Classement des prénoms : "Les Léa d’aujourd’hui sont les Josette de demain"

Les prénoms les plus donnés permettent de définir une carte des goûts et des dégoûts des parents.
Les prénoms les plus donnés permettent de définir une carte des goûts et des dégoûts des parents. (RENAUD CANDELIER / FRANCE-BLEU AUXERRE)

Selon Baptiste Coulmont, professeur de sociologie, la popularité des prénoms Kylian et Aya, parmi les plus donnés en 2018, expliquent les goûts et références culturelles des parents.

L'Insee a publié son classement annuel des prénoms les plus donnés en 2018 en France : Gabriel et Emma demeurent les prénoms les plus populaires. Les prénoms courts en "a" deviennent également des valeurs sûres. "Les Léa d’aujourd’hui sont les Josette de demain" a estimé mardi 13 août, sur franceinfo, Baptiste Coulmont, professeur de sociologie de l’Université Paris 8, auteur notamment de La Sociologie des prénoms parue aux Éditions La Découverte. "On peut aussi prévoir à 20 ans de distance que les prénoms en "a" pour les filles finiront par passer de mode et que d’autres terminaisons prendront le relais" a-t-il précisé.

franceinfo : Les prénoms Kylian et Aya, faisant référence au footballeur Kylian Mbappé et à la chanteuse Aya Nakamura ont davantage été donnés en 2018 qu'en 2017. Est-ce que ça vous étonne de voir dans cette liste des prénoms de footballeurs ou de chanteuses ?

Baptiste Coulmont : Non pas du tout. Depuis que les prénoms ne sont plus transmis des grands-parents aux petits-enfants, les parents se basent sur leurs goûts et sur les références culturelles qu’ils connaissent. Il y a des dizaines de milliers de prénoms en circulation et le prénom le plus donné, il est donné à 1% des petits garçons ou des petites filles. 99% ne se sont pas appelés Gabriel l’année dernière. Il y a un émiettement qui a explosé dans les années 1990 et au début des années 2000. Depuis quelques années, ça n’augmente plus vraiment parce que les prénoms sont déjà très divers. Il n’y a plus vraiment de nouveaux prénoms qui sont créés.

Gabriel et Emma restent en tête du classement depuis plusieurs années. Comment expliquez-vous ces tendances qui durent ?

Les prénoms en "ette" pour les filles sont un peu démodés : Claudette et Josette ne sont plus donnés. Les prénoms en "ine" ou en "ie", Sophie, Nathalie, étaient donnés à une autre génération. Aujourd’hui les prénoms en "a" restent possibles pour signifier la nouvelle génération. Les Léa d’aujourd’hui sont les Josette de demain. Les goûts des parents sont le seul critère, c’est ça qui est très intéressant. On peut avoir une idée de ce qu’il y a dans la tête des personnes à un moment donné. Ce qu’ils aiment, c’est aussi surtout tout ce qu’ils n’aiment pas. Certains n’aiment absolument pas Kylian, Jordan, etc. et vont choisir d’autres prénoms. Donc on arrive à avoir une carte des goûts et des dégoûts.

Que pouvez-vous prédire pour les futures tendances ?

Cela fait une petite dizaine d’années que Kylian chute, il y a eu une petite hausse mais on peut prévoir une chute des Kylian dans les années suivantes. On peut aussi prévoir à 20 ans de distance que les prénoms en "a" pour les filles finiront par passer de mode et que d’autres terminaisons prendront le relais. On peut prévoir dans une échelle de 50 ans une tendance à l’agrandissement des prénoms. La tendance au retour, elle est ancienne.

Dans les années 1950, les personnes trouvaient très intéressant le retour des prénoms médiévaux comme Nicolas ou Anne, qui avaient été un peu abandonnés et qui revenaient à la mode. On attend la mort des porteurs de prénom, la mort des grands-parents pour redonner au goût du jour les prénoms. On n’appelle pas son enfant avec un prénom de grand-père. Dès que les prénoms sentent la mort, on ne les remet pas en circulation. On attend que la personne meure : le prénom n’est plus associé à une vieille personne mais à un souvenir familial et là on peut le remettre en circulation.

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