Violences du PSG : la délicate mission des juges, entre urgence et épuisement

Un homme est arrêté par un policier en tenue, le 13 mai 2013, à Paris, après les célébrations du titre du PSG.
Un homme est arrêté par un policier en tenue, le 13 mai 2013, à Paris, après les célébrations du titre du PSG. (VINCENT WARTNER / 20 MINUTES / SIPA)

Francetv info a assisté aux nouvelles comparutions immédiates qui avaient lieu jeudi, après les incidents qui ont émaillé le sacre du PSG. 

"Je vais payer pour tous les autres, pour les casseurs." Présentés en comparution immédiate pour des violences commises lors du sacre du PSG, des prévenus ont dénoncé, mercredi 15 et jeudi 16 mai, des interpellations effectuées "au hasard" et des jugements rendus "pour l'exemple". Niant pour la plupart les faits qui leur étaient reprochés, ces jeunes, comme leurs avocats, ont remis en cause les condamnations, biaisées selon eux par un besoin de réponse pénale forte au sein des institutions judiciaires. Certains y verront une stratégie de défense comme une autre, mais francetv info a voulu creuser la question. Comment rend-on la justice, aujourd'hui, lors de comparutions à la chaîne ?

Bienvenue au tribunal de grande instance de Paris où, pendant deux jours, les sections 1 et 2 de la 23e chambre correctionnelle ont accueilli les premiers "dossiers PSG". Présidant les débats de la 23-2 avec pédagogie, la juge Isabelle Pulver résume d'emblée, mercredi, sa délicate mission : "Faire la différence entre les personnes là [au Trocadéro] pour faire la fête, celles venues pour avoir un comportement de voyou et celles qui ont trouvé l'occasion trop bonne." 

"Ce n'est pas parce qu'il y a une situation exceptionnelle que vous n'avez pas le devoir de rendre une décision sereine", rappelle à la juge, jeudi, l'avocate d'un prévenu poursuivi pour jet de bouteilles contre des policiers. Elle redoute "des effets d'annonce" dans les jugements, tout comme une consœur, qui s'inquiète que la procureure ne soit "tombée dans l'erreur de faire des exemples" dans ses réquisitoires.

Envoyer "un signal"

Présente à l'audience, jeudi, la procureure Lucile de Maublanc assure à francetv info qu'il ne s'agit pas, pour elle, de faire des prévenus de quelconques "boucs émissaires". "Je ne pense pas mes réquisitions pour l'exemple", dit-elle. En revanche, le fait pour le parquet de juger les prévenus en comparution immédiate (plutôt que de les convoquer à un procès à une date ultérieure) répond bien, reconnaît-elle, au besoin d'une "réponse rapide" après les violences, afin d'envoyer "un signal".

L'avocat François-Pierre Fait voit là, comme il le confie à francetv info, "une volonté politique du parquet dans le choix de la comparution immédiate. On choisit cinquante lampistes interpellés, souvent ceux qui ont couru le moins vite ou qui étaient trop soûls, et on les met à la queue-leu-leu au tribunal". Tant pis si cela empêche d'analyser à temps les images des caméras de surveillance. C'est alors la parole du prévenu contre celle du policier qui l'a arrêté. "C'est là qu'on risque le plus d'avoir des erreurs judiciaires, affirme l'avocat. Les magistrats sont pris en otages, mais heureusement ils sont de moins en moins dupes. La preuve, ils prononcent parfois des relaxes."

Juger, tant bien que mal 

Pour les magistrats, il ne s'agit pas seulement de résister à la pression de l'exemple, mais aussi de rendre une justice paisible dans des conditions parfois effrayantes. Ainsi, l'audience de mercredi à la chambre 23-2, débutée à 14 heures, s'est terminée dans la nuit, à 2 heures du matin. La présidente du tribunal y a vu défiler 19 prévenus (parmi lesquels 9 "PSG"), dont le dernier a été renvoyé manu militari par l'escorte alors qu'il s'emportait contre la juge. Mais à quoi peut bien penser un prévenu lorsque sa comparution débute en pleine nuit, avec une présidente aux yeux rouges et une procureure qui bafouille de fatigue ?

Mercredi et jeudi, la présidente Pulver n'a cessé de déplorer un travail "dans l'urgence" et une audience "surchargée" à cause du flot soudain des "dossiers PSG". "Extrêmement fatiguée" mercredi soir, elle a dû renvoyer des affaires, jeudi, "en raison de l'actualité du jour et du nombre de saisines". Sa collègue de la chambre 23-1 en a aussi fait les frais, avec certains dossiers présentés "sans enquête sociale", faute de temps pour se renseigner sur la vie des prévenus.

Nouvelles condamnations

Isabelle Pulver n'a pas pour autant renoncé à sa mission. Rappelant que "le doute doit toujours bénéficier à la défense", elle a relaxé, mercredi, trois prévenus dont le cas était trop flou. Dans une autre affaire, s'appuyant sur les propos concordants de quatre policiers venus témoigner devant la chambre, elle a prononcé une condamnation à quatre mois de prison, dont deux ferme, avec mandat de dépôt. A la sortie de l'audience, dans la nuit de mercredi à jeudi, une avocate commentait : "Il faut reconnaître à la juge le mérite d'avoir pris le temps d'étudier les dossiers. Mais quand on finit à une telle heure, participe-t-on encore d'une justice paisible ?"

Jeudi soir, à la 23-2, deux jeunes hommes ont été condamnés à quatre mois de prison, dont deux ferme, pour jets de projectiles. A la 23-1, un autre a reçu deux mois de sursis pour outrages et un quatrième, en état de récidive légale, a écopé de la peine la plus lourde : quatre mois ferme assortis d'un mandat de dépôt, pour outrages et violences contre des policiers.

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