Maillot moche, Kinder, chantage… A chaque pays sa polémique avant l'Euro

Des emballages de la marque Kinder mettant en scène les joueurs allemands Jérôme Boateng et Ilkay Gündogan, dans un supermarché de Fellbach (Allemagne), le 25 mai 2016.
Des emballages de la marque Kinder mettant en scène les joueurs allemands Jérôme Boateng et Ilkay Gündogan, dans un supermarché de Fellbach (Allemagne), le 25 mai 2016. (MAXPPP)

A quelques jours de la compétition, les équipes nationales sont souvent au cœur de débats animés. La preuve en quelques étapes chez nos voisins européens.

Alors que l'équipe de France de foot peine à se défaire des polémiques initiées par Eric Cantona et Karim Benzema, d'autres sélections font également l'objet de discussions animées à l'approche de l'Euro, qui débute vendredi 10 juin en France. Francetv info revient sur ces débats qui agitent nos voisins, preuve que l'Hexagone n'a pas l'apanage des querelles extra-sportives.

Italie : le numéro 10 critiqué de Thiago Motta

Roberto Baggio, Alessandro Del Piero, Francesco Totti ont tour à tour porté le numéro 10 de la Nazionale, synonyme d'animation offensive et de beau jeu. Cette fois, cet honneur revient au joueur du PSG Thiago Motta. Ce qui a suscité la colère de nombreux supporters. Est-ce en raison de sa binationalité ? Jugé trop défensif et moins talentueux que ses prédécesseurs à ce numéro, l'Italo-Brésilien n'est guère épargné par les critiques. "Cela paraît presque un choix indéfendable, et peut-être même provocateur", souligne ainsi le site sportif L'Ultimo uomo (en italien), le qualifiant même de "sacrilège". Sur les réseaux, certains supporters ont même associé le numéro à la limite de vitesse supposée du joueur.

Son coéquipier Daniele De Rossi est venu à la rescousse – "techniquement, personne ne mérite le numéro 10 davantage que lui" –, tout comme son agent, qui a dénoncé une "polémique stupide". Enfin, l'ancien entraîneur de la Sampdoria, Walter Zenga, n'a pas caché son agacement : "Nous discutons depuis deux jours de cette question. Nous sommes un pays de fous."

Irlande du Nord : un maillot honni par les supporters

Quand l'équipementier Adidas a dévoilé le maillot de l'Irlande du Nord, en novembre 2015, de nombreux supporters ont laissé éclater leur colère. En cause, notamment, la bande bleue sur la poitrine, accompagnée de manches de la même couleur. "C'est une monstruosité absolue qui a été accueillie par des retours presque uniquement négatifs", explique une pétition (en anglais) lancée dans la foulée, qui a recueilli plus de 6 000 signatures. “Nous jouons avec ce qu'on nous dit de porter", a sobrement commenté le milieu Oliver Norwood.

Sept mois plus tard, quelque 30 000 maillots ont été vendus, ce qui représente un nouveau record dans l'histoire de la fédération. "Je n'aime toujours pas ce maillot, mais je vais assister aux trois rencontres et ce serait dommage de ne pas l'avoir", explique un supporter, interrogé par le Belfast Telegraph (en anglais). "Je n'achèterai plus jamais rien chez Adidas, prévient de son côté l'auteur de la pétition, Ian McKinney. Selon moi, ils ont ruiné le maillot."

Allemagne : une campagne Kinder attaquée par l'extrême droite

En vue de l'Euro, la marque Kinder a apposé la photo de onze joueurs de la Mannschaft quand ils étaient enfants, sur certains de ses emballages. Parmi eux, Ilkay Gündogan et Jérôme Boateng, nés en Allemagne de parents respectivement turcs et ghanéens. Une initiative qui a déplu à l'extrême droite. "Ils ne s’arrêtent jamais. On peut vraiment les acheter ? Ou c’est blague ?" a fait mine de s'interroger une antenne du mouvement islamophobe Pegida.

Des emballages de la marque Kinder mettant en scène les joueurs allemands Jérôme Boateng et Ilkay Gündogan, dans un supermarché de Fellbach (Allemagne), le 25 mai 2016.
Des emballages de la marque Kinder mettant en scène les joueurs allemands Jérôme Boateng et Ilkay Gündogan, dans un supermarché de Fellbach (Allemagne), le 25 mai 2016. (MAXPPP)

Quelques jours plus tard, le vice-président du parti Alternative pour l'Allemagne (AfD), Alexander Gauland, a attaqué le défenseur Jérôme Boateng, dans un entretien au Frankfurter Allgemeine Zeitung : "Les gens l'apprécient en tant que footballeur. Mais ils ne veulent pas avoir Boateng comme voisin." Le ministre allemand de la Justice, Heiko Maas, a qualifié cette sortie d'"indigne et inacceptable", tandis que le président de la Fédération allemande de football, Reinhard Grindel, a dénoncé une "instrumentalisation politique" de "mauvais goût" de l'équipe nationale.

Roumanie : des commentaires racistes à l'antenne

En Roumanie, ce sont les propos affligeants de deux commentateurs de la radio Zu, Mihai Morar et Daniel Buzdugan, qui ont provoqué une polémique, lors d'un match de préparation contre le Congo qui s'est soldé par un match nul, le 25 mai. "Le Congo est venu avec 8 000 singes pour l'encourager" ou encore : "Tu as vu les joueurs français ? C'est un peu le Congo, sauf qu'ils jouent un peu mieux." Des auditeurs choqués ont alors porté plainte auprès du Conseil national de l’audiovisuel et du Conseil national pour la lutte contre les discriminations, rapporte L'Equipe. "Si nous avions joué contre l'Australie, nous aurions parlé de kangourous, comme nous parlons de coqs lorsque nous affrontons la France", a tenté de se justifier Daniel Buzdugan. Les deux animateurs se sont ensuite rendus à l'ambassade du Congo, afin de présenter leurs excuses.

Pays de Galles : une campagne pro-anglaise dans les magasins Marks & Spencer

Stupeur et tremblements à Cardiff. Des clients de l'enseigne Marks & Spencer ont découvert des affiches à l'effigie de trois joueurs anglais – Chris Smalling, Joe Hart and Kyle Walker – avec la mention "fournisseur officiel de costumes de l'équipe nationale anglaise". Il n'en fallait pas plus pour déchaîner la presse et l'opinion locale. "Bien sûr, rien n'indique que le pays de Galles s'est lui aussi qualifié pour le tournoi et affrontera l'Angleterre en phases de poules" le 16 juin, persifle le Wales Online (en anglais). La marque a dû se confondre en excuses et retirer ses affiches.

Mi-mai, un magasin de sport avait lui aussi dévoilé une affiche à la gloire de l'équipe anglaise. De nombreux Gallois avaient alors partagé des réactions outrées sur les réseaux sociaux, et l'affiche avait été retirée en moins d'une heure.

Croatie : le chantage de Dejan Lovren

Dejan Lovren a une haute idée de lui-même. Au mois d'avril, le défenseur croate a tout simplement réclamé une place de titulaire à l'Euro, sous peine de bouder la compétition. Le mois précédent, déjà, le joueur avait interrompu son échauffement car il était fâché d'être remplaçant lors d'un match amical contre la Hongrie. Ce coup de pression n'a pas vraiment fonctionné, puisque le sélectionneur Ante Cacic n'a pas retenu le joueur dans le groupe. "La porte n'est pas fermée pour Lovren, il doit comprendre comment se comporter envers ses collègues et envers le sélectionneur. Alors il pourra mériter un retour."

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