Euro 2016 : pourquoi il ne faut pas dénigrer l'équipe du Portugal, finaliste de la compétition

Le Portugais Cristiano Ronaldo, le 6 juillet 2016 à Lyon (Rhône) lors de la demi-finale de l\'Euro contre le pays de Galles.
Le Portugais Cristiano Ronaldo, le 6 juillet 2016 à Lyon (Rhône) lors de la demi-finale de l'Euro contre le pays de Galles. (MICHAEL ZEMANEK / BACKPAGE IMAGES LTD / AFP)

La stratégie très défensive des Portugais, qui n'ont gagné qu'un match dans le temps règlementaire, est pointée du doigt. Mais la réussite des coéquipiers de Ronaldo n'est pas que le fruit du hasard.

Depuis le début de l'Euro 2016, le Portugal traîne derrière lui une réputation peu flatteuse. Qualifiée d'équipe la plus ennuyeuse du tournoi, la Selecçao est tout de même parvenue à se qualifier pour la finale qu'elle disputera dimanche 10 juillet au soir contre la France. Certains qualificatifs peu amènes ont accompagné le parcours des coéquipiers de Cristiano Ronaldo. Leurs détracteurs rappellent ainsi qu'ils n'ont gagné qu'un seul match dans le temps réglementaire depuis le début de la compétition. Après trois matchs nuls en phase de poules, ils ont en effet remporté leur huitième de finale contre la Croatie 1-0 après prolongations, avant de vaincre la Pologne aux tirs au but, puis de finalement battre le pays de Galles 2-0 en demi-finale.

Malgré les tombereaux de critiques, le jeu restrictif du Portugal leur a permis d'atteindre le sommet du foot européen. Francetv info explique en quatre points pourquoi, n'en déplaise aux amateurs de football samba, la stratégie des Portugais était la bonne.

Parce qu'elle est visionnaire

En octobre 2014, Fernando Santos, le sélectionneur portugais avait joué les oracles. Son équipe venait de s'incliner 2-1 contre la France, en match amical au Stade de France. Comme l'explique 20 Minutes, après ce revers, dans les vestiaires, il avait promis à ces joueurs qu'ils reviendraient jouer dans ce même stade, pour la finale de l'Euro 2016. Et deux ans plus tard, ils sont au rendez-vous.

Mais cette qualification n'est pas uniquement le fruit des talents de devin du coach portugais. Pour tenir sa promesse, il a surtout décidé dès sa prise de fonction de construire "une équipe patiente, pragmatique, voire cynique", explique Le Figaro qui cite le journaliste sportif portugais Luis Mateus : "Avoir le ballon, contrôler le match, guetter l’erreur adverse, s’appuyer sur son banc pour apporter du sang neuf : voilà la philosophie de la sélection du Portugal depuis deux ans."

Fernando Santos, le sélectionneur portugais, et ancien entraîneur de Porto, de Benfica et du Sporting, le 6 juillet 2016 à Lyon (Rhône).
Fernando Santos, le sélectionneur portugais, et ancien entraîneur de Porto, de Benfica et du Sporting, le 6 juillet 2016 à Lyon (Rhône). (FRANCISCO LEONG / AFP)

Si cette vision très pragmatique du foot donne des nausées aux esthètes du ballon rond, elle fait pourtant mouche à l'Euro. Une tendance que l'on retrouve dans les chiffres globaux de la compétition. La moyenne de buts marqués par match est de 2,14 avant la finale, très en dessous des précédents tournois : 2,45 pour l'Euro 2012, 2,48 pour l'Euro 2008 ou encore 2,74 pour l'Euro 2004.

Durant le tournoi, de nombreuses équipes ont ainsi décidé de miser sur une défense solide, un bloc très bas, et de ne compter que sur les contres et les coups de pieds arrêtés pour marquer. On pense à l'Irlande, à l'Islande, à la Slovaquie, à l'Italie ou au pays de Galles, autant d'équipes parvenues à s'extraire de la phase de poules en pratiquant elles aussi un football très pragmatique. Et à ce jeu très en vogue, ce sont bien les Portugais qui s'en sont le mieux tirés en assumant ouvertement : "Si on peut être champions uniquement avec des matchs nuls, on ne s’en privera pas", a clamé Fernando Santos.

Parce que sa stratégie a déjà fonctionné

Ceux qui ont assisté au huitième de finale Croatie-Portugal s'en souviendront longtemps. Dans cette rencontre difficilement qualifiable de match de foot, les Portugais ont totalement annihilé le jeu réputé très technique des Croates, sans s'approcher une seule fois de leur but. Ah si, à la 117e minute, lorsque Quaresma a inscrit le but vainqueur sur leur seul tir cadré.

Des cascades d'insultes sont encore tombées sur le jeu portugais. C'était oublier un peu vite que ce type de jeu restrictif, tout en étant gagnant, était loin d'être une première. En 2004, à la surprise générale, la Grèce avait conquis le titre de champion d'Europe en pratiquant un football sans fioriture, gagnant tous ses matchs de phase finale 1-0. A l'époque, cette victoire de la Grèce est vécue comme un  traumatisme au Portugal, pays hôte du tournoi, battu par les Grecs lors du match d'ouverture et en finale.

