"On est un peu à part" : comment l'AS Monaco s'est taillée une vraie cote de sympathie dans le foot français

Les supporters monégasques brandissent leurs écharpes avant le quart de finale retour de Ligue des champions face à Dortmund, le 19 avril 2017 au stade Louis-II.
Les supporters monégasques brandissent leurs écharpes avant le quart de finale retour de Ligue des champions face à Dortmund, le 19 avril 2017 au stade Louis-II. (BENJAMIN CREMEL / DPPI / AFP)

Certes, les éternels sièges vides du stade Louis-II font sourire, mais le club de la principauté draine une communauté de supporters motivés, mais éparpillés dans toute la France.

84% de bonnes opinions. Ce n'est pas la cote d'un des candidats à l'élection présidentielle, mais l'opinion qu'ont les supporters de foot en France de l'AS Monaco, mesurée par une enquête d'Ipsos, en janvier 2017. Une estime que ressentent aussi les supporters monégasques partout dans l'Hexagone. Y compris ceux qui feront le déplacement au Parc des Princes pour défier le PSG en demi-finale de la Coupe de France, mercredi 26 avril.

Breton et Monégasque à la fois

Contrairement à l'image d'Epinal, les supporters monégasques ne passent pas la semaine à fumer le cigare dans le jacuzzi de leur loft surplombant la marina de la principauté, en jetant un œil distrait sur les courbes du CAC 40 et du Dow Jones. "Quand on discute avec les supporters adverses, lors d'un déplacement, les gens croient vraiment qu'on a tous fait le déplacement depuis Monaco. C'est le cas de quelques supporters bien sûr, mais vraiment pas de la majorité, sourit Julien Guillermin, responsable du groupe de supporters Munegu Da Viken. "Munegu", "Monaco" en monégasque, "Da Viken", "pour toujours" en breton. Comme son nom l'indique, ce groupe rassemble les amoureux des Rouge et Blanc dans le grand ouest de l'Hexagone. D'où le drapeau breton brandi par ce fan monégasque à Dortmund (de toute façon, des "Gwenn ha Du", il y en a partout, même aux Jeux olympiques de Rio).

Des antennes régionales comme celle-ci, il en existe seize, qui maillent tout le pays, sans oublier les cinq groupes de fans à l'étranger, du Cameroun aux Emirats arabes unis.

Pas étonnant de retrouver l'AS Monaco à la troisième place des affluences en déplacement, dans les parcages visiteurs, devant Lyon ou Saint-Etienne ! Les excellents résultats du club de la principauté, en tête du championnat et dans le dernier carré de la Ligue des champions, encouragent les amoureux de l'ASM à sauter le pas. "Peu après le huitième de finale de Ligue des champions contre Manchester City, on se déplaçait à Caen. J'ai vu le parcage bourré à craquer, je n'avais jamais vu autant de monde pour ce déplacement. J'ai halluciné. Il y a un effet 'Ligue des champions', c'est sûr", se souvient Julien Guillermin. Patrick Zieba, qui dirige le groupe de supporters Muneg'OC qui rayonne sur un grand quart sud-ouest du pays, confirme. Il n'a plus une minute à lui tellement organiser les déplacements s'avère chronophage : "Ce sont des problèmes d'enfants gâtés, j'en suis conscient. Concilier vie professionnelle, vie familiale et vie associative, c'est vraiment difficile en ce moment."

D'Auxerre à la Juventus, toujours là

Le noyau dur était déjà là quand le club avait chuté en Ligue 2, en 2012-13. On trouve trace d'un parcage plein de 400 supporters monégasques à Auxerre, un chiffre avec lequel seul Lens peut rivaliser dans l'antichambre de l'élite. Ils étaient plus de 2 000 pour les grandes affiches de Ligue des champions, quand ils ont éteint les fans de Manchester City en février, ou rivalisé avec ceux de la Juventus, lors de la précédente confrontation entre les deux clubs, au printemps 2015. "Pour beaucoup de supporters, c'est plus facile d'aller à Dortmund ou à Manchester qu'à Monaco", sourit le Limougeaud Patrick Zieba, dont les bus mettent neuf heures à contourner le Massif central par le sud pour rejoindre la principauté. "Quand je vois les sièges vides à Louis-II, ça me fend le cœur. On se dit souvent que si on habitait sur place, on serait au stade tous les week-ends."

