Sotchi : des Jeux olympiques nés dans la douleur

Des personnes posent devant le stade principal de Sotchi (Russie), le 3 février 2014.
Des personnes posent devant le stade principal de Sotchi (Russie), le 3 février 2014. (ALEXANDER NEMENOV / AFP)

Coût des travaux, corruption, structures décriées... Retour sur les zones d'ombre des JO les plus chers de l'histoire.

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Avant même d'être lancés, les Jeux olympiques d'hiver 2014 font couler beaucoup d'encre. Athlètes et journalistes du monde entier sont arrivés à Sotchi (Russie) ces derniers jours. Les travaux entrepris dans cette station balnéaire du Caucase, complètement transformée pour accueillir les JO dans les montagnes voisines, suscitent de vives interrogations quant à leur coût et leur impact sur la population.  

1Des expropriations massives

Pour construire le gigantesque complexe olympique, et relier la ville de Sotchi aux sommets enneigés, les autorités ont dû détruire un grand nombre de propriétés privées. Les habitants expropriés auraient dû toucher des indemnités, mais de nombreux témoignages, comme dans cette vidéo de l'AFP, assurent du contraire. 

Mardi soir, un reportage du "Petit Journal" de Canal+ rapportait les propos d'un habitant de la ville forcé de s'entasser avec sa famille dans une chambre d'hôtel de 9 m2, après avoir perdu son logement. "Je possédais 500 m2 de terrain. En 2011, les bulldozers ont débarqué et ont détruit notre maison. Il y avait environ 120 maisons, dans le quartier. Elles ont toutes été démolies. Aucune compensation n'a été accordée."  En l'absence de chiffres officiels, il est impossible de savoir précisément combien de personnes ont connu la même mésaventure, mais "le cas de ce quartier est loin d'être isolé", assure le journaliste sur place.

2Un coût exorbitant

Il n'est pas rare que les budgets soient dépassés en matière de constructions sportives... Mais Sotchi crève le plafond, selon diverses estimations. Ces Jeux sont déjà estampillés "JO les plus chers de l'histoire de l'olympisme", avec un coût total de 37 milliards d'euros (contre 26 milliards pour ceux de Pékin, en 2008). Lors de l’attribution des Jeux en 2007, le président russe, Vladimir Poutine avait pourtant assuré que le coût de développement ne dépasserait pas 9 milliards d’euros. Raté.

La raison de cette inflation démesurée ? "Le gigantisme, les difficultés techniques ou encore les retards dans des travaux pharaoniques, écrit Sport 24.fr. Rien n’a été trop beau pour rapprocher la station balnéaire située sur les bords de la mer noire de la station de sports d’hiver de Krasnaïa Poliana." 

Et pour cause, il a fallu construire un aéroport, 400 km de routes, 12 stades (dont un de 40 000 places), moults ponts et tunnels...  Le tout, sans grand respect de l'environnement ni des travailleurs, comme le rappelle France Culture. Le retard pris par les travaux a d'ailleurs coûté son poste au vice-président du comité olympique, Akhmed Bilalov, limogé par Vladimir Poutine le 7 février 2013. 

3 Une corruption généralisée

En outre, les milliards alloués par l'Etat russe pour les Jeux olympiques d'hiver alimentent la corruption qui gangrène le pays. L'argent que l'Etat devait verser aux habitants expropriés aurait été en partie capté par la région de Krasnodar, dont dépend Sotchi. Des dizaines d'enquêtes ont été ouvertes pour corruption au sein des structures publiques et des entreprises de Sotchi. Plusieurs concernent la société publique russe Olympstroi, qui gère l'ensemble des travaux sur les sites olympiques.

Capture d\'écran du site sochi.fbk.info cartographiant la corruption dans la région de Sotchi (Russie), le 5 février 2014.
Capture d'écran du site sochi.fbk.info cartographiant la corruption dans la région de Sotchi (Russie), le 5 février 2014. (FRANCETV INFO)

Fin janvier, en association avec la Fondation anti-corruption russe, le blogueur et opposant Alexei Navalny a publié (en russeune carte interactive (en anglais) de la corruption liée aux JO de Sotchi. Il y répertorie différents types de corruptions existant : conflit d'intérêts, mauvaise gestion, "enfumage", etc. Une critique également portée par l'association Human Rights Watch (en anglais), qui dénonce la censure visant les journalistes enquêtant sur ce thème.

4 Un village olympique pas toujours au top

A leur arrivée au village olympique, la semaine précédent le début des Jeux, des dizaines d'athlètes ont fait part de leurs impressions quant au résultat. Jolie vue, lits confortables, toilettes bien indiquées... Pas de souci à première vue. Le sort des journalistes, logés dans un autre secteur que les athlètes, est moins enviable. Certains évoquent des hôtels pas terminés, avec des "chambres désastreuses", parfois sans eau courante. La chaîne américaine CNN n'a eu droit qu'à une chambre, pas vraiment des plus accueillantes.

Quant à l'état des pistes, il est encore difficile de se faire une idée. Mais les nouvelles ne sont pas franchement rassurantes. Mercredi, le snowboardeur Shaun White, double champion olympique, a renoncé à participer à l'épreuve de slopestyle car il avait jugé le parcours "intimidant". Torstein Horgmo, un athlète qui s'est fracturé la clavicule sur le parcours, a dû déclarer forfait pour les Jeux. Depuis, le tracé a été modifié pour plus de sécurité. D'autres épreuves connaîtront-elles le même sort ?

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