Les Grecs sacrés champions d\'Europe le 4 juillet 2004 à Lisbonne (Portugal).
Les Grecs sacrés champions d'Europe le 4 juillet 2004 à Lisbonne (Portugal). (FRANCOIS XAVIER MARIT / AFP)

Dix ans après cette déroute, les Portugais ont retenu la leçon. En vue de l'Euro 2016, ils engagent Fernando Santos, qui vient de quitter le poste de sélectionneur de... la Grèce. Entre 2010 et 2014, sur les bords de la mer Egée, le technicien portugais avait eu pour mission de prolonger le travail d'Otto Rehhagel, le sélectionneur du miracle de 2004. Sans suprise, c'est donc avec un état d'esprit très pragmatique qu'il a pris les rênes d'une Selecçao en manque de repères.

Parce qu'elle a fait une force de ses faiblesses

En septembre 2014, la situation du Portugal est peu brillante. Eliminé dès la phase de poule du Mondial brésilien l'été précédent, il vient de s'incliner à domicile contre l'Albanie 1-0, en match de qualification pour l'Euro 2016. L'affront est immense pour les Portugais, qui vivent toujours dans le souvenir de la génération dorée des artistes Figo, Rui Costa et Deco, finalistes de l'Euro 2004. Fernando Santos, l'homme chargé de redonner sa fierté au pays, décide de le vacciner contre cette nostalgie.

Depuis plusieurs années, les dérapages défensifs sont réguliers, à l'image du 4-0 encaissé face à l'Allemagne pendant le Mondial, ou du 3-3 concédé en Israël un an plus tôt. Souvent brillant dans ses stratégies offensives, le Portugal laisse des boulevards en défense. Santos inverse la logique et met la stratégie au service des briseurs de mouvement, s'appuyant sur le rugueux Pepe et le massif Fonte.

Sur le front de l'attaque, il fait également face au casse-tête de tous les entraîneurs portugais depuis 10 ans : il ne dispose d'aucun avant-centre de niveau international. Après quelques mois de recherche pour trouver un candidat capable d'épauler l'ailier star Cristiano Ronaldo, il décide de titulariser... un autre ailier, Nani.

Dans le nouveau 4-4-2 portugais, Cristiano Ronaldo a souvent Nani sur le dos.
Dans le nouveau 4-4-2 portugais, Cristiano Ronaldo a souvent Nani sur le dos. (BRUNO FONSECA / BRAZIL PHOTO PRESS / AFP)

"Je n’ai aucun doute sur l’option que j’adopterai : un 4-4-2 avec deux joueurs mobiles sur le front, expliquait en 2015 le coach, relayé par Eurosport. Ça nous donne plus de possibilités de potentialiser notre meilleur joueur : Ronaldo." L'idée est de profiter de la pénurie d'avant-centre pour permettre au Ballon d'or gominé de bénéficier, enfin, d'un système taillé pour lui. Peu en réussite au début de l'Euro, le capitaine portugais a finalement profité de sa grande liberté offensive pour marquer un but et offrir une passe décisive à Nani lors de la demi-finale contre le pays de Galles dont il fut l'homme du match. Tout un pays rêve maintenant qu'il récidive en finale.

Parce qu'elle mise tout sur l'état d'esprit

Après le huitième de finale contre la Croatie, Fernando Santos a insisté sur l'importance de l'élan collectif qui porte ses joueurs : "Ils forment vraiment l’équipe la plus unie de la compétition. Ils sont prêts à se battre, à tout donner sur le terrain." Au cours du match suivant, la scène précédant la séance de tirs au but, durant laquelle Ronaldo motive João Moutinho, a symbolisé cet état d'esprit, loin du cliché des stars égoïstes.

Pour encadrer les jeunes pousses prometteuses comme Renato Sanches, le sélectionneur a rappelé les anciens Bruno Alves, Ricardo Carvalho ou Ricardo Quaresma. Ce dernier, avec son envie de revanche, a ainsi amené une dose de rage supplémentaire à cette équipe. C'est d'ailleurs lui qui, au bout d'interminables prolongations, a qualifié le Portugal lors du huitième de finale contre la Croatie.

Le Portugais Ricardo Quaresma a marqué le seul but du huitième de finale de l\'Euro contre la Croatie, samedi 25 juin à Lens (Pas-de-Calais).
Le Portugais Ricardo Quaresma a marqué le seul but du huitième de finale de l'Euro contre la Croatie, samedi 25 juin à Lens (Pas-de-Calais). (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

Un jeu pragmatique, une stratégie adaptée à ses moyens, un état d'esprit de combattant, des ingrédients qui rappellent ceux mis en œuvre par l'Irlande du Nord, le pays de Galles ou l'Islande. Malgré leur qualité de jeu limitée, ces pays ont suscité un énorme élan de sympathie, à l'opposé de l'opprobre jetée sur le Portugal.

La raison de ce "traitement de faveur" provient sûrement de la présence de Cristiano Ronaldo, star aussi admirée que détestée, notamment depuis ses déclarations envers la "petite mentalité" des Islandais après leur confrontation en matchs de poule de l'Euro. S'il soulève le trophée de champion d'Europe dimanche soir, il n'effacera pas les critiques, mais il aura le droit de crier bien haut, contre vents et marées, que gagner "moche", c'est quand même gagner.

Vous êtes à nouveau en ligne