Le foot français en Coupe d'Europe, c'était mieux avant. Ou pas.

La déception des joueurs de l\'OM après leur défaite face au Bayern Munich, le 3 avril 2012 à Munich (Allemagne).
La déception des joueurs de l'OM après leur défaite face au Bayern Munich, le 3 avril 2012 à Munich (Allemagne). (CHRISTOF STACHE / AFP)

L'élimination de l'OM signifie le recul de la France à l'indice UEFA. Si Guy Roux a dû verser une larme hier soir, vous, vous pouvez dormir tranquille. On vous explique pourquoi.

Demandez à Guy Roux sa réaction sur l'élimination d'un club français en Coupe d'Europe, et l'ancien entraîneur de l'AJ Auxerre vous répondra immanquablement : "Ça n'est pas bon pour l'indice UEFA" (dernières sorties sur ce thème ici, ici et ici). L'OM éliminé par le Bayern, quel que soit le résultat des clubs portugais, c'est mathématique : le Portugal va passer devant la France à l'indice UEFA, le classement des pays qui détermine le nombre de places en Coupe d'Europe de chacun. Comme pour le triple A, les autorités du foot français en faisaient une priorité… avant de minimiser la chose une fois la "catastrophe" arrivée.

La Ligue 1 s'est vue trop belle

Où se situe la vraie place de la Ligue 1 dans le gotha européen ? D'après le blog spécialisé Plat du pied sécurité, qui avait épluché les statistiques du classement, la France a intégré aussi souvent le top 3 que les Pays-Bas. Et pourtant, le palmarès européen cumulé de l'Ajax Amsterdam, du Feyenoord Rotterdam et du PSV Eindhoven (six Ligues des champions, une Coupe des Coupes, trois Coupes de l'UEFA) fait autrement plus envie que celui de tout le foot français (une Ligue des champions, une Coupe des Coupes). 

En 2007, le président de la Ligue nationale de football présentait un plan de développement du foot français. Un plan très ambitieux. Trop ambitieux ? Jugez plutôt : 3e place à l'indice UEFA, participation régulière aux quarts de finale des compétitions européennes, une victoire française en Ligue des champions. Résultat : une malheureuse demi-finale de Lyon dans la reine des compétitions européennes en 2010 et une sixième place à l'indice UEFA. On ne pourra pas incriminer l'arrêt Bosman, cette loi européenne autorisant la libre-circulation des joueurs dans les clubs européens, qui commence à dater.

Des années 1990 en trompe-l'œil

La France a été 3e au sacro-saint indice UEFA au milieu des années 1990. A l'époque, le PSG avait enchaîné six demi-finales de suite dans les compétitions européennes, l'OM avait remporté l'unique Ligue des champions du foot français et Nantes, Monaco, Bordeaux, Auxerre s'invitaient dans le dernier carré des Coupes d'Europe. Des performances irréalistes aujourd'hui. 

La détresse du Lyonnais Eric Carrière après une défaite contre l\'Ajax Amsterdam, en phase de groupe de la Ligue des Champions, le 17 septembre 2002.
La détresse du Lyonnais Eric Carrière après une défaite contre l'Ajax Amsterdam, en phase de groupe de la Ligue des Champions, le 17 septembre 2002. (PASCAL GEORGE / AFP)

La raison la plus souvent évoquée est le retard économique : le budget d'un club comme Lyon est passé de 90 millions d'euros en 2004 à 150 millions aujourd'hui. Dans la même période, le budget du FC Barcelone est passé de 165 à 420 millions d'euros. L'écart avec les puissants s'est accru. Un rapport de 1 à 2 il y a dix ans, un rapport de 1 à 3 aujourd'hui. 

Il n'y a guère que le PSG pour tenter de suivre la course économique aux armements lancée par les clubs anglais ou espagnols. Le club parisien prévoit de présenter un budget en déficit de 200 millions d'euros pour l'exercice 2011-2012, d'après Sport24.

Leonardo, le directeur sportif du PSG, qui a aussi officié à Milan, a brossé à gros traits le déclin du foot français fin mars 2012. "Etre en haut, en Championnat ou en Ligue des champions, ce n’est pas qu’une question d’argent. Il n’y a pas de culture de la gagne, ici. Le niveau de préparation des joueurs et des entraîneurs est vraiment bas. Faire juste des toros et tirer au but, ce n’est pas possible. La base de travail chez les joueurs n’est pas là. Si la France perd une place à l’indice UEFA, c’est que cela ne marche pas." Avant d'être 5e, la France a été 3e, puis 4e de cet indice dans les années 1990. Et à l'époque, on trouvait d'autres raisons au "déclin".

Le déclin, c'était mieux avant

Se lamenter sur le "déclin" du foot français, c'est tout sauf une idée neuve. Cette thématique un brin déprimante s'étale depuis une dizaine d'années dans la presse. Comme en économie, les "déclinologues" du ballon rond sont légion. Les Cahiers du Foot faisaient justement remarquer que si les passionnés de foot français étouffent leurs bâillements devant les rencontres de L1, on ne leur montre que la crème des championnats étrangers : "L'effet embellissant du résumé de match reste très fort dans les esprits, ainsi que le syndrome de la pelouse plus verte ailleurs." 

Il faut aussi relativiser le "déclin". Entre l'ère du Stade de Reims (fin des années 1950) et les épopées des Verts (milieu des années 1970), la France a connu quinze ans de vaches maigres absolues. Des clubs ridicules en Europe, une équipe nationale aux abonnés absents.

Quand on prend en compte l'ensemble de son œuvre sur les soixante dernières années, la France est à sa place dans le haut du panier de la D2 européenne. Trois options pour remonter : 
- retrouver ses fondamentaux. Il n'y a pas si longtemps, la formation et le repérage de talents pas chers à l'étranger étaient la marque de fabrique du championnat de France.
- attitude moins constructive : prier pour que des investisseurs comme les Qataris avec le PSG ou l'homme d'affaires Dmitry Rybolovlev à Monaco viennent injecter leurs millions. Ce qui, à court terme, permettrait de redonner des résultats à un championnat qui a toujours eu du mal à produire des cadors et envoie régulièrement des clubs différents en Ligue des champions.
- rêver d'un Euro 2016 réussi et de stades flambant neufs pour réduire la dépendance des clubs aux droits télé et faire exploser les recettes. 

Il faudrait surtout éviter de se faire dépasser par l'Ukraine et la Russie, qui pointent le bout de leur nez en Coupe d'Europe.

Car cette "dégringolade" à l'indice UEFA n'a pas des conséquences si terribles que ça : l'année prochaine, le club français arrivé 3e devrait passer un tour préliminaire de plus, et démarrer sa saison fin juillet. On a connu sanction plus sévère. 

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