"Les Herbiers-PSG, un match allégorique entre la formalité et le rêve, entre le Qatar et le terroir", selon Philippe de Villiers

Philippe de Villiers lors de la demi-finale de Coupe de France entre Les Herbiers et Chambly, le 18 avril au stade de la Beaujoire, à Nantes.
Philippe de Villiers lors de la demi-finale de Coupe de France entre Les Herbiers et Chambly, le 18 avril au stade de la Beaujoire, à Nantes. (MAXPPP)

L'ancien président du conseil général de Vendée défend bec et ongles les couleurs du club de son département avant le choc de la finale de la Coupe de France, ce soir. Il ressent beaucoup de fierté et nous raconte ce qu'il a dit aux joueurs avant la rencontre.

"Le dernier panache" ou "Les grandes eaux" ? Ces deux attractions du Puy du Fou pourraient bien résumer la finale de la Coupe de France entre Les Herbiers (Vendée) et le PSG. Justement, le fondateur du célèbre parc vendéen, Philippe de Villiers, a distillé quelques conseils aux joueurs à l'issue de leur dernier entraînement, dans une salle de réunion de l'hôtel Mercure de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), mardi 8 mai.

Contacté par franceinfo, l'ancien président du conseil général de Vendée fait le point sur une rencontre a priori déséquilibrée. Certes, Philippe de Villiers a peu d'illusions sur l'issue du match, mais le parcours des siens lui inspire beaucoup de fierté. "Je suis en train de brandir mon écharpe en vous parlant", s'enflamme-t-il.

Franceinfo : Qu'avez-vous dit aux joueurs des Herbiers ?

Philippe de Villiers : Je leur ai dit : "Vous avez réalisé un très grand rêve, savourez-le dans l'instant parce que ce rêve est maintenant gravé en lettres d'or sur le marbre de l'histoire du football français. Et la différence entre un rêve et votre rêve, c'est qu'un rêve s'éteint quand on se réveille, alors que le vôtre ne cessera de résonner en vous. Vous pouvez savourer non seulement l'instant pendant lequel vous êtes en train de fabriquer de grands souvenirs pour le restant de votre vie, mais vous pouvez savourer les lendemains de cette victoire qui est tout sauf une parenthèse." Pour le club, c'est un "gîte d'étape" [avec cette place de finaliste, Les Herbiers vont remporter 1,5 million d'euros brut alors que le budget du club est de 2 millions], et pour chacun des joueurs, c'est une sorte de Légion d'honneur. Je leur ai dit : "Vous aurez été là le 8 mai 2018 !".

Vous comptez forcément sur le soutien populaire ?

Je leur ai aussi dit : "Ce soir, vous allez jouer à domicile. Vous serez douze contre onze" parce que nous savons quelle est la composition du stade : 30 000 Vendéens. Je leur ai dit : "Ce qui guette l'équipe d'en face, c'est l'excès de confiance et ce qui vous guette, c'est l'excès de timidité. Ne vous laissez pas impressionner et entrez sur le terrain avec un regard de feu, des jambes de feu et le feu au cœur. Faites-les douter !" Je leur ai aussi dit qu'ils étaient de formidables ambassadeurs pour la Vendée. Qu'ils en soient remerciés.

Qui a eu l'initiative de cette rencontre entre vous et les joueurs ?

J'ai déjeuné avec le président [du club] Michel Landreau et l'entraîneur Stéphane Masala la semaine dernière. Je leur ai raconté que, quand j'étais enfant et que je jouais au foot [à Boulogne, en Vendée], mes copains baissaient la tête, car c'était une honte d'être vendéen – on nous appelait même les "Ventrachoux". C'est là que j'ai dit à mon père que je consacrerais ma vie à leur faire relever la tête. C'est pour ça que j'ai fait le Vendée Globe, mais surtout le Puy du Fou : pour rendre leur fierté aux Vendéens. Nous étions dans un trou et, avec toutes nos récompenses, nous sommes sur le toit du monde. Le miracle est donc possible, nous l'avons réalisé. Le président et le dirigeant m'ont donc demandé de venir parler aux joueurs.

Que représente cette compétition à vos yeux ?

La Coupe de France, c'est la possibilité pour le petit d'égaler le grand. C'est la soupape de sécurité du foot français, qui a évolué de l'idée de talent à l'idée d'argent. Quand j'étais jeune, si on n'avait pas d'argent mais du talent, on pouvait gagner. Aujourd'hui, il faut de l'argent pour avoir du talent, sauf dans ce caisson de respiration, cette bouffée d'oxygène, que représente la Coupe de France. Je regrette que la demi-finale [entre Chambly et Les Herbiers] n'ait pas été diffusée en clair à la télévision. J'y vois de l'arrogance et un manquement de l'égalité portée par cette compétition, qui est un emblême.

Le chanteur Philippe Katerine a dédié une chanson au club. Il évoque "tous ces peuples massacrés qui n'ont jamais su oublier la Vendée"...

Il a raison. Je trouve sa chanson super. La Vendée est un peuple qui a souffert, mais qui a sublimé sa souffrance. Les Vendéens n'ont pas fait de leur souffrance une occasion d'amertume, mais de sublimation. C'est aussi ce que j'ai dit aux joueurs. Il s'agit d'un match allégorique entre l'ogre et le Petit Poucet, entre Paris et la province, entre le Qatar et le terroir, entre la formalité et le rêve, entre le foot mercenaire et le foot 'tripal'.

Vous ne craignez pas une lourde défaite ?

Si le PSG gagne avec moins de trois buts d'écart, les supporters diront que ses joueurs ont manqué de souffle et d'ambition et les critiqueront. S'ils gagnent par quinze buts d'écart, tout le monde leur en voudra pour leur arrogance.

Vous croyez sincèrement à l'exploit ?

Si je vous dis oui, vous allez éclater de rire. Si je vous dis non, je vais désespérer les joueurs, alors advienne que pourra. Je vais m'en tirer avec une pirouette : 'A Vendéen, rien d'impossible.' Et puis, il y une différence entre les deux clubs. Si le PSG gagne, les joueurs auront des primes en dollars et nous, nous aurons un coup à boire [Une chanson dit : "Les Vendéens sont pas si fous, partiront pas sans boire un coup"].

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