Football : trois questions sur la fronde des clubs de Ligue 1

Dix-huit clubs de Ligue 1 ont décidé de quitter l\'UCPF, le syndicat des clubs professionnels.
Dix-huit clubs de Ligue 1 ont décidé de quitter l'UCPF, le syndicat des clubs professionnels. (PASCAL GUYOT / AFP)

Dix-neuf clubs de l'élite ont démissionné mardi de l'UCPF, le syndicat des clubs de football professionnel, pour former leur nouvelle organisation.

Les patrons de Ligue 1 tapent du poing sur la table. L'ensemble des clubs de l'élite, à l'exception de Guingamp, ont annoncé mardi 11 août qu'ils démissionnaient avec effet immédiat de l'Union des clubs professionnels de football (UCPF) pour "former ensemble un nouveau syndicat professionnel".

Pourquoi un tel coup de force ? Comment réagissent les clubs de Ligue 2 ? Quelles sont les conséquences de cette décision ? Francetv info revient sur les questions que pose cette démission.

Pourquoi démissionnent-ils ?

Ce coup de sang trouve sa source dans le bras de fer qui oppose, d'un côté, la Ligue de football professionnel (LFP) et les clubs de Ligue 1 et, de l'autre, les clubs de Ligue 2 et la Fédération française de football (FFF). En mai, la LFP a décidé de limiter le nombre de montées et de descentes entre Ligue 1 et Ligue 2 à deux, une décision soutenue par les clubs de Ligue 1, mais contestée devant le Conseil d'Etat par les clubs de Ligue 2. En juin, la FFF prend le parti de la Ligue 2 en refusant d'entériner cette réforme. La LFP réplique immédiatement en déposant, elle aussi, un référé devant le Conseil d'Etat, pour "excès de pouvoir", retrace L'Equipe.

Dans leur communiqué, les 18 présidents signataires (, dont Nasser Al-Khelaïfi (Paris SG), Jean-Michel Aulas (Lyon), Dmitry Rybolovlev (Monaco) et Vincent Labrune (Marseille), font explicitement référence à cette bataille. "Cette démission est effective dès à présent avant le jugement en référé du 13 août du Conseil d'Etat où des clubs de Ligue 2 représentant une minorité des votes du football professionnel en France ont choisi de s'opposer, avec le soutien du Comité exécutif de la Fédération française de football (FFF), à la volonté de la majorité constituée par nos 18 clubs de Ligue 1", écrivent-ils.

Sur le site du Parisien, le président de Nantes, Waldemar Kita, se montre plus explicite : "On a démissionné collectivement de l'UCPF parce qu'on n'a aucun pouvoir ! (...) Nous, présidents de Ligue 1, on ne peut décider de rien puisque la Fédération peut tout remettre en cause à la fin."  "L'organisation du foot en France n'est pas adaptée à l'époque que nous vivons. On ne peut plus fonctionner sur un modèle qui date d'il y a cinquante ans", estime-t-il. 

Absent de la liste des signataires sur le communiqué, le Stade Rennais n'aurait finalement pas rejoint les clubs démissionnaires contrairement à ce qu'indiquait L'Equipe dans l'après midi. "Le club confirme qu'il ne confirmera pas cette information", conclut le service de communication de l'équipe bretonne dans un communiqué publié dans la soirée. 

Comment réagissent les clubs de Ligue 2 ?

Président de l'UCPF jusqu'en septembre – il a démissionné en juillet – et ancien président du Havre (Ligue 2), Jean-Pierre Louvel a réagi le premier sur RMC. "Il n’y a aucune raison objective et surtout aucun sens à cette démarche", estime ce membre du conseil d'administration du club.

Sur la forme, il juge le geste des 18 frondeurs (rejoints depuis par Rennes) impossible juridiquement. "Créer un nouveau syndicat à 18 n’est pas possible parce que, dans les textes, il est prévu que le syndicat le plus représentatif doit être le syndicat qui représente les clubs. Or, 18, ça ne fait pas une majorité : nous sommes 43 clubs professionnels à l’heure actuelle", développe-t-il. Sur le fond, il ne comprend pas la démarche : "Le pouvoir n’est pas à l’UCPF, le pouvoir est à la Ligue", estime-t-il.

Quelles sont les conséquences de cette scission ?

Elles sont pour le moins floues. Dans leur communiqué, les 18 clubs disent vouloir créer une nouvelle structure, sans en préciser les contours ou les statuts. Le geste ressemble pour le moment à une démonstration de force avant la décision du Conseil d'Etat sur l'affaire "deux montées, deux descentes", attendue jeudi. "Devant le Conseil d'Etat, on va perdre, estime Waldemar Kita. Mais, finalement, ce n'est peut-être pas plus mal ce qui arrive. On va peut-être enfin pouvoir réformer le football et en finir avec tous les blocages".

Au-delà de cette polémique, la manœuvre vise en fait à renforcer structurellement l'ascendant de la Ligue 1 sur le foot français, au détriment de la FFF, soutien traditionnel du monde amateur. En juin, lors de sa démission de son poste de vice-président de l'UCPF, Jean-Michel Aulas (Lyon) souhaitait "que l'ensemble des présidents de Ligue 1 se retrouve dans une structure dédiée à la Ligue 1 de nature à renforcer la gouvernance de la Ligue de football professionnel". Son objectif final : "Réformer la gouvernance du football français en tenant compte des réalités économiques d'un environnement concurrentiel européen".

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