Fichage ethnique au PSG : "Le football est peut-être le révélateur d’un mal encore très profond dans notre société"

Patrick Braouezec en septembre 2013. 
Patrick Braouezec en septembre 2013.  (CHRISTOPHE MORIN IP3 PRESS/MAXPPP)

Patrick Braouezec, l'un des membres de la commision d'enquête de la Fédération française de football sur l'affaire des quotas il y a huit ans, a réagi sur franceinfo au fichage ethnique des jeunes joueurs au PSG révélé par Mediapart. 

"Le football, parce qu’il est sous les phares de l’actualité, est peut-être le révélateur d’un mal encore très profond dans notre société" estime Patrick Braouezec, le président du Fondaction du football et l'un des deux membres de la commision d'enquête interne lancée à la Fédération française de football sur l'affaire des quotas. Il a réagi jeudi 8 novembre sur franceinfo aux révélations de Mediapart qui assure de la présence de critères ethniques dans les fiches d'évaluation de jeunes joueurs du PSG. Pour lui, "la discrimination mise en exergue ici est dans doute une discrimination que connaissent beaucoup de jeunes de nos banlieues dans les entreprises".

franceinfo : Huit ans après l'affaire des quotas à la FFF, vous dites-vous "tout ça pour ça" ?

Patrick Braouezec : Oui, le moins que l’on puisse dire c’est que les leçons que nous avions tirées de cette commission d’enquête, et qui mettaient en exergue des pratiques qui étaient inqualifiables, n’a pas servi de leçon. Les mêmes pratiques ont été mises à jour, une nouvelle fois par Mediapart d’ailleurs parce qu’à l’époque, déjà, c’était Mediapart qui avait révélé cette discussion qui avait lieu au sein de la DTN, la direction technique nationale.

Il est question de fichiers mais aussi de discussions sur l’orientation du club en termes de recrutement, là encore au niveau ethnique. Ça vous parait crédible ?

Je m’en tiens à ce que j’ai lu sur les écrits mais les écrits eux-mêmes en disent long. Je remarque que la volonté d’aller recruter des joueurs dans des régions, c’était d’aller recruter des jeunes non pas sur leurs qualités footballistiques, c’était un des critères, mais leur critère essentiel était de recruter des joueurs blancs. Parce que c’est évident que c’était l’objectif final de ce recrutement dans les régions en dehors de la région Île-de-France.

Vous y voyez une logique ?

Non, je pense que dans le sport comme d’ailleurs dans toutes les activités humaines, la seule chose qui devrait être prise en considération, ce sont les compétences, et que cela. Après, on peut effectivement être attentif à l’égalité hommes-femmes par exemple, mais c’est encore une autre question. Ce que je remarque aujourd’hui, c’est que le football, parce qu’il est sous les phares de l’actualité, est peut-être le révélateur d’un mal encore très profond dans notre société parce que je pense que cette discrimination mise en exergue ici est sans doute une discrimination que connaissent beaucoup de jeunes de nos banlieues dans les entreprises. Beaucoup de jeunes d’origine étrangère, qui ont la mauvaise couleur de peau aux yeux de certains, ont aussi du mal à trouver à trouver des stages, des apprentissages, un travail et ça, je pense que c’est un mal plus profond auquel il faut aussi s’attaquer.

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