La Dream Football League, trop belle pour être vraie

Le stade de Barcelone (Espagne), le Camp Nou, lors d\'un match face au Milan AC, le 12 mars 2013. 
Le stade de Barcelone (Espagne), le Camp Nou, lors d'un match face au Milan AC, le 12 mars 2013.  (JOSEP LAGO / AFP)

Comment un article satirique des "Cahiers du football" a berné la moitié de la presse britannique...

La crème du foot européen s'affrontera au Qatar tous les deux ans. Manchester United, le Real Madrid, la Juventus et le Bayern Munich seront au programme d'un tournoi à la dotation pharaonique. Les joueurs dormiront sur des îles bâties pour l'occasion. Les supporters des différents clubs bénéficieront de vols low cost pour encourager leur équipe. Le nom de ce tournoi : la Dream Football League. Ça vous paraît trop gros pour être vrai ? Vous avez raison : c'est une invention de l'Agence Transe Presse, une parodie de l'AFP créée par Les Cahiers du football. Pourtant, la presse britannique (le Times, le Telegraph, le Daily Mirror) et la presse danoise ont repris l'info sans ciller. Un emballement qui rappelle l'article fictionnel du Monde sur la Société générale (en anglais).

"Le but était de montrer que ce projet de ligue fermée était moins éloigné de la réalité que par le passé, explique Jérôme Latta, rédacteur en chef des Cahiers du football, contacté par francetv info. La réaction à cet article montre que ça paraît désormais plausible. C'est significatif. Et si ça relance le débat sur l'avenir du football européen, ça sera déjà ça de pris."

La Super League, dans les cartons depuis 1987

La création d'un championnat d'Europe des clubs qui ne rassemblerait que l'élite du foot européen n'est pas une idée neuve. La première tentative remonte à 1987, quand Silvio Berlusconi, tout frais président du Milan AC, tombe, au premier tour de ce qui s'appelait encore la Coupe d'Europe des clubs champions, sur le Real Madrid. Un choc qui fait saliver l'Europe du foot, mais pas Berlusconi, qui voit surtout qu'un pays majeur du foot, vecteur de fortes audiences, va être privé de matchs très tôt dans la compétition. Le Cavaliere commande alors une étude à un consultant, Alex Fynn, pour mettre sur pied une ligue fermée. "Berlusconi voulait plus de gros matchs pour les gros clubs", se souvient Fynn, interrogé par The Independent (en anglais).

Comme souvent, ce genre de ballon d'essai va effrayer l'UEFA, l'instance qui régente le foot européen. La Coupe d'Europe des clubs champions, avec son système de matchs à élimination directe d'entrée de jeu, laisse la place, en 1991, à la Ligue des champions, avec des poules au début de la compétition. Qui dit plus de matchs dit plus de droits télé.

Une ligue fermée est-elle une fatalité économique ?

Rebelote à la fin des années 1990, quand l'idée d'une Super League est relancée par le gratin du foot européen regroupé dans le G14, cornaqué par l'agence italienne MediaPartners, dirigée... par l'ancien n°2 du groupe de Berlusconi. C'est à ce jour le projet le plus abouti de sécession : les clubs concernés se réunissent à plusieurs reprises pour finaliser les statuts. Jusqu'à ce que l'UEFA cède, paniquée par une éventuelle dissidence des clubs les plus populaires. Résultat : la désastreuse formule de la Ligue des champions à deux phases de poules (représentant 144 matchs !), qui vide les stades et les écrans de télévision. Champagne chez les frondeurs, qui affirment remiser au placard leur projet…

Ce type de menace fonctionne aussi en formule 1, où régulièrement, les top teams comme Ferrari ou McLaren brandissent le spectre d'une compétition parallèle, pour accroître leur part du gâteau.

La prédiction d'Arsène Wenger, en 2009, se vérifiera-t-elle ? "Les championnats nationaux vont survivre, mais il y aura certainement une Ligue européenne dans les dix ans à venir." La phrase fait écho à une réflexion du président du Real Madrid, version "Galactiques", cité dans le Daily Telegraph (en anglais) : "Nous devons nous accorder pour créer une Super League européenne, qui garantirait que les meilleurs affrontent toujours les meilleurs, ce qui n'arrive pas en Ligue des champions." Affaire à suivre : en 2011, le Guardian faisait état de nouvelles messes basses entre les meilleurs clubs européens, le directeur de l'un d'eux confiant même, sous le sceau de l'anonymat : "Financièrement, il y a un énorme potentiel inexploité."

La fausse affiche de la Dream Football League, inventée par \"Les Cahiers du football\".
La fausse affiche de la Dream Football League, inventée par "Les Cahiers du football". (CAHIERSDUFOOTBALL.NET)

Aux Cahiers du football, on n'en rit qu'à moitié : "On s'excuse par avance si Doha trouve l'idée suffisamment intéressante pour la mettre en œuvre..."

Le journaliste du Times Oliver Kay, lui, maintient ses informations. "Les Cahiers du football ne sont pas ma source à 100%." Peut-être ont-ils mis dans le mille, sans le savoir. En tout cas, la fédération qatarie dément toute implication dans le projet, dans un communiqué et affirme "n'avoir aucune information sur l'authenticité du projet".

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