Coupe du monde 2018 : le chant "It's Coming Home", de la parodie à l'hymne de toute une nation

Des supporters anglais suivent la rencontre entre leur équipe et la Tunisie, le 18 juin à Volgograd (Russie).
Des supporters anglais suivent la rencontre entre leur équipe et la Tunisie, le 18 juin à Volgograd (Russie). (MAXIM ZMEYEV / AFP)

Dans les rues anglaises, sur les réseaux sociaux et même sur le gilet du sélectionneur... Cet hymne plein d'autodérision, composé en 1996, est partagé à l'envi par des millions de supporters anglais. Mais cette fois-ci, alors que la Three Lions affronte samedi la Suède en quart de finale, c'est du sérieux. 

C'est le tube du moment dans les pubs londoniens : It's Coming Home. Convaincus du potentiel de leur équipe, qualifiée pour les quarts de finale face à la Suède, samedi 7 juillet, les supporters anglais répètent en boucle le slogan de toute une nation dans cette Coupe du monde.

Un emprunt direct à la chanson Three Lions des comédiens David Baddiel et Frank Skinner et du groupe Lightning Seeds, sortie avant l'Euro 1996 en Angleterre. Les sujets de sa Majesté célébraient alors le retour du football au pays, trente ans après la Coupe du monde de 1966. Mais hélas, le sport est ingrat. Les Anglais furent éliminés en demi-finale par l'Allemagne.

Entre l'autodérision et l'optimisme béat

Ce chant revient de loin. Il débute avec des commentaires de défaite sur un air de violoncelle. De quoi plomber le plus chaud des supporters. Lors de l'Euro, la musique n'est d'ailleurs pas diffusée à Wembley jusqu'à la victoire contre l'Ecosse (2-0) en phase de poules. "C'était à la fin du match, se souvient Frank Skinner (en anglais). Toute la foule l'a vraiment chantée [...]. Apparemment la fédération anglaise ne voulait pas que le DJ la diffuse, mais il l'a quand même fait". Le chant sera repris lors de tous les matchs, jusqu'à l'élimination. Un tube est né. De nouveaux enregistrements sont même sortis en 1998 et en 2010, avec le renfort de Robbie Williams.

Losers sympathiques et amoureux déçus reprennent épisodiquement cet hymne à la gloire des espoirs contrariés. "C'est une chanson qui raconte combien nous perdons souvent", résume David Baddiel, dans un programme de la BBC (en anglais). Le chant de ralliement semble avoir pris une nouvelle dimension cette année. Les Three Lions ont ainsi vaincu leur malédiction des tirs aux buts face à la Colombie lors des 8es de finale. Conséquence ? Une nation galvanisée et un record d'écoutes pour la chanson sur Spotify. Mieux, le tube a réintégré le top 40 anglais.

"Ils savent simplement, ils en sont sûrs, que l'Angleterre va se faire sortir [...], se lamente la chanson. Tant de blagues, tant de ricanements". L'ancien international Gary Lineker, lui, tient à mettre les choses au clair. Inutile d'y voir une quelconque arrogance de nos amis anglais. Si les fans sont dingues de cette chanson, c'est avant tout par autodérision.

Comme lors de chaque grand tournoi, le refrain résonne tout de même comme une revanche sur le passé : l'Angleterre va gagner. Les mèmes (ces détournements parodiques) ont fleuri sur les réseaux sociaux et l'entreprise Huawei a même plaqué la petite phrase sur le gilet du sélectionneur Gareth Southgate, dans un photomontage qui a trompé son monde. Même l'attaquant Jesse Lindgard semble y croire, en détournant sa propre photo sur les réseaux sociaux.

Un outil pour mesurer le pouls des espoirs anglais

N'en déplaise à Gary Lineker, les Anglais ont rarement paru aussi confiants. Peu importe si la compétition a lieu en Russie, si loin de la maison, à 3 000 kilomètres de Londres. Tant pis également si les supporters anglais s'emmêlent un peu dans les paroles, rappelle The Independent (en anglais). Il n'est pas rare de croiser un Anglais en train de chanter "Jewels Remain Still Gleaming" ("Les bijoux brillent encore") au lieu de "Jules Rimet Still Gleaming" ("Jules Rimet brille encore"). Une référence au Français qui a donné son nom au trophée remis lors des premières éditions de la Coupe du monde, et donc à l'Angleterre en 1966.

"Taxi, s'il vous plaît."
– (...)
"Oui, c'est pour le football."
– (...)
"A la maison."

Certains vont encore plus loin. Pour le site Verdict (en anglais), le succès cyclique de cette chanson permettrait même de mesurer le pouls de cette nation de football et son optimisme. Cette année, les recherches internet associées aux termes "football's coming home" ont littéralement explosé après le 6-1 infligé au Panama, selon les résultats consultés sur Google Trends. Il y a quatre ans, à l'inverse, le soufflé était retombé aussitôt après la défaite inaugurale contre l'Italie.

Le succès retentissant de Three Lions en 2018 annonce-t-il une victoire ? Le bon feeling des supporters est-il justifié cette année ? Personne n'est obligé de croire au miracle. Pour la revue The Economist (en anglais), au contraire, la chanson permet de saisir "le masochisme des supporters anglais". Comprendre ici : un cycle qui transforme la déception amère en optimisme, les semaines qui précèdent l'événement. Que les Anglais se rassurent : en cas d'échec en Russie, ils pourront toujours ressortir ce tube au prochain Euro, au prochain Mond... à l'avenir. L'histoire d'un éternel recommencement.