Barça-PSG : le mode d'emploi de la "remontada" en Ligue des champions

Dani Alves porte Neymar en triomphe après le succès du FC Barcelone sur le Paris-Saint-Germain en quarts de finale de la Ligue des champions, le 21 avril 2015.
Dani Alves porte Neymar en triomphe après le succès du FC Barcelone sur le Paris-Saint-Germain en quarts de finale de la Ligue des champions, le 21 avril 2015. (DAVID RAMOS / GETTY IMAGES EUROPE)

Largement battu au match aller, le FC Barcelone a réussi à refaire son retard de quatre buts face au PSG, mercredi, en 8e de finale retour. Les Catalans ont étrillé les Parisiens 6-1. Voici la recette magique pour réaliser cette remontée fantastique.

Au terme d’un match complètement dingue, le PSG s'est incliné 1-6 sur la pelouse de Barcelone, mercredi 8 mars, en 8e de finale retour. Sa belle victoire 4-0 à l'aller, il y a trois semaines, n'aura donc pas suffi. Les Parisiens sont éliminés de la Ligue des champions. Quant aux Catalans, ils ont réussi ce qu'aucun club n'était jamais pas parvenu à faire. La remontada a bien eu lieu. Mais quelle est la recette pour réussir un tel renversement de situation ? En voici les ingrédients essentiels.

Utiliser intelligemment le public, ça booste

Prenez l'exemple du Real Madrid. Le club a intelligemment su jouer sur le public lors de sa dernière remontada en date, face à Wolfsburg l'an passé, en quarts de finale de Ligue des champions (0-2, 3-0). Le club merengue avait ouvert les portes du stade très tôt, pour laisser aux supporters le temps de se chauffer. Consigne avait été donnée de porter du blanc, la couleur du club, pour former un mur humain destiné à impressionner les Allemands, novices à ce niveau de la compétition, détaille la célèbre émission "Punta Pelota".

On peut aussi jouer sur un autre registre. Le Real Madrid, encore lui, avait trois buts à remonter lors d'une demi-finale face à Dortmund en 2012. Une fois n'est pas coutume, l'équipe avait laissé ses supporters investir l'accès au parking du stade. Le bus avait dû se frayer un chemin au milieu des fans, déterminés, poussant leur équipe sans verser dans un enthousiasme prématuré. La suite, c'est Fernando Manso, le chauffeur du bus de l'équipe, qui le raconte dans Marca : "Je me souviendrai de cette scène toute ma vie. (...) Les joueurs se sont levés, ont commencé à filmer la scène avec leurs téléphones. Certains m'ont demandé de couper la musique, pour profiter de l'atmosphère. Ce silence dans le bus donnait la chair de poule. L'apothéose. Je n'avais jamais vécu une chose pareille." Le Real ratera la qualification d'un cheveu (1-4, 2-0 avec une fin de match haletante). 

A Barcelone, le public avait déjà fait gagner son équipe, lors d'une improbable course-poursuite avec Anderlecht (0-3, 3-0, victoire aux tirs au but) en 1979. "Sur la pelouse, on était complètement abasourdis", se souvient l'un des héros, le défenseur Rafael Zuviría, cité dans El Periodico de Aragon. Mais malgré cette prestigieuse réputation, aujourd'hui, on ne peut plus tout à fait qualifier le Camp Nou de chaudron. La faute aux touristes japonais qui garnissent les travées et sont plus occupés à se prendre en photo qu'à chanter. Culturellement, il est d'usage d'apporter un poste de radio au stade pour mieux suivre ce qu'il se passe sur le terrain, surtout si on est placé en haut des vertigineuses tribunes. 

Mettre Dieu de son côté, ça peut marcher

Quand les bookmakers ou les statistiques jouent contre vous, il ne reste plus qu'à se tourner vers les puissances supérieures. C'est ce qu'a fait Javier Irureta, alors entraîneur de La Corogne, fessé 1-4 en huitièmes de finale aller de l'édition 2004 par le grand Milan AC, tenant du titre. Personne n'y croit vraiment : la veille du match retour, dans la Gazzetta dello Sport, Mauro Silva, poumon de l'équipe, déclare que "ce sera un honneur d'avoir été éliminé par le grand Milan AC". Mais la rencontre est programmée en pleine semaine sainte et le pieux coach espagnol veut mettre toutes les chances de son côté : "Si on se qualifie, je ferai le pèlerinage jusqu'à Saint-Jacques-de-Compostelle, à genoux s'il le faut." Les deux villes sont distantes de 75 km tout de même. Une grosse ficelle pour remobiliser ses troupes.

