Handball : ce que l'on sait sur l'affaire des tests de grossesse qui secoue un club nantais

Le président du club Nantes Atlantique Handball Arnaud Ponroy face à la presse vendredi 14 février à Nantes (Loire-Atlantique). A ses côtés, les joueuses Camille Ayglon-Saurina, Léa Lignières et l\'entraîneur Allan Heine.
Le président du club Nantes Atlantique Handball Arnaud Ponroy face à la presse vendredi 14 février à Nantes (Loire-Atlantique). A ses côtés, les joueuses Camille Ayglon-Saurina, Léa Lignières et l'entraîneur Allan Heine. (LOIC VENANCE / AFP)

Le club, mis en cause par le syndicat des joueuses et des joueurs de handball, nie les accusations. Parmi les joueuses, les versions diffèrent.

"C'est désagréable de découvrir ce genre d'affaire, c'est très désagréable." Nodjialem Myaro, la présidente de la Ligue féminine de handball (LFH), ne goûte pas le scandale. L'Association des joueuses et joueurs professionnels de handball (AJPH) a dénoncé, jeudi 13 février, dans un communiqué, des tests de grossesse réalisés "sans le consentement des joueuses" à l'occasion de bilans biologiques de début de saison, au sein d'un club de la Ligue féminine, sans nommer le club. Très vite, le Nantes Handball Atlantique, actuel 3e de D1, a été identifié. Par la voix de son président Arnaud Ponroy, le club a réfuté les accusations. Voici ce que l'on sait de cette affaire.

Comment l'affaire a-t-elle été déclenchée ?

Jeudi 13 février, l'AJPH publie un communiqué dans lequel elle accuse un club de D1 d'avoir imposé des tests de grossesse à ses joueuses. Ce test aurait eu lieu dans le cadre d'examens médicaux réalisés en début de saison. "L'analyse du taux de l'hormone bêta-HCG, visant à détecter un état de grossesse, aurait été prescrite par le médecin du club sans le consentement des joueuses", écrit l'association, dénonçant des "pratiques inacceptables".

"Après avoir récupéré les ordonnances attestant ces analyses, l'AJPH a adressé au club et au médecin un courrier et en a informé les instances ainsi que les partenaires sociaux", ajoute l'instance qui se "réserve le droit de donner toute suite utile à cette situation". L'AJPH rappelle que ce type de contrôle est "totalement illégal et (...) porte également une grave atteinte à l'intimité" des joueuses.

Que répond le club mis en cause ?

L'identité du club accusé filtre rapidement. Il s'agit du Nantes Atlantique Handball, rapporte francetv sport, où évoluent notamment plusieurs internationales françaises, l'arrière Camille Ayglon-Saurina, la gardienne Catherine Gabriel et l'ailière Blandine Dancette.

Le président du club Arnaud Ponroy réagit, vendredi, et affirme que ces tests "n'ont rien d'illégal". Il confirme l'existence de ces examens, mais assure que les handballeuses étaient informées et consentantes : "Le médecin a fait, selon moi, son boulot en son âme et conscience avec l'assentiment des joueuses". Il nuance néanmoins, en s'interrogeant : "Est-ce que les joueuses sont suffisamment informées ? Est-ce que des étrangères n'ont pas bien compris ? Est-ce que les Françaises sont suffisamment sensibles à ce qu'on leur dit ?"

Or, si les joueuses étaient au courant de ce test, l'oralité dans ce cas-là ne suffit pas, "il y a un consentement écrit qui aurait dû être fait", précise Nodjialem Myaro, la présidente de la Ligue à francetv sport. Le président du club, particulièrement remonté contre l'AJPH, dénonce une démarche "débile et malhonnête" et "un procès d'intention complètement stupide", dans L'Equipe.

"Notre médecin (le docteur Thibaut Berlivet) est le référent maternité et sport de haut niveau pour les Pays de la Loire, c'est un sujet qui lui tient vachement à cœur. Il considère qu'il doit savoir si la sportive de haut niveau qu'il a en face est enceinte ou pas. Un, pour éventuellement aménager la charge de travail et deux, pour adapter d'éventuelles médications. Le médecin fait son boulot et essaie de bien le faire", insiste-t-il.

Le président dément en outre être à l'initiative de cette demande de tests : "Ce n'est pas un outil dont se sert le club. (...) Les joueuses sont sous contrat, qu'elles soient enceintes ou pas, ça ne change rien", garantit-il.

Et les joueuses, qu'en disent-elles ?

