de l’équipe de natation synchronisée du Canada et a découvert un monde insoupçonné, immergé. Le documentaire sort en salles mercredi 5 avril. 

"Parfaites", les dessous de la natation synchronisée. Reportage de Cécilia Arbona
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Au micro de franceinfo, Jérémie Battaglia et la capitaine de l'équipe canadienne, Marie-Lou Morin, 25 ans, nous dévoilent les coulisses de ce sport et du documentaire qui lui est consacré.

Jérémie Battaglia, réalisateur du documentaire \"Parfaites\", et Marie-Lou Morin, capitaine de l\'équipe canadienne de natation synchronisée.
Jérémie Battaglia, réalisateur du documentaire "Parfaites", et Marie-Lou Morin, capitaine de l'équipe canadienne de natation synchronisée. (CECILIA ARBONA / RADIO FRANCE)

Franceinfo : Votre vision de la natation synchronisée a-t-elle changé depuis que vous avez réalisé ce documentaire ?

Jérémie BattagliaJ’avais l’image des films d'Esther Williams des années 50 avec le ballet aquatique, les trucs à fleurs. Je ne voyais pas l’aspect sportif. Quelque chose m’a ému dans ces sacrifices que font ces jeunes femmes. Même moi, qui me considère comme un gars ouvert, j’ai réalisé que je portais en moi ces idées sexistes et finalement très machistes. Ça m’a vraiment choqué.

Qu'est-ce qui vous a le plus frappé au contact de cette équipe de jeunes femmes qui composent l'équipe du Canada ? 

Leur entraînement est fou. Au début du film il y en a une qui dit : 'Nous on fait tous les sports des autres, mais c’est juste pour notre entraînement'. Elles font du ballet, de la musculation, de la course, beaucoup de cardio, de la natation bien-entendu et ça juste pour s’échauffer, avant même de faire leur propre sport. Elles ont besoin d’être bonnes dans tellement de disciplines.

Sur le plongeoir, la Canadienne Pamela Ware et ses chevilles tatouées, aux Championnats du monde de Kazan, en Russie, le 25 juillet 2015.
Sur le plongeoir, la Canadienne Pamela Ware et ses chevilles tatouées, aux Championnats du monde de Kazan, en Russie, le 25 juillet 2015. (HANNIBAL HANSCHKE / REUTERS)

On découvre dans ce documentaire que la natation synchronisée est un sport de contacts qui n'est pas sans risques. Vous pouvez en témoigner Marie-Lou Morin. Vous êtes la capitaine de cette équipe canadienne. 

Marie-Lou MorinJ’ai eu quelques blessures mais la plus grave c’est la commotion cérébrale. Lorsqu’on fait des poussées acrobatiques, on lance les filles à plusieurs mètres de hauteur et elles retombent dans l’eau à des vitesses assez rapides. Si tu n’es pas à la bonne place et au bon endroit, c’est souvent des coups de pied ou de genoux dans la tête. 

Vous soulevez dans votre documentaire un paradoxe entre ce sport complet et la prédominance pourtant donnée à l'apparence, jusqu'à l'absurde.

Jérémie Battaglia : Il y a une séquence au début du film où elles sont aux Championnats du monde en Russie. Les juges trouvent l’équipe laide, pas uniforme. Il y avait la question des corps, ils trouvaient que les filles n’étaient pas assez maigres. Mais en plus, il fallait qu’elles se ressemblent au point de se maquiller les sourcils pour avoir les mêmes expressions, utiliser de l’autobronzant  pour avoir toute la même teinte de peau. Il y a quelque chose d'absurde dans ce sport-là et tout cela, ce sont des règles non écrites.

Ce sport implique des sacrifices pour que le corps réponde à des critères esthétiques, un peu comme les mannequins finalement ? 

Marie-Lou Morin : Quand tu n'as pas le corps parfait pour la nage synchronisée c’est très dur. On va te demander de perdre du poids mais à un moment donné tu perds la notion de pourquoi tu le fais. Personnellement, j'en suis arrivée à un point où le chiffre sur la balance représentait ma valeur en tant que personne, en tant que femme. C’est difficile mentalement. Il faut bien s’entourer, rester saine.

Le documentaire prend le parti de montrer les dessous de la natation synchronisée, loin des paillettes. Pourquoi ?

Jérémie Battaglia : Quand on compare par rapport aux premières équipes, les filles sont extrêmement minces, ont des grandes jambes de ballerines, c’est l’archétype de l’équipe russe, qui est la meilleure au monde. Ces filles-là sont choisies très jeunes, elles ne font que ça pour avoir la plus grande homogénéité possible. Ce n'est pas la mentalité de l'équipe canadienne. Je voulais vraiment les montrer comme des personnages en contrôle de leur vie confrontés à un système de points beaucoup trop subjectif. Je ne voulais pas faire un film pessimiste. Je voulais au contraire les montrer comme des gagnantes, parfaites.  

PARFAITES - PERFECT teaser from Rapide Blanc on Vimeo.