Juventus-Monaco : faut-il une défense de papys pour gagner la Ligue des champions ?

Les défenseurs Giorgio Chiellini et Leonardo Bonucci fêtent leur succès à Monaco, en demi-finale de la Ligue des champions, le 3 mai 2017.
Les défenseurs Giorgio Chiellini et Leonardo Bonucci fêtent leur succès à Monaco, en demi-finale de la Ligue des champions, le 3 mai 2017. (MATTEO CIAMBELLI / NURPHOTO / AFP)

Le trio défensif de la Juventus Chiellini-Bonnucci-Barzagli compte presque 100 ans à eux trois. Les quatre titulaires de la défense monégasque n'arrivent pas à ce total...

Le petit surnom de la Juventus, c'est la Vecchia Signora, la "Vieille Dame" en français mais elle doit plus ses succès en Ligue des champions, vieux messieurs (pour des footballeurs) qu'elle les doit. Son arrière-garde - Gianluigi Buffon et ses 39 printemps dans les buts, Andrea Barzagli (36 ans), Giorgi Chiellini (32 ans) et le jeunot Leonardo Bonnucci (30 ans) en défense - n'a encaissé que deux buts en 11 matchs de Ligue des champions cette saison, un record. Et aucun contre Monaco lors du match aller (0-2), avant le retour au Juventus Stadium mardi 9 mai. Une défense expérimentée qui apparaît presque comme une condition sine qua non pour remporter la coupe aux grandes oreilles.

La victoire en trompe-l'oeil des minots de l'Ajax

Faisons un saut dans le temps et revenons en mai 1995. Le vieux stade Ernst-Happel de Vienne accueille une version footballistique de la querelle entre les Anciens et les Modernes : le Milan AC et ses "vieux", Franco Baresi en tête, défie les minots de l'Ajax, la vitrine d'un des meilleurs centres de formation au monde. Le match se résume à une attaque-défense des Milanais, qui se heurtent toute la soirée au gardien Edwin van der Sar, 25 ans à l'époque, mais déjà l'air d'en avoir 40.

En contre, le jeune Patrick Kluivert, qui n'avait pas encore soufflé sa 19e bougie, marque l'unique but du match. La victoire de la fougue sur l'expérience ? Ce serait un peu réducteur : en effet l'arrière-garde de l'Ajax affiche une moyenne d'âge (27,8) à peine inférieure à son homologue italien (28,8), la faute à ses trentenaires Rijkaard et Blind. Les deux seuls joueurs qui ont plus de 25 ans dans l'équipe alignée par Louis Van Gaal.

Depuis ce succès néerlandais, force est de constater qu'il est prudent de s'équiper d'une défense frôlant la trentaine pour s'adjuger la coupe aux grandes oreilles. 

Objection votre honneur, rétorquez-vous : et le cru 2000, remporté par une défense de blancs-becs, 25 ans de moyenne ? L'exception qui confirme la règle : Roberto Carlos, 27 ans, est le doyen de la défense merengue, et un jeunot nommé Iker Casillas, 19 ans, a hérité des cages. La règle, c'est un gardien trentenaire, des latéraux approchant la trentaine et des centraux qui l'ont dépassée. C'est sans doute dans cette optique que Monaco a recruté cet été le Polonais Kamil Glik, 29 ans, en provenance de l'exigeante Série A, pour cornaquer ses jeunots. N'empêche, la défense monégasque ne compte que 26 ans de moyenne d'âge, et une poignée de matchs de Ligue des champions.

Les vieux courent toujours

L'Observatoire du football, dans une récente étude, insistait sur le cercle vicieux de l'expérience : pour aller loin en C1, il faut avoir des joueurs qui comptent beaucoup d'expérience dans l'épreuve. En 2008, le milieu brésilien Kaka pointait justement, avant un huitième de finale contre Arsenal, l'importance d'avoir de la bouteille : "Les gens résument ce match à une opposition entre une équipe vieillissante et une bande de jeunots. C'est une façon de voir les choses assez juste, car notre équipe a 32 ans de moyenne d'âge. Mais ça ne veut pas dire qu'on va souffrir contre eux. En Ligue des champions, l'expérience compte énormément à ce stade de la compétition."

On rétorque aux tenants du jeunisme qui se pâment devant les cavalcades des arrières latéraux monégasques qu'afficher une trentaine d'années au compteur n'empêche par de fournir des efforts sur le terrain. Giorgio Chiellini, le rugueux défenseur central de la Juve, était l'un des deux joueurs qui courait le plus dans son équipe lors de la saison 2014-2015, où son équipe a échoué en finale, relève le Guardian

Autre clé du succès : la stabilité. "Si on analyse les grandes équipes de ces dernières années, elles ont toutes un point en commun : une assise défensive qui ne bouge pas", insiste Francesco Pavon, ex-défenseur (remplaçant) du Real Madrid, dans So Foot. Les succès répétés du Real Madrid, vainqueur en 2014 et 2016, et bien parti pour accéder à la finale cette année après sa démonstration contre son voisin de l'Atletico (3-0 à l'aller), tiennent autant aux exploits de Cristiano Ronaldo qu'à la stabilité de son effectif. Le club merengue a su recruter vite et bien : le pilier de la défense centrale Sergio Ramos est arrivé au club en 2005, le latéral brésilien Marcelo en 2006, le Portugais Pepe en 2007, le tricolore Raphaël Varane les a rejoints en 2011, tandis que Daniel Carvajal a été formé au club. L'arrière-garde du club le plus riche du monde joue ensemble depuis près de six ans.

Seule... l'inévitable Juventus peut dire mieux, avec 10 ans de bons et loyaux services pour ses papys flingueurs. "Je ne veux pas paraître présomptueux, mais nous formons la meilleure défense du monde, fanfaronne Bonnucci, cité par Goal.com. Les chiffres ne mentent pas." A moins que Monaco, mardi soir...