Comment tombe-t-on amoureux de l'AS Monaco quand on a grandi au fin fond du Calvados ou du Limousin ? "Dans les années 1980-1990, Monaco était vu comme l’alternative à l’OM, avec qui il se disputait les titres, un club qui se voulait stable, sain, adepte de la formation. C'était un peu un refuge pour ceux qui refusaient de rentrer dans le schéma de l'OM contre la capitale", souligne le sociologue Ludovic Lestrelin, spécialiste du supportérisme à distance.

Michel Dubois a des trémolos dans la voix quand il évoque l'époque Wenger, quand George Weah, puis Jürgen Klinsmann, animaient l'attaque. Ce passionné a créé la toute première antenne des supporters monégasques hors de la principauté, à Albertville, dans les années 1990. "A l'époque, il y avait aussi des groupes de supporters de Saint-Etienne, de l'OM, de la Juventus Turin. On me disait : 'Ça ne tiendra pas longtemps ton groupe'. Deux décennies plus tard, ce sont eux qui n'existent plus !" Le bénévole monégasque est aussi tenace...

Les fans adverses sous le charme

Cette image de marque classieuse et feutrée à la fois, le club l'a toujours conservée, sauf peut-être lors de l'arrivée des propriétaires russes et de leur valises pleines de billets pour faire venir Falcao et James Rodriguez. "A Paris, les dirigeants sont des gentlemen, plein de courtoisie, qui font honneur à leur pays et à notre football, avait tonné Bernard Caïazzo, patron du club de Saint-Etienne dans les colonnes du Parisien en 2013. A Monaco, il y a beaucoup d'arrogance. Le projet de l'ASM ne correspond pas aux valeurs du sport." Un épiphénomène : c'est aujourd'hui Paris qui est perçu comme "bling bling".

L'ASM bénéficie de l'excellente image renvoyée par ses joueurs, qu'ils soient fidèles serviteurs du club comme Valère Germain ou Danijel Subasic, qui étaient déjà là en L2, qu'ils sortent du centre de formation comme Mbappé. On en a oublié que Falcao a été un temps le joueur le plus cher de l'histoire du championnat, ou que Tiémoué Bakayako venait aux entraînements avec une Porsche Cayenne rose - qu'il a depuis fait repeindre en noir, signe de maturité ?

"Quand l'ASM va loin en Coupe d'Europe et contribue à faire remonter l'indice UEFA de la France, on nous serine moins que Monaco, ce n'est pas la France, grommelle Patrick Zieba. Mais on l'entend toujours." En 2004, lors de la fabuleuse épopée monégasque, les supporters adverses avaient rendu hommage aux hommes de Didier Deschamps. A Lens, quelques jours après l'élimination du Real Madrid des Galactiques, le public des Sang et Or avait ovationné Ludovic Giuly lors de sa sortie du terrain. Des applaudissements qu'on entend de nouveau quand Kylian Mbappé, la pépite de l'attaque de l'ASM, quitte la pelouse.


Nombreux sont les supporters monégasques qui vous expliqueront avoir été remerciés par leurs homologues pour le parcours européen du club. "Quand on s'est déplacés à Angers, les supporters nous disaient qu'ils se réservaient pour le match suivant, contre le PSG [rival de l'ASM dans la course au titre]." "On mesure encore plus le soutien des supporters des autres clubs sur les réseaux sociaux", renchérit Patrick Zieba.

"On est un peu à part, on est respectueux, on ne cause pas de problèmes, c'est pour ça que les supporters adverses nous aiment bien", poursuit-il. Un phénomène plus répandu qu'on ne croit. Selon le baromètre de la LFP, 39% des amateurs de foot supportent au moins deux clubs. Nul doute que Monaco revient souvent chez ceux qui fréquentent plusieurs chapelles.