L'ennemi ou le bourreau ? Le dilemme des supporters brésiliens pour la finale du Mondial

Des supporters argentins célèbrent la qualification de leur équipe pour la finale de la Coupe du monde de football, sur la plage de Copacabana, à Rio de Janeiro (Brésil), le 9 juillet 2014.
Des supporters argentins célèbrent la qualification de leur équipe pour la finale de la Coupe du monde de football, sur la plage de Copacabana, à Rio de Janeiro (Brésil), le 9 juillet 2014. (JORGE SILVA / REUTERS)

La finale de la Coupe du monde oppose dimanche l'Argentine, grand rival historique du Brésil, et l'Allemagne, qui a battu la Seleçao en demi-finale.

Cruel dilemme pour le pays hôte. La finale de la Coupe du monde au Brésil oppose, dimanche 13 juillet, l'Allemagne, le bourreau de la Seleçao, à l'Argentine, son ennemi intime. La rivalité footballistique entre les deux nations voisines, rappelle Courrier international, existe depuis 1914, il y a cent ans donc, date à laquelle l'Albiceleste avait battu, en match amical, la sélection auriverde par trois buts à zéro. Depuis, les matchs entre le Brésil et l'Argentine sont considérés comme l'équivalent sud-américain d'un France-Allemagne, explique Slate.fr.

Entre encourager la Mannschaft, qui a couvert de honte la sélection brésilienne en la battant sèchement 7-1 en demi-finale, mardi soir, et soutenir l'Argentine, les Brésiliens sont donc face à un choix impossible. Alors, allez les ciel et blanc ou allez l'Allemagne ?

Allez l'Argentine !

A chaque fois que la Coupe du monde a été organisée sur le continent américain, elle a été remportée par un pays sud-américain. Pour certains, il faut protéger cette hégémonie régionale. "Il faut que le trophée quitte l'Europe et revienne sur nos terres", réclame Tairan, un Brésilien questionné par France Info. Et tant pis si l'Argentine se rapproche du Brésil en nombre de titres mondiaux gagnés. Après tout, elle n'en aurait "que" 3, contre 5 pour la Seleçao. Et l'Allemagne, avec déjà 3 titres à son actif, menace davantage le record auriverde.

Interrogé par la presse, Neymar, blessé au dos et forfait, a souhaité "bonne chance" à ses coéquipiers argentins du Barça, Messi et Mascherano. D'après la star brésilienne, Lionel Messi "mérite d'être champion""Je ne soutiens pas l'Argentinea-t-il toutefois nuancémais deux personnes que je connais." Car il paraît inconcevable qu'un Brésilien supporte le rival voisin.

Allez l'Allemagne !

Les adversaires de nos ennemis sont nos amis. Même s'ils ont infligé une raclée à la Seleçao en demi-finale. Suivant cette logique un peu paradoxale, l'hebdomadaire brésilien Lance ! a créé le hashtag de ralliement #SomosTodosAlemanha ("Nous sommes tous allemands") sur Twitter.

Si tout un pays souhaitait un "derby" entre le Brésil et l'Argentine au stade Maracana pour conclure le Mondial, personne ne veut voir l'ennemi de toujours triompher à la maison. "Imaginez si les Etats-Unis perdaient, à New York, contre la Russie au basket, et que tous les supporters russes faisaient la fête à Times Square, compare Marcelo Reis, 35 ans, dans le New York Times. Ça n'est pas acceptable."

Dans Le Monde, Flavio, 42 ans, annonce qu'il soutiendra la Mannschaft"Si les Argentins l'emportent, cela sera le pire jour de ma vie", juge cet habitant de Belo Horizonte. "Je ne peux pas imaginer Dilma Rousseff remettre la coupe aux Argentins au Maracana", exclut Marcos Raimondi, un Brésilien de Sao Paulo, cité par L'Express.

Une victoire de l'Albiceleste, 64 ans après celle de la Celeste uruguayenne dans ce même stade de Rio et restée mythique sous le nom de "Maracanazo", représenterait un nouveau cauchemar pour le Brésil.

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