Euro 2016 : les cinq choix gagnants de Didier Deschamps qui ont conduit les Bleus en finale

Didier Deschamps, le sélectionneur des Bleus, le 26 juin 2016 à Lyon (Rhône).
Didier Deschamps, le sélectionneur des Bleus, le 26 juin 2016 à Lyon (Rhône). (MAX ROSSI / REUTERS)

Parfois considéré comme chanceux, le sélectionneur des Bleus doit surtout son succès à l'Euro à des choix forts, qui ont mis son équipe sur la voie de la victoire.

Parmi les qualificatifs qui accompagnent Didier Deschamps, on retrouve souvent le mot "chanceux". Le bon tirage de la phase de poules, l'Islande en quart de finale, les blessures allemandes, autant d'indications qui laissent entendre que le sélectionneur français serait né sous une bonne étoile. Mais parvenir à se qualifier pour la finale de l'Euro 2016, match historique que les Français disputent dimanche 10 juillet face au Portugal, ne peut être lié qu'à la seule réussite. Les choix tactiques du patron des Bleus ont été bien plus prépondérants que la chance.

Francetv info revient sur cinq de ces décisions qui ont façonné le parcours français.

Un système taillé pour Griezmann

La question du système tactique employé par l'équipe de France n'a cessé d'alimenter les gazettes depuis le début de l'Euro. Didier Deschamps a donné l'impression de tâtonner sur cette question, oscillant entre un prudent 4-3-3 et un ambitieux 4-2-3-1. Ce dernier système à quatre attaquants (trois milieux offensifs et un attaquant de pointe) a notamment été testé, sans convaincre, lors de la difficile victoire contre l'Albanie, en phase de poules.

Mais ce jour-là, Antoine Griezmann était sur le banc et c'est Dimitri Payet qui assurait le rôle de deuxième attaquant central derrière Olivier Giroud. Contre l'Irlande en huitième de finale, le 4-3-3 des Bleus, avec Griezmann ailier droit, est inopérant. Deschamps repasse en 4-2-3-1 à la mi-temps et, cette fois, c'est bien le Madrilène qui occupe la position axiale reculée, retrouvant le poste qui lui est dévolu en club. Le résultat est immédiatement payant puisqu'il inscrit un doublé et qualifie la France.

Antoine Griezmann célèbre son but avec Olivier Giroud, lors du match France-Irlande, le 26 juin 2016 à Lyon.
Antoine Griezmann célèbre son but avec Olivier Giroud, lors du match France-Irlande, le 26 juin 2016 à Lyon. (REUTERS)

En mettant son joueur en forme dans les meilleures conditions, Didier Deschamps vient de trouver un système ultra-performant. Du coup, la tactique est reconduite contre l'Islande en quart de finale, puis contre l'Allemagne en demi-finale avec, à la clé, deux succès probants et un Griezmann stratosphérique (3 buts et 2 passes décisives sur ces deux matchs). Si le jeune prodige français est à l'origine du changement de stratégie selon Libération, il n'en reste pas moins que c'est le sélectionneur qui a validé ce choix, décisif pour les Bleus.

La reconduction de Samuel Umtiti

Pour faire face à l'hécatombe qui a frappé les défenseurs français avant l'Euro (Sakho, Varane, Mathieu, Zouma...) Didier Deschamps a dû bricoler pour trouver une charnière centrale digne de ce nom. En rappelant Adil Rami au dernier moment, il a voulu faire face au manque d'expérience des remplaçants qu'il avait sous la main.

Titularisé à côté du très sûr Laurent Koscielny, Rami alterne des performances pleines d'envie, comme son centre gagnant contre l'Albanie, et des ratés problématiques, telle sa glissade coupable contre l'Irlande. Lors de ce match, le défenseur du FC Séville prend surtout un carton jaune synonyme de suspension pour les quarts de finale. Contre l'Islande, cette suspension oblige donc Didier Deschamps à choisir un remplaçant entre Eliaquim Mangala, inquiétant lors de la préparation des Bleus, et Samuel Umtiti, âgé de seulement 22 ans et jamais sélectionné en équipe de France.

Le sélectionneur, Didier Deschamps, et le défenseur Samuel Umtiti, le 6 juin 2016 à Clairefontaine (Yvelines).
Le sélectionneur, Didier Deschamps, et le défenseur Samuel Umtiti, le 6 juin 2016 à Clairefontaine (Yvelines). (FRANCK FIFE / AFP)

Finalement, le sélectionneur fait le pari de la jeunesse et choisit Umtiti. Apprécié pour ses qualités de relanceur, le futur défenseur du FC Barcelone tâtonne face aux costauds Islandais mais rend une copie honorable. Pour l'immense défi de la demi-finale contre l'Allemagne, le sélectionneur aurait pu titulariser à nouveau Adil Rami, ce dernier ayant purgé sa suspension, pour reformer la charnière centrale qui a débuté l'Euro. Mais Deschamps choisit à nouveau Samuel Umtiti, moins physique mais plus habile de ses pieds, pour faire face au pressing des Allemands. Le calcul est payant : le jeune joueur réalise un match quasi parfait. Là encore, un choix risqué mais déterminant.

