Euro 2016 : pourquoi la bière dans les stades laisse un goût amer aux supporters

Un supporter russe consomme une bière à 0,5%, le 15 juin 2016, au stade Pierre-Mauroy, à Lille (Nord).
Un supporter russe consomme une bière à 0,5%, le 15 juin 2016, au stade Pierre-Mauroy, à Lille (Nord). (VLADIMIR PESNYA / SPUTNIK / AFP)

De nombreux fans, anglais notamment, se sont plaints de la mauvaise qualité du breuvage distribué par Carlsberg lors des matchs de l'Euro 2016. Il faut dire que la bière vendue dans les stades est sans alcool, en vertu de la loi Evin.

"C'est une blague ?" A leur entrée dans les stades de l'Euro 2016, les supporters étrangers ont eu une drôle de surprise : la seule bière vendue dans les travées est un ersatz au goût douteux. Et pour cause : le breuvage de Carlsberg, le sponsor de l'UEFA qui se vante dans ses publicités de produire "probablement la meilleure bière du monde", ne contient que 0,5% d'alcool. Ce qui ne l'empêche pas d'être vendu 6,50 euros la pinte, un prix pratiqué dans les bars parisiens pour de vraies bières.

"Partant du principe qu'il me faut quatre pintes de bière à 4% pour être pompette, cela me coûterait 224 euros, calcule un journaliste britannique. Et encore, il faudrait que mon estomac puisse absorber 16 litres, ce qu'il ne peut pas." Si Carlsberg servait déjà cette bière à l'Euro 2000, les supporters anglais ont le droit d'être surpris. En Angleterre, la bière coule à flots dans les coursives du stade. Seule la consommation en tribune, à sa place, est interdite.

"Le sport et l'alcool ne font pas un bon mélange"

Les supporters français savaient eux à quoi s'attendre. En France, la loi Evin de 1991 interdit la vente d'alcool "dans les stades, dans les salles d'éducation physique, les gymnases et, d'une manière générale, dans tous les établissements d'activités physiques et sportives""L'idée, c'est que le sport et l'alcool ne font pas un bon mélange", explique Olivier Poulet, avocat au barreau de Rennes et spécialiste du droit des boissons alcoolisées, à francetv info.

Des dérogations sont possibles, dans une limite de 10 par an. Le club doit en faire la demande auprès du maire de la commune ou du préfet. Des démarches qui créent parfois des tensions entre les élus et les présidents de club. A Lyon, une guerre de la bière a récemment opposée l'Olympique lyonnais à la maire de Décines-Charpieu où est implanté le tout nouveau Parc OL.

A Saint-Denis, la mairie a d'abord délivré une autorisation de vente d'alcool pour la finale de la Coupe de la Ligue, avant de la retirer. Selon Le Parisien, certains clubs se mettent d'accord avec leur mairie. Mais, le reste de l'année, les supporters doivent se contenter de bières peu alcoolisées. "On considère que les boissons sont alcoolisées à partir de 1,2%, explique Olivier Poulet. En dessous, vous n'avez pas besoin d'une autorisation."

"Cette bière est très populaire en Suède"

L'UEFA ne s'est pas embêté à demander des autorisations pour 10 de ces 51 matchs de l'Euro 2016. "Nous avons décidé avec eux à l'époque de ne pas commercialiser d'alcool dans les stades", explique Carlsberg à francetv info. Le brasseur danois a opté pour sa bière à 0,5%, "la plus proche de notre Pilsner originale". "Elle n'est pas vendue en France, mais elle est très populaire en Suède", précise-t-on.

Le brasseur ne regrette pas son choix. "Pour nous, c'est une bonne décision. Aujourd'hui, il est possible de faire des bières sans alcool qui ont davantage le goût de bières et que les fans apprécient, ce n'est plus un problème", poursuit Carlsberg. Pour l'avoir goûtée, permettez-nous d'en douter.

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