VIDEO. Didier Deschamps : "Ce qui m'intéresse, c'est aujourd'hui, demain, et ce qui est devant nous"

FRANCEINFO / RADIO FRANCE

Le sélectionneur de l'équipe de France de football s'est confié à Jacques Vendroux, pour le premier épisode d'une série d'entretiens. Il s'y dévoile sur sa carrière, son enfance, sa rage de gagner...

Didier Deschamps, centenaire ! Il dispute dimanche 17 novembre face à l'Albanie son centième match en tant que sélectionneur de l'équipe de France. "Cent, c'est un beau chiffre ! Mais j'aurai tout le temps de savourer, je n'ai pas pour habitude de regarder dans le rétro. Au-delà du compteur, c'est les objectifs devant nous qui sont importants."

Avant ce dernier match de qualification pour l'Euro 2020, Didier Deschamps s'est longuement confié à Jacques Vendroux, pour le premier épisode d'une série d'entretiens menés pour franceinfo par l'ancien patron des sports de Radio France. "Passer la barre des 100, ça m'est arrivé dans ma première vie… Là, d'y arriver en tant que sélectionneur, je ne vais pas dire que c'est moins difficile. C'est plus difficile. Je dépends des autres, c'est grâce à mes joueurs, évidemment. Quand j'étais joueur moi-même, j'avais une part de responsabilité ! Là, c'est une double fierté."

"Le sport, ça ne pouvait pas être un métier"

Dans l'entretien qu'il a accordé à Jacques Vendroux, Didier Deschamps revient sur son enfance et ses débuts, sur sa carrière et son palmarès, sur sa rage intacte de gagner... Sa première sélection en équipe de France en tant que joueur, le 29 avril 1989 contre la Yougoslavie, est un souvenir encore tout frais. "Bien sûr ! On se rappelle de sa première sélection, quand même ! Moi, je n'étais pas prévu. Je me rappelle que je remplaçais Daniel Bravo, qui était blessé. Moi, j'étais prévu avec les Espoirs. Et puis voilà… Donc je suis dans le grand bain. J'étais le jeune, donc je ne parlais pas. Mais bon, c'était magnifique ! Y être une fois, c'est toujours bien, J'ai enchaîné depuis..." Jusqu'à arriver à 103 sélections.

Gamin, il aurait pu choisir le rugby, comme son père, et s'il a bifurqué vers le foot, c'est surtout pour une question de gabarit. "Je ne me suis pas trop trompé ! Mes parents m'ont laissé choisir pour que je n'ai pas à leur reprocher d'avoir choisi pour moi." L'Aviron Bayonnais sera son tout premier club, dans les équipes de pupilles, puis de minimes, avant de rejoindre le centre de formation du FC Nantes en 1983. "Le sport, ça ne pouvait pas être un métier, pour moi. Et puis tout est allé très vite." Le rêve d'enfant du petit Didier qui débutait du côté de l'Aviron Bayonnais est-il devenu réalité ? "Mais ça arrive des fois, heureusement ! Quand on est enfant on a cette forme d'insouciance de se dire que tout est accessible, que rien n'est impossible. C'est beau, il faut leur dire qu'il faut y croire. Mais ça ne tombe pas comme ça du ciel, ça ne vient pas par hasard. Ça demande beaucoup, beaucoup d'efforts. Quel que soit le rêve."

"Ma première vie, je n'en parle pas à mes joueurs, ils n'étaient pas nés"

Didier Deschamps déroule sa carrière, du FC Nantes ("Ce club m'a tout donné") en passant par Marseille, après un intermède à Bordeaux, la Juventus Turin, Chelsea puis Valence… C'est à la Juve, entre 1994 et 1999, qu'il joue ses meilleures années, dans un club qu'il garde pour un modèle d'organisation. "Un rêve !" "Je m'y suis retrouvé comme un poisson dans l'eau. C'est ce que je voulais. Tu arrives, ça respire... Chaque personne est dans son rôle. Voilà, tout est réglé. Ce qui n'a pas empêché, grâce à Marcello Lippi [l'entraîneur de 1994 à 1999], avec cette obligation de résultat, d'avoir un esprit famille, une gestion humaine du groupe qui était fabuleuse. Je me rappelle des attentions, des repas qu'on faisait pour Noël. Voilà, c'est dit : c'est la Juve... il y a un esprit." Mais au-delà de cette organisation, "idéale", il y a les résultats. Trois titres de champion d'Italie (1995, 1997, 1998), une Coupe d'Italie (1995), la Ligue des champions (1996)...  "Faire match nul, là-bas, c'est un désastre. Et la défaite, c'est un cataclysme !  Mais c'est bien, ça..."

Cette expérience de joueur a nourri sa carrière d'entraîneur. "Ma première vie de joueur me sert. Moi, je n'en parle jamais aux joueurs. Déjà, ils n'étaient pas nés, donc ça ne les concerne pas. Mais c'est quelque chose qui m'a toujours servi dans ma carrière d'entraîneur ou de sélectionneur." 103 sélections, plus de cent fois entraîneur de l'équipe de France… Didier Deschamps savoure, mais pour lui, ce n'est pas l'heure des bilans. "Je ne vais pas m'arrêter pour me dire : ouah ! Qu'est-ce que tu as fait… Ce qui m'intéresse, c'est aujourd'hui, demain, et ce qui est devant nous." Comment qualifierait-il ce record en tant que sélectionneur de l'équipe de France ? "C'est bien. Incroyable ? Je ne sais pas. Personne ne l'a fait, mais je ne suis pas là pour être unique et les records sont là pour être battus. J'avais battu le record de sélections en tant que joueur, depuis il y en a d'autres qui ont fait beaucoup mieux."

"Le Qatar en 2020, ça ne me déplairait pas"

Les records passent, mais la motivation, elle, reste intacte. "Si l'envie diminue, je dirai stop. Je n'ai pas l'habitude de faire les choses à moitié. Mais même si elle est intacte, si je n'ai plus les résultats, je serais logé à la même enseigne que tout autre entraîneur ou sélectionneur. C'est les résultats qui permettent de pouvoir durer !" Jusqu'à la Coupe du monde au Qatar, en 2022 ? "Je ne me pose pas la question. Aujourd'hui, c'est objectif Euro 2020. Ça ne me déplairait pas, mais je suis réaliste, aussi... Aujourd'hui, il n'y a que l'Euro qui compte."

Aujourd'hui, Didier Deschamps fait partie d'un club très fermé. Comme Franz Beckenbauer et Iker Casillas, il cumule Coupe du monde, Euro et Ligue des champions, en tant que joueur. Et comme Zagallo et Franz Beckenbauer, il a remporté la Coupe du monde en tant que joueur puis en tant qu'entraîneur. "Forcément, la table est petite… l'addition sera moins élevée ! s'amuse-t-il. C'est un privilège de faire partie de cette catégorie-là."

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