Ligue des champions : le côté obscur du Barça

L\'attaquant du FC Barcelone Lionel Messi, lors d\'un match à Séville (Espagne), le 11 avril 2015. 
L'attaquant du FC Barcelone Lionel Messi, lors d'un match à Séville (Espagne), le 11 avril 2015.  (GONZALO ARROYO MORENO / GETTY IMAGES EUROPE)

On connaît la légende du club "blaugrana", longtemps rétif aux sponsors et porte-drapeau de la Catalogne. Mais les moments gênants du FC Barcelone existent aussi. Petite liste non exhaustive avant la rencontre de mercredi, face au PSG.

"Si les extraterrestres débarquent sur Terre, les premières choses qu'ils doivent connaître, c'est Coca-Cola, Disney et le Barça", déclarait l'ancien président du FC Barcelone Joan Laporta, en 2007. Comme les deux marques citées, le club catalan travaille depuis plusieurs années sa légende (soutien aux autonomistes catalans, inclusion massive de joueurs locaux dans l'équipe...) pour apparaître sous son meilleur jour, si l'on excepte l'arrivée d'un sponsor sur le maillot et les affaires de fraude fiscale. Pourtant, en cherchant un peu dans le passé du club, adversaire du PSG en quarts de finale de la Ligue des champions mercredi 15 avril, on trouve quelques histoires pas très reluisantes.

Quand les supporters caillassaient des McDo

Pendant de longues années, les restaurants McDonald's de la capitale catalane ont gentiment, mais sûrement, poussé dehors leurs clients à la mi-temps des matchs du Barça. Objectif : fermer les portes avant le coup de sifflet final. Car les fast-foods, perçus en Catalogne comme une extension de l'impérialisme madrilène, étaient régulièrement saccagés par des fans en colère, raconte le Los Angeles Times (en anglais). Celui de la Plaça de Catalunya est resté à l'abandon pendant deux ans après une rixe particulièrement violente, au début des années 1990. Les choses ont bien changé, mondialisation oblige. L'inventeur du Big Mac est même devenu un sponsor du club (en anglais) en 2014.

Le jour où Franco a reçu la médaille du club

85% des fans du Barça pensent que le club fait partie des victimes du régime franquiste. "Le Real Madrid est vu comme une équipe de tricheurs, un larbin du fascisme, alors que Barcelone apparaît comme un mauvais perdant, un rabat-joie avec un complexe victimaire", écrit Phil Ball, auteur de White Storm : 101 Years of Real Madrid. L'histoire officielle du club "culé" (c'est le surnom des supporters) va dans ce sens. Le Barça, vu comme pro-républicain et porte-drapeau de la Catalogne, était dans le collimateur du régime autoritaire dans les années 1930. Dès 1936, le président du club "blaugrana", un haut responsable socialiste, est retrouvé assassiné. En 1943, à la mi-temps d'un match de Coupe du Généralissime (la version franquiste de la Coupe du Roi) entre Barcelone et Madrid, le redouté directeur de la sécurité du régime entre dans le vestiaire catalan. Personne n'a jamais su ce qui s'y était dit, mais au coup de sifflet final, le score est de 11-1 pour les Madrilènes. 

N'empêche : Franco a reçu deux fois la médaille du Barça, privilège que le Real Madrid ne lui a jamais accordé. Et le Caudillo a même sauvé le Barça : criblé de dettes pendant la construction du nouveau Camp Nou, le Barça était au bord de la faillite. La mairie de Barcelone lui a refusé le droit de vendre à des promoteurs immobiliers le terrain où se trouvait son ancien stade, le Camp Cortes, pour en faire un parc. L'affaire est alors remontée jusqu'au plus haut sommet de l'Etat, qui a donné raison au Barça contre la mairie, rapporte le site Estadio Espana (en espagnol).

