Ligue des champions : non, Pep Guardiola n'est pas le gendre idéal du ballon rond

L\'entraîneur du Bayern Munich, Pep Guardiola, lors d\'une conférence de presse avant la demi-finale de Ligue des champions contre le Real Madrid, le 22 avril 2014 à Madrid (Espagne).
L'entraîneur du Bayern Munich, Pep Guardiola, lors d'une conférence de presse avant la demi-finale de Ligue des champions contre le Real Madrid, le 22 avril 2014 à Madrid (Espagne). (GONZALO ARROYO MORENO / GETTY IMAGES EUROPE)

Le crâne de l'entraîneur du Bayern Munich est lisse. Son parcours l'est moins. 

Ne pas tendre l'autre joue. Voilà la mission qui attend, mardi 12 mai, Pep Guardiola, l'entraîneur le plus classe du monde, vénéré par la plupart des fans du ballon rond, même quand il craque son pantalon à force de sauter de joie après un retournement de situation, comme lors du quart de finale retour de Ligue des champions face à Porto, fin avril.

Malgré la lourde défaite concédée par son équipe actuelle, le Bayern Munich, contre son équipe de toujours, le FC Barcelone, en demi-finale aller de la Ligue des champions (0-3), son aura est intacte. Les observateurs ne le comparent plus à ses pairs, mais au Christ, comme dans le récent ouvrage Guardiola, éloge du style, ou dans l'article du Guardian qui parle d'"Evangile selon Guardiola". Pourtant, le technicien catalan n'est pas aussi lisse que son crâne dégarni. "Tout le monde a sa part d'ombre. Même Pep Guardiola", a dit un jour Zlatan Ibrahimovic, passé sous ses ordres à Barcelone en 2009. L'attaquant suédois n'a pas tort.

Le jour où il a viré Ibrahimovic après un SMS de Messi

La scène se passe dans le bus du Barça, de retour d'un déplacement en championnat. La star de l'équipe, l'Argentin Lionel Messi, envoie un SMS à son entraîneur, Pep Guardiola, situé quelques rangs devant lui. D'après les auteurs de l'enquête Le Mystère Messi, voilà les 140 caractères du quintuple Ballon d'or : "Bon, je vois que je ne suis plus aussi important pour l'équipe, donc…" Le tort de l'entraîneur ? Le faire jouer à droite, pour laisser l'axe de l'attaque à Zlatan Ibrahimovic, recruté à prix d'or à l'Inter Milan l'été précédent. Et, qui, pour la petite histoire, avait exigé le même salaire que la star argentine. 

"Entraîner le Barça, cela consiste principalement à rendre heureux Leo Messi", a reconnu Guardiola. Ce que confirme "Ibra" dans son autobiographie : "Il a préféré rendre Messi heureux, et ne pas me calculer." Le Suédois fait ses valises à la fin de la saison.

Le jour où il a fait espionner Gerard Piqué et Shakira

Pep Guardiola côté pile, dans le livre de Guillem Balague, Pep Guardiola, Another Way of Winning "Je juge mes joueurs sur leur travail, pas sur leur vie privée. Je ne suis pas un flic. Je suis au lit à 22 heures, mais je ne ressens pas le besoin de fliquer mes joueurs."

Pep Guardiola côté face : en février 2013, le journal El Confidencial (en espagnol) révèle que le Barça a eu recours à l'agence de détectives Metodo 3 pour suivre les faits et gestes de joueurs sur lesquels Guardiola avait des doutes : Ronaldinho, qui sera exfiltré vers le Milan AC, ou encore Gerard Piqué, après sa rencontre avec la chanteuse Shakira. Les détectives surveillaient le GPS de la voiture du défenseur barcelonais, ainsi que son téléphone portable et l'une de ses cartes bleues.

