INFOGRAPHIES. Foot : quatre graphiques qui montrent que le job d'entraîneur est vraiment précaire

L\'ex-entraîneur des Girondins de Bordeaux, Willy Sagnol, lors d\'un match face au FC Sion, au Stade Tourbillon de Sion (Suisse), le 5 novembre 2015.
L'ex-entraîneur des Girondins de Bordeaux, Willy Sagnol, lors d'un match face au FC Sion, au Stade Tourbillon de Sion (Suisse), le 5 novembre 2015. (FABRICE COFFRINI / AFP)

Le record de licenciements en Ligue 1 a été égalé après le limogeage de Willy Sagnol. Et si le PSG est déjà champion, la saison n'est pas encore terminée.

Marcelo Bielsa (Marseille). Hervé Renard (Lille). Jean-Marc Furlan (Troyes). Claude Robin (Troyes, aussi). Hubert Fournier (Lyon). Rolland Courbis (Montpellier). Le duo Pascal Baills-Bruno Martini (Montpellier, également). Philippe Montanier (Rennes). Ghislain Printant (Bastia). Dominique Arribagé (Toulouse). Et maintenant Willy Sagnol, sacrifié par Bordeaux, lundi 14 mars, après une cinglante défaite 0-4 chez le voisin toulousain lors de la 30e journée de Ligue 1. Le record du nombre de coachs licenciés sur une saison (10), qui datait de la période 2004-2005, est égalé. Le technicien bordelais n'aura tenu que 18 mois en poste. Radiographie d'un métier toujours plus précaire.

Cinq coachs limogés chaque saison en Ligue 1

Sur les 20 dernières saisons de Ligue 1, en moyenne, 5 entraîneurs sont priés de faire leurs cartons, chaque année. Ces changements se produisent habituellement dans des clubs en difficulté – classés autour de la 16e place. Mais sans garantie de succès : 34 équipes qui ont changé de coach en cours de saison ces vingt dernières années ont finalement été reléguées. 

La recherche universitaire s'est emparée du dossier depuis le début des années 2000 (ici, ici, ici, ici ou encore ). Pour des résultats qui confirment cette tendance quant à l'efficacité du fameux "choc psychologique", qui transformerait des chèvres en étalons. Pour faire court, si une équipe enchaîne les mauvais résultats, changer d'entraîneur permet de redresser un temps la barre. Oui, mais des chercheurs ont montré que le même redressement se produit aussi dans une équipe qui ne change pas d'entraîneur : au bout d'un certain nombre de défaites, elle se remet à gagner. Ironiquement, le redressement se produit plus vite dans les équipes où les dirigeants ont maintenu leur confiance au coach. Rien ne prouve donc que changer d'entraîneur est utile, d'un point de vue sportif.

Mais d'autres paramètres entrent en compte dans la décision de virer le coach : les dirigeants de club peuvent être tentés de sauver la face. Rien de tel pour calmer la fronde des supporters ou des actionnaires en faisant sauter un fusible.

Le classement des équipes étant de plus en plus corrélé au niveau de la masse salariale, on se doute qu'une star comme José Mourinho n'aurait pas fait de miracles avec l'effectif de Troyes, bon dernier de L1.

En Ligue 1, l'amour dure deux ans

L'entraîneur en poste depuis le plus longtemps en France, c'est Christophe Galtier, arrivé à Saint-Etienne pour jouer les pompiers en 2009-10, quand le club flirtait avec la relégation. On est loin des 40 années de présence continue de Guy Roux sur le banc auxerrois. En moyenne, les techniciens de L1 occupent leur banc depuis deux saisons à peine.

Et parmi les entraîneurs à la longévité la plus importante à leur poste, beaucoup ont porté leur équipe des divisions inférieures à l'élite, comme Jocelyn Gourvennec, arrivé à Guingamp en National en 2010, qui a fait monter le club breton en L1 en 2013. Ou Stéphane Moulin, à la tête de la révélation de la saison, le SCO d'Angers, depuis bientôt cinq ans.

L'Italie, l'enfer des entraîneurs

Niveau précarité, la France se situe dans la moyenne des autres grands championnats européens, mais en-dessous de l'Italie, où virer son coach est un sport national. Le président de Palerme, Mauricio Zamparini, s'enorgueillit d'avoir eu la peau de 46 techniciens depuis 1987, date de son arrivée au club. A croire que de l'autre côté des Alpes, on cède plus facilement à la panique : presque toutes les équipes reléguées en Série B depuis dix ans ont tenté de changer d'entraîneur.

L'hiver, pire saison pour les coachs

Avis aux entraîneurs en poste en Ligue 1 : ils ont passé le plus difficile. Traditionnellement, le gros des licenciements a lieu au milieu de la saison, en décembre et janvier, mois où se déroule la moitié des séparations. Les présidents choisissent la trêve hivernale pour tenter de relancer la saison de leur club. Cette année, Hubert Fournier (Lyon) et Rolland Courbis (Montpellier) ont quitté le navire juste avant Noël.

Même tendance en Premier League et en Liga. En Italie, on constate des pics de licenciements en novembre, en janvier et même en mars, à l'approche du sprint final en championnat.

Et que deviennent les nombreux entraîneurs remerciés en cours de saison ? Très peu retrouvent rapidement un club dans le football français, notait L'Equipe, qui s'était intéressé aux 18 coaches remerciés entre 2012 et juin 2015. Une majorité s'exile dans des championnats moins réputés et une minorité (non-négligeable) pointe au chômage. Le syndicat des entraîneurs, l'Unecatef, compte en ce moment 155 membres libres de tout engagement.