A défaut de marcher sur l'eau, les joueurs du Deportivo de la grande époque survolent le Milan AC (4-0), malgré la présence de stars comme Pirlo, Maldini, Seedorf ou Inzaghi dans le onze rossoneri. Le milieu de terrain milanais Andrea Pirlo reviendra sur cette humiliation dans son autobiographie. Et lui aussi cherchera des raisons paranormales à cette défaite : "Les joueurs du Deportivo étaient comme possédés, galopant vers un but qu'ils étaient seuls à apercevoir. Ils couraient tout le temps, même pour rejoindre le tunnel du stade quand l'arbitre a sifflé la mi-temps. Pour la première fois de ma vie, je me suis demandé si les joueurs en face de moi étaient chargés."

Le coach du Barça, Luis Enrique, y est allé de son petit couplet pour se mettre le ciel de son côté : "J'ai une foi inébranlable en mon équipe avant le match retour contre le PSG."

Avoir la culture de la "remontada", ça aide

Au lendemain de la victoire du Real sur Wolfsburg, le quotidien sportif As a barré sa une du titre "Remontadas CF". Le club onze fois champion d'Europe demeure la référence européenne dans l'art de renverser une situation compromise. Entre 1979 et 1985, le Real a ainsi connu cinq "magicas noches" sur la scène européenne, la plus mémorable contre le Borussia Mönchengladbach en 1985 (1-5, 4-0). Ce soir-là, les Madrilènes avaient ouvert le score après seulement deux minutes de jeu, prenant leur adversaire à la gorge. L'année suivante, le Barça perd 2-0 face à l'Inter Milan à l'aller. Le défenseur intériste Graziano Bini, fête la victoire de son équipe, mais Juanito, le légendaire ailier des Merengue, le prévient "90 minutes à Santiago Bernabeu, ça dure vraiment très, très longtemps." Le Real s'impose 3-0 au retour.

La culture de la remontada se traduit par une foule de petits détails. Au Real Madrid toujours, la sono passe Thunderstruck d'AC/DC avant chaque match retour périlleux. La plupart du temps, Angus Young et sa troupe donnent des ailes aux Merengue. Juanito, encore lui, a édicté ce que les joueurs devaient faire sur le terrain : crier sur l'adversaire dans le couloir, toujours choisir le coup d'envoi pour toucher le ballon en premier, frapper au but en premier, quitte à ce que la balle finisse en tribune, et surtout, faire la première faute, si possible dure, que l'adversaire comprenne qu'il est tombé dans un traquenard.

Avant la victoire face à Wolfsburg, cela faisait une quinzaine d'années que le Real avait perdu la recette de la remontada européenne. Le soir de la défaite à l'aller, le fils de Juanito – mort prématurément dans un accident de voiture en 1991 – avait eu cette phrase sur son compte Twitter : "Laissez mon père en paix, chaque fois que vous le mentionnez pour la remontada, ça nous tue."

Vous n'entendrez aucun joueur barcelonais invoquer les mânes de Juanito, fierté catalane oblige. Mais côté tradition, le Barça est bien mieux servi que le PSG, qui a surtout laissé une trace en Europe pour son incroyable effondrement à La Corogne (défaite 4-3 après avoir mené 3-0) et son élimination à cause d'un but à la dernière minute contre Chelsea en 2013 (3-1, 0-2). Les Blaugranas ont réussi plusieurs exploits dans les années 1980-90, notamment un match incroyable face au Dynamo Kiev au premier tour de la Ligue des champions 1993-94 (1-3, 4-1). Le milieu catalan Xavi a théorisé en 2013 dans El Pais : "Chaque grande génération a besoin d'une remontada pour entrer dans l'histoire." Espérons pour le PSG que ce ne soit pas pour mercredi soir.

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