Coupe du monde : on a vécu France-Nigeria dans la voiture-bar du TGV

Des voyageurs d\'un TGV Paris-Strasbourg tentent de suivre le match France-Nigeria sur un téléphone, le 30 juin 2014.
Des voyageurs d'un TGV Paris-Strasbourg tentent de suivre le match France-Nigeria sur un téléphone, le 30 juin 2014. (YANN THOMPSON / FRANCETV INFO)

Comment suit-on un huitième de finale de Mondial, avec son équipe nationale, quand on est enfermé dans un train pendant plus de 90 minutes ? La réponse ici.

17h50, lundi 30 juin, dans le TGV qui vient de quitter Paris direction Strasbourg. Pas l'ombre d'un drapeau bleu-blanc-rouge en voiture 14. N'y a-t-il personne à bord pour suivre le huitième de finale de la France contre le Nigeria en Coupe du monde ? Les supporters n'en mènent pas large. Avant de sortir le maquillage, encore faut-il capter la 3G.

"Il y a du wifi dans certains trains, mais ici, c'est la misère", lâche une voix. Attablés face à la fenêtre dans la voiture-bar, deux jeunes Angevins, rivés sur leur téléphone, se lamentent sur leur sort. L'un peine à dépasser le stade des publicités sur l'application vidéo de TF1, l'autre a déjà renoncé à suivre la rencontre sur l'application TV d'Orange. "On pourrait tenter la radio, mais il n'y a pas l'image", note Edouard, perspicace.

Contrôle des billets (et du score)

Les deux amis, mécaniciens poids lourds, sont prisonniers de ce train, qui doit les emmener à Strasbourg, pour une formation en Allemagne, au siège de leur entreprise, Mercedes-Benz. Autre prisonnier : Rémy, le contrôleur français de ce TGV, accompagné de son collègue allemand. "Mon fils me tient informé de l'évolution de la situation par SMS", sourit Rémy, tout en promettant une annonce au micro à chaque but.

N'empêche qu'on ne dit pas non à quelques images. Très vite, l'audience s'étoffe et de nouveaux amateurs de ballon rond se joignent au petit groupe. De premières images du match s'affichent enfin sur l'appli TF1. Derrière les pixels, on devine un score nul de 0-0. 20e minute de jeu à Brasilia, en rase campagne champenoise.

Plateau télé

L'écran tant scruté s'éteint, trahi par sa batterie. Un aller-retour pour ramener le chargeur, et l'opération survie est lancée. Le patron du bar fournit la prise, le téléphone est planté dans le panier de confiseries, et chacun espère, plus qu'un but de la France, au moins cinq minutes d'images sans interruption. Las, c'est l'heure de la mi-temps. Evidemment, les pubs marchent.

Cherchez l\'intrus...
Cherchez l'intrus... (YANN THOMPSON / FRANCETV INFO)

A la reprise, les espoirs nés du service TV de Bouygues, sur le téléphone d'un serveur de la voiture-bar, sont douchés par une succession de tunnels. Des voyageurs tentent de contourner le groupe pour commander un snack au bar. "N'achetez pas ce gateau, il nous sert de cale", leur lance un Angevin. Il s'interrompt : "On a une image ! Elle est fixe, mais on va y arriver..." Le patron des lieux, lui, rit jaune : "Regardez-moi cette clientèle" pas du tout passionnée par la carte du bar.

"But de Pogba !"

Alors que des voyageurs allemands s'enquièrent du score, chacun commence à surveiller sa montre. Arrivera-t-on à Strasbourg avant la fin du match, pour en regarder les dernières minutes sur un écran fonctionnel ? Le contrôleur français, de retour de sa tournée (avant son collègue allemand, visiblement moins pressé de suivre le match), annonce dix minutes de retard.

La sonnerie du téléphone de l'agent retentit. Stupeur dans l'assistance. Qu'annonce le fiston ? "But de Pogba !" Tous les regards se tournent vers les écrans, qui finissent par afficher l'action en léger différé. La bonne nouvelle se propage dans le train quand le contrôleur allemand se mue en commentateur sportif, pour une annonce en français, allemand et anglais.

A peine le temps de célébrer l'ouverture du score que la France double la mise, en direct dans la voiture 14. Une deuxième annonce trilingue, et le TGV entre en gare de Strasbourg. Le wagon se vide, laissant les voyageurs allemands poursuivre leur route jusqu'à Stuttgart, avant le match de leur équipe, à 22 heures, contre l'Algérie. Eux, au moins, n'auront pas à suivre le match dans un train.