"Guardiola est obsédé avec la vie privée de ses joueurs", confie un membre de la direction du club au quotidien. L'enquête du procureur de Catalogne a mis en lumière que le Barça avait carrément dépensé trois millions d'euros pour suivre ses joueurs à la trace, rapporte El Periódico (en espagnol)

L\'entraîneur du Bayern Munich, Pep Guardiola, lors du match Bayern-Augsbourg, le 9 mai 2015 à Munich (Allemagne). 
L'entraîneur du Bayern Munich, Pep Guardiola, lors du match Bayern-Augsbourg, le 9 mai 2015 à Munich (Allemagne).  (A. HASSENSTEIN / FC BAYERN / GETTY IMAGES)

Le jour où il a été contrôlé positif à la nandrolone

"J'ai besoin d'un avocat." Quand son ami Manuel Estiarte lui apprend qu'il a été contrôlé positif à la nandrolone, Pep Guardiola – alors milieu de terrain – entend prouver son innocence par tous les moyens. Parti à Brescia (Italie) après une longue carrière sous le maillot barcelonais, il affiche un taux infime de nandrolone de 9 nanogrammes dans le sang, deux cents fois moins que Ben Johnson, le sprinter canadien déclassé aux Jeux de Séoul en 1988.

Devant les juges qui doivent statuer sur son sort, il déclare : "Mon nom est Pep Guardiola Sala. Je suis footballeur. Une machine affirme que j'ai pris de la nandrolone. Mais à côté de la machine, il y a un homme qui affirme que ce n'est pas vrai." Guardiola est finalement suspendu par la justice italienne, après une bataille judiciaire longue de quatre ans. Lors d'une audition, son agent s'éclipse pour aller aux toilettes. Un vieux monsieur, qui a assisté aux débats, lui glisse devant l'urinoir : "Parfois, l'innocent doit mourir pour remporter la bataille." Et quitte les lieux, sans explication, raconte le livre Pep Guardiola, Another Way of Winning. Il faudra attendre des travaux scientifiques prouvant que certains organismes produisent naturellement de la nandrolone à faible dose pour que Guardiola soit blanchi... huit ans après le contrôle. Le comité national olympique italien, pas convaincu, a tenté de rouvrir le dossier en 2009. Tout ça pour une suspension de quatre mois, purgée en 2001. 

Depuis, Guardiola a souvent pris fait et cause pour les sportifs contrôlés positifs, comme Alberto Contador, dans la fameuse affaire du steak au clenbutérol. "S'il sait qu'il est vraiment innocent, il doit se défendre jusqu'au bout, peu importe le temps que ça durera. La vérité éclate toujours à la fin."

Le jour où il s'est renié, sous la pression

"Je me suis planté, mec, rien n'a fonctionné. C'est un foirage monumental. Un merdier total. La pire humiliation de ma carrière." C'est sur ses mots que Pep Guardiola rentre dans son bureau de l'Allianz-Arena de Munich après la rouste encaissée à domicile, en demi-finale de Ligue des champions 2013-2014, contre le Real Madrid (0-4), relate le livre Herr Pep, du journaliste catalan Marti Perarnau.

Le match aller (soldé par une défaite 1-0 à Madrid) laissait de l'espoir au Bayern Munich, qui était à l'époque le tenant du titre. La raison aurait dû pousser Guardiola à conserver sa tactique et à jouer avec prudence. Mais tout Munich en avait décidé autrement : la presse, les joueurs, les dirigeants rêvaient d'une remontée fantastique, d'un abordage incessant sur le but adverse pendant 90 minutes. A l'allemande. Son erreur n'en a été que plus grande : son Bayern, trop offensif, s'est fait punir en contre par le Real. L'entraîneur le plus coté d'Europe doit faire avec : rien ne lui sera pardonné. "Moi, quand je parle de football, j’essaie de donner des arguments, explique-t-il, cité dans So FootMais quand je perds et que j’argumente, on me dit que je cherche des excuses. Ensuite, quand je gagne, on dit que je suis un illuminé. Je ne suis ni l’un ni l’autre."

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