A Paris, la "fan zone" ouvre ses portes dans l'insouciance, malgré le climat sécuritaire tendu

La \"fan zone\" de Paris a ouvert ses portes, jeudi 9 juin 2016, à l\'occasion d\'une soirée de concerts.
La "fan zone" de Paris a ouvert ses portes, jeudi 9 juin 2016, à l'occasion d'une soirée de concerts. (ALAIN JOCARD / AFP)

Malgré les réticences de la préfecture de police, la "fan zone" a ouvert ses portes au public, jeudi 9 juin. Reportage au Champ-de-Mars, pour ce premier test grandeur nature.

Cette fois, c'est le grand jour. Prévue pour accueillir jusqu'à 92 000 personnes, la "fan zone" de Paris a ouvert ses six portes d'accès, jeudi 9 juin, à la veille du premier match de l'Euro"Enfin !" savoure Dominik, une coupe d'Europe factice autour du cou, un maillot floqué au nom d'Hugo Lloris sur le dos. "C'est vraiment bon de sourire un peu, avec tout ce qui se passe en ce moment, les inondations, la menace terroriste..."

Alors que le pays vit en état d'urgence depuis plusieurs mois, cette inauguration fait figure de test pour la France, sous le feu des projecteurs pendant un mois de compétition. Les matchs n'ont pas encore commencé, mais les concerts plongent le dispositif de sécurité dans le grand bain. Au programme : Will.I.Am, Louane, Christophe Maé... avant David Guetta, interprète de l'hymne officiel de la compétition.

De longues files d'attente mais des fouilles rapides

La sécurité de la "fan zone" proprement dite est confiée aux entreprises de sécurité. Avec 400 agents déployés, le site parisien est celui qui possède le plus faible ratio d'encadrement parmi les dix "fan zones" françaises. La stratégie est de limiter le nombre de portes, réduites à six, afin d'éviter les "trous". Objectif : faire entrer 92 000 en moins de deux heures. "C'est mieux qu'au stade de France", selon l'adjoint au maire, Jean-François Martins.

Dès 16 heures, la file d'attente s'étire sur 200 m, au Champ-de-Mars, dans le 7e arrondissement. Malgré tout, l'entrée est assez fluide. Un agent s'occupe de vider les sacs de toute bouteille et de tout aliment. Un peu plus loin, d'autres employés palpent les visiteurs. Comptez 15 ou 20 secondes pour une fouille correcte. "C'était rassurant, franchement", résume Miguel, lycéen en seconde. "Je les ai trouvés sérieux." En cas de suspiscion, un contrôle magnétique est prévu. Difficile de penser, toutefois, que ces fouilles permettent d'assurer l'étanchéité des accès.

Dans la file, un agent cherche même des poux sur la tête d'une jeune fille, à la chevelure généreuse. "On n'a qu'à dire qu'on a une bombe, on passera plus vite", ironise un jeune homme. En raison du risque, aucun géant du secteur n'a accepté de travailler sur ce site. Plusieurs petites et moyennes entreprises doivent donc cohabiter, quitte à se marcher sur les pieds. Un employé reproche à un autre d'avoir laissé passer un adolescent armé d'un tube de gâteaux apéritifs. 

Rapidement, la pelouse du Champ-de-Mars est noire de monde. Des vendeurs ambulants proposent des bières au gobelet, au milieu de dizaines de drapeaux de tous les pays. Peu après 17 heures, un colis suspect sème la pagaille, porte 6. "C'était un sac à dos, comme le vôtre", glisse un policier, tandis qu'un fourgon fait demi-tour, une fois l'alerte levée. "Non, ça ne va pas, non, ça ne va pas." Les agents sont sur les dents. Eu égard au climat de tension, ce genre de scène risque fort de se multiplier les prochains jours.

Mauvaise nouvelle pour les vendeurs de tour Eiffel

La sécurité des abords du site est confiée à la police, sous l'autorité du préfet. Avant d'accéder au site, prière de montrer patte blanche. Sale nouvelle pour les vendeurs à la sauvette, qui observent le manège, à l'écart des fourgons. Au fil des barrages de préfiltrage, les sacs sont minutieusement inspectés, ce qui n'empêche pas quelques couacs. "Attends, regarde, il y en a plein qui sont rentrés par là, sans contrôle", confie un agent à son collègue, à l'entrée d'un pré-accès. Un troisième arrive, en civil : "Mais qui vous a dit de laisser passer les gens, là ?"

Les agents sont également chargés d'orienter les supporters vers d'autres portes, quand certaines sont saturées. Pendant ce temps, les groupes de gendarmes révisent leurs cartes, appuyés sur leurs fourgons. Les rues adjacentes sont rendues aux piétons. Le dispositif déployé pendant l'Euro est énorme. Au total, 10 000 policiers d'Ile-de-France vont veiller sur la sécurité de l'événement dans la petite couronne, avec un renfort supplémentaire de 3 000 hommes. Indispensable, pour que l'Euro reste une fête.

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