Le jour où le Barça a porté (un peu) de blanc, la couleur du Real

Hristo Stoïchkov (à g.) fête un triplé avec son équipier du Barça Txiki Begiristain, le 24 septembre 1994, à Barcelone. Ils sont tous deux vêtus du maillot à la bande blanche.
Hristo Stoïchkov (à g.) fête un triplé avec son équipier du Barça Txiki Begiristain, le 24 septembre 1994, à Barcelone. Ils sont tous deux vêtus du maillot à la bande blanche. (CLIVE BRUNSKILL / GETTY IMAGES EUROPE)

Pour les fans les plus intégristes du FC Barcelone, il y a un avant et un après 1992. Cette année-là (et les suivantes), le maillot du club arbore une petite bande blanche, des épaules au coude : c'est l'équipementier Kappa, qui fournit les maillots, qui impose au club cette bande, laquelle permet de mettre en valeur le logo de la marque. 

Mais cela fait scandale chez les supporters. Le blanc, c'est la couleur de l'ennemi juré, le Real Madrid. Le président de l'équipe, Josep Lluis Nunez, s'en excuse presque dans le livre Soccer Against the Enemy (en anglais) : "Oui, c'est moi qui ai introduit la rayure blanche sur le maillot du club. C'était ça ou je restais dans l'histoire comme le président qui a amené la publicité sur le maillot blaugrana." Ce sera fait une vingtaine d'années plus tard, avec l'arrivée de Qatar Airways sur le maillot et d'Intel à l'intérieur.

Un club barcelonais qui joue en blanc, c'est arrivé une fois. Une seule. Et pas en football. En 1991, le club de foot américain des Dragons de Barcelone se retrouve face à un terrible dilemme. Leurs traditionnels maillots verts ont été broyés par la machine à laver du club. Ils sont contraints de porter leur maillot extérieur, blanc immaculé. "On nous a prévenus que si nous entrions sur le terrain en blanc, il allait y avoir une émeute. Je sais, ça paraît idiot, mais les gens étaient catégoriques là-dessus", confie le manager du club, Jack Teele, au Los Angeles Times (en anglais). Malgré les demandes du speaker, l'équipe des Dragons est copieusement sifflée à son entrée sur le terrain. 

Le jour où Johan Cruyff est tombé de son piédestal

L\'entraîneur du Barça Johan Cruyff, lors de la saison 1993-1994, à Barcelone (Espagne).
L'entraîneur du Barça Johan Cruyff, lors de la saison 1993-1994, à Barcelone (Espagne). (MICHAEL KUNKEL / GETTY IMAGES CLASSIC)

L'icône indéboulonnable du Barça, c'est Johan Cruyff. Le Néerlandais débarque en 1973 en Catalogne, en expliquant qu'il a refusé une offre supérieure du Real Madrid, mais qu'il lui était impossible de jouer pour un club à la botte de Franco. Cette année-là, le Barça remporte son premier titre de champion depuis quinze ans. Un geste fort est resté dans la mémoire des Catalans : sa décision de prénommer son fils Jordi, prénom interdit par le régime car trop catalan (San Jordi est le saint patron de la Catalogne). Pour contourner l'interdiction, il l'a fait baptiser aux Pays-Bas. Il n'en faut pas plus pour en faire un héros chez les indépendantistes. Sauf que, des années plus tard, Cruyff, qui n'a jamais appris le catalan pendant son long séjour au club, reconnaîtra avoir choisi le prénom Jordi "parce que ça sonnait bien", rapporte le livre Morbo, The Story of Spanish Football (en anglais).

Bonus : le vrai club catalan, c'est le Real Madrid

Savez-vous qui a fondé le Barça ? Un jeune héritier suisse, Hans Kamper, qui ne devait faire que passer. Tombé amoureux de Barcelone, il a catalanisé son nom en Joan Gamper et a fondé le club en y instillant de fortes valeurs de cosmopolitisme. C'est en réaction que le club rival de la ville s'est baptisé Espanyol Barcelone.

Mais le club fondé par des Catalans se situe en fait 600 km à l'Ouest. Juan Padrós et Carlos Padrós, nés d'une famille catalane à Madrid, ont créé en 1902 le Madrid FC, anobli en Real Madrid par Alphonse XIII dix-huit ans plus tard.

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