Lors d'une conférence de presse, vendredi, des joueuses du club nantais ont pris la défense de leur président. Camille Ayglon-Saurina s'est exprimée en lisant un communiqué rédigé "en groupe". Elle a confirmé les propos de son président : "On a eu une ordonnance qui nous le disait, il y a eu une volonté de la part du médecin d'être clair et rien n'a été fait de manière insidieuse", a-t-elle expliqué." Il y a peut-être eu un problème de compréhension, a-t-elle toutefois nuancé, citée par Ouest France(pour abonnés), c'est la première fois de notre carrière qu'on avait à faire ce test. Il s'ajoutait aux tests obligatoires."

"Aucune n'a découvert avec le communiqué de l'AJPH qu'elle avait subi ce test, tout le monde savait qu'il y avait des tests de grossesse ", a ajouté la capitaine Léa Lignières. "On n'a pas eu toutes le réflexe de regarder ce qu'il y avait sur nos ordonnances", a-t-elle concédé, d'autant que toutes n'ont pas reconnu le test de grossesse dans sa dénomination médicale.

La jeune capitaine a également défendu l'équipe médicale du club. "C'est un super médecin et on veut le garder à nos côtés", a-t-elle résumé. Un avis partagé par une coéquipière qui témoigne anonymement à France 3 Pays de Loire et qui estime qu'il ne peut pas être "considéré comme le fautif". Elle admet tout de même que "cela a suscité la colère de certaines filles. Mais on n'imaginait pas l'ampleur que cela prendrait."

Sont-elles unanimes ?

La présidente de la Ligue Nodjialem Myaro affirme qu'elle a "deux versions différentes du côté des joueuses""La seule chose que je peux vous dire clairement aujourd'hui, ce qui va être important pour moi, c'est le respect de la joueuse". "Des femmes se sont senties humiliées et nous n'aimerions pas qu'elles soient prises à partie, culpabilisées", a réagi l'AJPH vendredi soir, citée par L'Equipe

Dimanche 16 février, dans une lettre ouverte partagée par l'APJH, six joueuses du club infirment les dires de certaines de leurs coéquipières. "Nous, signataires de cette lettre ouverte, n'avons pas été spécifiquement informées que les bilans biologiques que nous sommes allées faire comprenaient un test de grossesse sanguin", assurent-elles. Elles précisent qu'elles auraient aimé "être informées au préalable". Enfin, pour montrer les dissensions au sein du club, elles ajoutent que "la moitié de l'équipe a délibérément refusé d'assister à la conférence de presse du club, par désaccord avec la version qui allait être exposée, et que d'autres joueuses présentes à la conférence n'étaient pas non plus en accord avec celle-ci."

Parmi les anciennes joueuses du club, des langues se délient. "Jamais ! Je suis sûre qu'on ne nous a jamais parlé de ça, a certifié anonymement à 20 Minutes une d'entre elles, on nous demandait de faire des prises de sang pour savoir si tout allait bien, si on avait des carences, et à ma connaissance c'étaient les seules choses qu'ils recherchaient à travers ces analyses."

Wendy Lawson, nantaise de 2012 à 2018, n'a pas été surprise en apprenant cette affaire : "Si on m'avait dit que c'était venu d'un autre club, j'aurais peut-être été un peu plus choquée. Qu'on me dise que ça vient de Nantes et de son président, je me dis que ça va avec le personnage." Lors de sa dernière saison, elle se rappelle qu'elle n'avait pas eu sa dotation, ni le sac, ni les équipements complets du club. "Bizarrement, j'étais enceinte juste avant", lâche-t-elle dans Ouest France.

Que vont faire les instances ?

Dans un communiqué, la Fédération française et la Ligue féminine de handball assurent avoir "immédiatement pris contact avec le club de Nantes Atlantique Handball pour recueillir ses observations et celui de son médecin", rapporte L'Equipe. Elles ont ajouté qu'elles "seront attentives aux procédures qui pourraient être engagées devant les différentes juridictions ou ordres, et souhaitent que toute la lumière soit faite sur cette situation."

En réponse à cette affaire, la Ligue prépare "un rappel des procédures à l'attention de tous les clubs, dont l'obligation légale de recueillir un accord exprès, formel et préalable des athlètes pour prescrire un dosage hormonal bêta-HCG". Les instances précisent également qu'elles sont "particulièrement attachées au respect de l'intimité et au recueil du consentement éclairé des athlètes pour tout examen médical." Et Nodjialem Myaro de conclure : "S'il y a des comportements qui sont avérés comme irrespectueux du code du travail et du respect de la femme, ce sera sanctionné et dénoncé."

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