Le rugby sud-africain ne se décline pas en couleurs "arc-en-ciel"

(Antoine Krempf Radio France)

REPORTAGE | C'est l'une des images les plus fortes de Nelson Mandela : le 24 juin 1995, le premier président noir d'Afrique du Sud porte un maillot des Springboks pour remettre le trophée de la Coupe du monde à son équipe de rugby, composée essentiellement de joueurs blancs. Mais 18 ans après, les équipes amateurs de la banlieue de Johannesburg ont encore du mal à dépasser les clivages entre les différentes couleurs du pays.

Il faut à peine dix minutes pour parcourir la distance qui
sépare le terrain du Roodepoort rugby club de celui des Raiders. Mais c'est
presque déjà un monde que l'autoroute de Johannesburg sépare à peine. 

Chez les Roodepoort, les discussions se font en Afrikaner
sur le bord du terrain. Tous les joueurs présents sont blancs, sauf "nos
deux joueurs noirs chez les seniors, qui ne sont pas encore arrivés
",
précise le vice-président du club. L'entraînement
se fera sans eux. Du côté des Raiders, il n'y a que trois blancs sur la
quinzaine de joueurs réunis sur le terrain. "Depuis son origine, l'équipe est
communautaire. Elle a toujours compté plus de métis et de noirs
",
commente le manager du club.

A première vue, la réconciliation à travers le rugby
souhaitée par Nelson Mandela semble donc encore loin. Qu'ils soient
Raiders ou Roodepoort, les joueurs vivent d'ailleurs très différemment leurs rencontres
sur le terrain.

"Ils veulent jouer avec les leurs "

Pour les deux clubs, l'absence de mixité au sein des équipes de rugby dépasse la question du sport. "Si vous allez à Greenside chez les Pirates, l'équipe sera composée à moitié de blancs et de noirs parce que c'est une zone multiculturelle. Ici, nous sommes dans un quartier pauvre. Et nous essayons de sortir les jeunes de la rue par le rugby ", explique Ronald, l'un des rares joueurs blancs des Raiders.

L'agglomération de Johannesburg compte une quinzaine de clubs de rugby. Une concentration qui ne permet pas d'attirer des joueurs d'autres quartiers, d'après Neels Biniswejen, le président du Roodepoort rugby club. 

Pour autant, Ronald le Raider raconte que de nombreux joueurs noirs ont tenté l'aventure à Roodepoort, club champion cette année de la Super League, avant de renoncer pour des raisons culturelles : "quand vous vous retrouvez le vendredi soir chez les coach entouré de 75 blancs et que vous écoutez de la musique que vous ne comprenez pas... beaucoup sont revenus à leurs racines ".

"On ne donne pas d'opportunités aux noirs "

Les clubs locaux ne sont pas les seuls à souffrir d'un manque de mixité. Il suffit de regarder les récentes compositions de l'équipe d'Afrique du sud pour s'en rendre compte. 18 ans après, le rêve d'une équipe multiraciale de Nelson Mandela semble avoir encore du mal à devenir réalité. 

Mais pour Faris Sader, le vice-préisdent du club de Roodepoort, "le rugby prend du temps pour arriver au niveau international. Tout ne peut pas se faire en une nuit. Aujourd'hui, les noirs sont très représentés dans les écoles de rugby. D'ici trois ou quatre ans, je pense qu'on aura une équipe totalement mixte ".

Mais Derek Jardine dit avoir déjà trop attendu. Le président des Raiders estime que les rugbymen de couleurs sont victimes d'un plafond de verre hérité de l'apartheid.

"Le gouvernement avait essayé de mettre des quotas pour tenter de régler le problème dans les clubs. Mais tout le monde a été fâché : les blancs se sentaient discriminés et les non-blancs estimaient qu'ils étaient choisis par obligation et non par mérite. La question est devenue trop politique ", conclut Faris Sader. 

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