Football : une "super ligue des Champions" pourrait aboutir à "la diminution de l'attractivité de notre Ligue 1", s'alarme la LFP

Didier Quillot, le directeur général exécutif de la Ligue de football professionnel, lors d\'une conférence de presse le 20 avril 2017 à Paris.
Didier Quillot, le directeur général exécutif de la Ligue de football professionnel, lors d'une conférence de presse le 20 avril 2017 à Paris. (FRANCK FIFE / AFP)

Le directeur général exécutif de la Ligue de football professionnel (LFP) s'inquiète du projet de réforme de la Ligue des champions et des conséquences que cela pourrait avoir sur le championnat de France.

Le projet de "super Ligue des champions" européenne de football qui pourrait voir le jour dans les années qui viennent divise le monde du ballon rond. L'ensemble des Ligues européennes de football et près de 200 clubs européens se retrouvent mardi 7 mai à Madrid en Espagne pour décider d'une réplique commune.

Ce projet, porté par l'Association européenne des clubs (ECA), propose un tournoi unique accueillant 80 équipes. Il permettrait aux six premières équipes au sein de quatre poules de huit d'être directement qualifiées pour l'édition suivante, indépendamment de leur classement en championnat. Ce qui en pratique favoriserait les géants continentaux et réduirait l'aléa sportif.

Didier Quillot, le directeur général exécutif de la Ligue de football professionnel (LFP), redoute les effets de cette ligue fermée. "Je pense que les droits télés sont comme les arbres : ça ne monte pas jusqu'au ciel. Ce n'est pas extensible à l'infini. Il y a un risque de cannibalisation des droits télé domestiques par les droits télé européens", redoute Didier Quillot, le directeur général exécutif de la Ligue de football professionnel (LFP). Il craint un "alourdissement du calendrier puisqu'il y aurait plus de matchs pendant les phases de poule avec des conséquences sur la diminution de l'attractivité de notre Ligue 1".

franceinfo : Qu'est-ce-qui vous inquiète le plus dans le projet de "super Ligue des champions" ?  

Didier Quillot : C'est l'alourdissement du calendrier puisqu'il y aurait plus de matchs pendant les phases de poule avec des conséquences sur la diminution de l'attractivité de notre Ligue 1, puisque les clubs seraient obligés d'avoir deux équipes, une équipe A pour la Ligue des champions et une équipe B pour la Ligue 1. Le deuxième risque, c'est la création d'une Ligue quasi fermée avec entre 24 et 28 clubs sur 32 qui seraient maintenus d'une année sur l'autre en fonction de leurs résultats en Ligue des champions. Il n'y aurait donc plus d'accès direct de la Ligue 1 à la Ligue des champions. Par exemple, Lille qui est aujourd'hui deuxième du Championnat ne pourrait pas accéder la saison prochaine en Ligue des champions si la réforme avait été mise en place cette saison. Enfin, le troisième risque, ce sont les conséquences économiques et l'affaiblissement du modèle économique. Ce type de super ligue européenne attirerait des droits télé en augmentation. Je pense que les droits télés sont comme les arbres : ça ne monte pas jusqu'au ciel. Ce n'est pas extensible à l'infini. Il y a un risque de cannibalisation des droits télé domestiques par les droits télé européens.

Une Ligue fermée, c'est un peu ce qui se passe avec le basket américain avec la NBA. N'est-ce-pas le sens de l'histoire ?

Aux États-Unis, le modèle est différent. Il y a certes des ligues fermées avec la NBA, mais vous avez un système de drafting [qui permet aux petits clubs de recruter les meilleurs joueurs] qui fait tourner les effectifs d'une saison sur l'autre, et vous avez un système de salary cap [limitation des salaires]. On est sur un modèle totalement égalitaire qui protège les investisseurs, avec des mécanismes associés qui n'ont rien à voir avec le football européen. Le football européen est basé sur une pyramide dans laquelle on a la Ligue des champions tout en haut. En bas, les piliers de cette pyramide sont les championnats nationaux, amateurs d'abord et professionnels ensuite. Cette vision présente un risque de déséquilibre systémique de cette pyramide des championnats domestiques. En France, il y a un mécanisme qu'on appelle la "taxe Buffet". C'est un prélèvement qui est fait sur les droits télé du sport professionnel et qui permet d'abonder le financement du football amateur et plus généralement du sport amateur. Le déséquilibre dont je parle ne concerne pas seulement le football des clubs professionnels mais aussi la filière du football en général et la filière du sport français.  

Il y a une certaine division des acteurs du football français face à cette super ligue européenne. Le PSG et Lyon y sont favorables contrairement aux petits clubs. Le football français va-t-il parler d'une seule voix ?

Nous avons convoqué une assemblée générale de la Ligue le 15 mai qui sera amenée à se prononcer sur ce projet. Aujourd'hui, à Madrid il y a 19 clubs qui sont présents. Le seul qui n'a pas voulu venir est le PSG. Lyon et Marseille sont présents. Il y a aussi des clubs qui n'ont pas pu venir, je pense à Guingamp et Dijon qui ont des priorités dans le championnat, ou des clubs qui ont une petite structure comme Nîmes qui n'a pas pu envoyer des représentants. Aujourd'hui à Madrid, il y a 19 clubs français, 19 clubs espagnols, sauf le Real Madrid, 15 clubs italiens, une dizaine de clubs anglais dont Chelsea, Manchester City, Everton, un peu moins de 10 clubs allemands. Au total, il  y aura 200 clubs à Madrid.

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