Paris 2024 : "Même quand on a de très bonnes intentions, il est très difficile de tenir un budget" pour les Jeux olympiques

Les anneaux olympiques sur le Trocadéro, le soir de l\'annonce de l\'organisation des Jeux olympiques à Paris en 2024, le 13 septembre 2017.
Les anneaux olympiques sur le Trocadéro, le soir de l'annonce de l'organisation des Jeux olympiques à Paris en 2024, le 13 septembre 2017. (CHRISTOPHE SIMON / AFP)

Jean-Pascal Gayant, professeur de Sciences économiques à l’université du Mans, s'est dit "très inquiet" pour Paris 2024, jeudi sur franceinfo, après l'attribution des JO à Paris.

La joie de l'attribution des Jeux olympiques à Paris en 2024 passée, les questions difficiles apparaissent. Est-il possible d'organiser des Jeux olympiques à moindres coûts ? Ou en tout cas, sans exploser le budget initial. La délégation française promet de ne pas dépasser les 6,8 milliards prévus pour l'organisation de ce grand évènement planétaire à Paris en 2024. Jean-Pascal Gayant, professeur de Sciences économiques à l’université du Mans, a estimé, jeudi 14 septembre, sur franceinfo, qu'il était "très difficile de tenir un budget", car "il y a toujours des facteurs qui conduisent à ce que les budgets explosent".

franceinfo : Est-ce que Paris 2024 organisera des Jeux olympiques sans dépassement budgétaire ?

Jean-Pascal Gayant : Des choses ont changé. On a pris conscience des dérives. On a pensé la reconversion des sites. On pense très en amont à minimiser la dépense de la conception des sites et utiliser au maximum les infrastructures existantes. Malheureusement, l'expérience prouve que même quand on a de très bonnes intentions, il est très difficile de tenir un budget. Il y a un an, le budget était de 6,2 milliards d'euros. Il est plutôt aujourd'hui de 6,8 milliards d'euros et clairement, il y a encore des coûts de sécurité qui ne sont pas pris en compte. Je suis très inquiet, car il faut savoir qu'à Londres les coûts de sécurité ont atteint un milliard de livres et on parle pour Tokyo 2020 de près de trois milliards d'euros. Si on fait le calcul, on voit que le budget pourrait être dépassé.

Quels sont les montants des dépassements dans l'histoire des Jeux olympiques ?

L'expérience montre que les budgets ont été plutôt multipliés par deux et par trois. On arrive à une moyenne de 2,6. On va donner crédit à Paris 2024. Ils vont tout faire, j'imagine, pour ne pas se retrouver dans cette situation, mais il y a toujours des facteurs qui conduisent à ce que les budgets explosent. Il y a d'abord des choses auxquelles on ne songe pas, au départ. Il y a 10 ans, quand on construisait un stade, on ne pensait pas qu'il devait être hyperconnecté, qu'il puisse avoir 60 000 connexions en même temps. Ce sont des coûts supplémentaires et peut-être que pour 2024, on aura d'autres technologies, d'autres besoins qui ne seront pas correctement anticipés. Et il faut souvent mettre les bouchées doubles à 6 mois ou 3 mois des Jeux. Ca fait des surcoûts. Il faut faire appel à des équipes supplémentaires, à des gens qui vont travailler la nuit, des intérimaires. Il faut être très prudent.

Vous avez aussi une théorie sur la durée des Jeux olympiques ?

Le CIO a déjà ouvert la porte à une multiple localisation des Jeux, pas seulement une ville, ce qui me paraît une bonne chose. Mais il y a sans doute un deuxième stade à franchir, c'est des Jeux plus longs. Il y a une survivance aujourd'hui de ce qui paraît un peu étrange. Une Coupe du monde de football c'est quatre semaines, une Coupe du monde de rugby, c'est cinq semaines. Les diffuseurs sont contents parce qu'ils peuvent avoir plus longtemps des programmes. Les Jeux, c'est par moment difficile car on a trop de disciplines en même temps. On n'arrive pas à tout suivre. On est même frustré. Tout le monde aurait intérêt, c'est gagnant-gagnant, à avoir des Jeux qui durent plutôt quatre semaines plutôt que deux. Le CIO est en train d'y réfléchir mais ce n'est pas pour tout de suite.

"Je suis très inquiet", Jean-Pascal Gayant
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