La titularisation de Moussa Sissoko

Quand de nombreux Français ont entamé la compétition le sourire aux lèvres, après une saison en club pleine de succès, Moussa Sissoko n'avait pas vraiment la tête à rigoler. Le milieu de terrain venait de subir une triste relégation en deuxième division anglaise avec Newcastle et savait qu'il passerait une bonne partie de l'Euro sur le banc, lui qui semble devancé par Pogba, Matuidi ou Kanté au milieu de terrain. D'ailleurs, au moment de confirmer le fameux passage au 4-2-3-1 contre l'Islande en quart de finale, beaucoup imaginaient la titularisation de la flèche du Bayern Munich Kingsley Coman sur l'aile droite, plus que le joueur qui traîne sa peine depuis des mois à Newcastle.

Le Français Moussa Sissoko, en action contre l\'Allemagne, le 7 juillet 2016 à Marseille (Bouches-du-Rhône).
Le Français Moussa Sissoko, en action contre l'Allemagne, le 7 juillet 2016 à Marseille (Bouches-du-Rhône). (REUTERS)

Sauf que, pour faire jeu égal dans le défi physique que les Vikings allaient imposer aux Bleus, Didier Deschamps décide de faire appel à Sissoko. Le choix est, là encore, payant : son volume physique fait merveille et permet au latéral droit Bacary Sagna de se montrer plus offensif. Sans surprise, la titularisation de Sissoko est reconduite contre l'Allemagne et, là encore, l'ancien Toulousain se montre costaud, entreprenant et rigoureux. Un élément clé dans l'accès des Bleus à la finale.

Pogba plus défensif mais plus efficace

En optant pour le fameux 4-2-3-1, Didier Deschamps a également réglé un problème latent en équipe de France : le positionnement et le rôle de Paul Pogba. Durant les premiers matchs de l'Euro, le génial milieu de terrain a agacé les observateurs par ses pertes de balles et ses dribbles parfois aussi inutiles qu'intempestifs. Dans le 4-3-3, le jeune Bleu, positionné en milieu droit, a du mal à assurer un rôle dans lequel il est sensé peser offensivement, tout en pensant au repli défensif. Les critiques finissent même par provoquer un début de polémique, après un geste du joueur ressemblant à un bras d'honneur adressé aux tribunes.

Didier Deschamps en discussion avec Paul Pogba.
Didier Deschamps en discussion avec Paul Pogba. (FRANCK FIFE / AFP)

Mais Didier Deschamps trouve la parade pour éteindre l'incendie et tirer le meilleur de sa perle : dans le 4-2-3-1, il le positionne en milieu défensif aux côtés de Blaise Matuidi. Le rôle des deux joueurs est de se concentrer sur la récupération du ballon, forçant Pogba à épurer son jeu. Le Français se libère. Il marque sur corner contre l'Islande, et contre l'Allemagne, délivre une quasi passe décisive après un dribble génial, son seul du match.

La composition d'un banc solidaire et motivé

C'est peut-être la réussite la plus discrète, mais aussi la plus importante, de Didier Deschamps. Le 31 mai, lorsqu'il a annoncé la liste des 23 joueurs qu'il emmenait à l'Euro, les reproches n'ont pas manqué face à l'absence de joueurs considérés par certains comme meilleurs que les heureux élus. Sauf que l'expérience de Deschamps en matière de tournois internationaux l'a incité à choisir des joueurs capables, non seulement de vivre ensemble pendant presque deux mois, mais aussi prêts à s'effacer devant l'intérêt collectif.

Didier Deschamps dans les bras d\'Adil Rami, devant d\'autres remplaçants réjouis, Kingsley Coman et Eliaquim Mangala, juste après la victoire des Bleus en demi-finale de l\'Euro contre l\'Allemagne, le 7 juillet 2016 à Marseille (Bouches-du-Rhône).
Didier Deschamps dans les bras d'Adil Rami, devant d'autres remplaçants réjouis, Kingsley Coman et Eliaquim Mangala, juste après la victoire des Bleus en demi-finale de l'Euro contre l'Allemagne, le 7 juillet 2016 à Marseille (Bouches-du-Rhône). (FEDERICO GAMBARINI / DPA / AFP)

Jeudi, lors de la demi-finale victorieuse face à l'Allemagne, André-Pierre Gignac et Christophe Jallet n'ont cessé d'encourager leurs partenaires depuis le banc de touche. Après la rencontre, Adil Rami, bien qu'écarté au profit de Samuel Umtiti, était hilare au moment de célébrer le résultat.

Ces choix forts opérés par Didier Deschamps ont sûrement permis d'éviter les écueils sur lesquels ont buté ses prédécesseurs, impuissants face aux crises d'ego et de jalousie, et qui ont transformé de belles aventures en long cauchemar. Grâce à son sélectionneur, la France, en 2016, peut se permettre de rêver jusqu'au bout.

Vous êtes à nouveau en ligne