Attribution de la Coupe du monde au Qatar : Michel Platini "a vite compris la consigne de vote" estime l'un de ses biographes

Michel Platini après sa garde à vue le 18 juin. 
Michel Platini après sa garde à vue le 18 juin.  (JULIEN DE ROSA / EPA)

Jean-Philippe Leclaire, directeur adjoint de la rédaction de l'"Equipe", a réagi à la fin de garde à vue de Michel Platini dans le cadre d'une enquête pour corruption. 

"Il y avait des enjeux à la fois sportifs et extra-sportifs" dans l'attribution des mondiaux de foot au Qatar en 2022, a assuré sur franceinfo mercredi 19 juin Jean-Philippe Leclaire, directeur adjoint de la rédaction de l'Equipe alors que Michel Platini a été placé en garde à vue dans ce dossier mardi. L'ancien président de l'UEFA, ressorti libre dans la soirée, a été entendu dans le cadre d'une enquête pour corruption. Il est soupçonné d'avoir changé son vote au profit du Qatar et provoqué le changement de celui de trois autres membres de l'UEFA après un déjeuner, qui s'est tenu peu de temps avant le vote. "Que Nicolas Sarkozy ait cherché à influencer le vote, c'est acquis", a affirmé l'auteur du livre Platoche.

franceinfo : On évoque un déjeuner à l'Élysée, censé rester secret, qui a eu lieu neuf jours avant le vote pour l'attribution de la Coupe du monde. Qui est autour de la table ?

Jean-Philippe Leclaire : On est certains qu'il y avait Nicolas Sarkozy, Michel Platini, le prince héritier du Qatar - qui depuis est devenu l'émir - et son Premier ministre. Après, il y a des doutes. Michel Platini affirme qu'il y avait aussi Claude Guéant. Ce dernier dit qu'il était là au début mais qu'après il est parti. Michel Platini assure aussi qu'il y avait Sophie Dion, la conseillère sport de Nicolas Sarkozy. Elle dit qu'elle n'y était pas. On a même dit qu'il y avait aussi M. [Sébastien] Bazin, qui était à l'époque le président du PSG.

Les enquêteurs soupçonnent Nicolas Sarkozy d'avoir fait pression sur Michel Platini ce jour-là pour qu'il vote pour le Qatar. Quel aurait été son intérêt ?

On sait que Nicolas Sarkozy a toujours été très proche du Qatar. A l'époque, il y avait des enjeux à la fois sportifs et extra-sportifs. Les enjeux sportifs étaient évidemment l'attribution de la Coupe du monde mais aussi l'avenir du PSG, puisqu'il a été racheté sept mois plus tard par les Qataris, et l'arrivée de la chaîne beIN Sports en France qui troublait un peu le jeu. Il y avait également une prise de participation d'un fonds de pension qatari dans Veolia. Ce n'était donc pas que du sport, que du ballon.

Ce mercredi matin, dans les colonnes de votre journal, le patron déchu de la Fifa, Sepp Blatter, redit qu'il s'agit bien, pour lui, d'une intervention politique française qui a fait pencher la balance en faveur du Qatar. Pourquoi ?

Que Nicolas Sarkozy ait cherché à influencer le vote, c'est acquis. Après, Michel Platini a toujours dit qu'il n'avait pas reçu un ordre formel de la part de Nicolas Sarkozy mais qu'effectivement il y avait eu un message subliminal. Ce message était plus que subliminal puisque Michel Platini arrive à la table de l'Elysée - c'est lui qui avait demandé à voir Nicolas Sarkozy - et se rend compte qu'il y a le prince héritier, son Premier ministre... Il n'est donc pas complètement idiot et il a vite compris quelle était la consigne de vote.

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