Attribution des Droits TV des coupes d'Europe à SFR : "un vrai pari surtout quand on voit le prix payé"

Le logo de la nouvelle chaîne de SFR, le 11 mai 2017. Image d\'illustration. 
Le logo de la nouvelle chaîne de SFR, le 11 mai 2017. Image d'illustration.  (ERIC PIERMONT / AFP)

Richard Sénéjoux, grand reporter à Télérama, était l'invité de franceinfo pour évoquer les droits de retransmission télévisée des coupes d'Europe de football. 

SFR a remporté la totalité des droits de retransmission télévisée en France de la Ligue des champions et de la Ligue Europa de football pour la période 2018-2021, moyennant environ 370 millions d'euros par an.

Sur franceinfo, Richard Sénéjoux, grand reporter à Télérama, estime qu'il s'agit d'un "vrai pari" et que "pour que ça soit rentable, il va falloir chercher des abonnés".

franceinfo : Est-ce un coup dur pour Canal+ et BeIN, les actuels diffuseurs ?

Richard Sénéjoux : Le coup dur c'est principalement pour BeIN. Leur offre premium de football reposait essentiellement sur les matches de la Ligue des champions, ils avaient quasiment la totalité des matches. Canal n'en avait plus que quinze, et même pas les meilleures affiches. BeIN a 3 millions d'abonnés mais perd encore beaucoup d'argent. Les pertes cumulées atteignent un milliard d'euros depuis le lancement de BeIN en 2012. Sans ce produit d'appel de la Ligue des champions, ça va être très compliqué pour la chaîne qatarie.

Comment interpréter la stratégie du propriétaire de SFR Patrick Drahi ?

C'est logique dans sa stratégie de convergence, c'est-à-dire à la fois les tuyaux et les contenus. Patrick Drahi est opérateur de SFR, et pour attirer des abonnés pour ses offres télécoms et mobiles, il faut des contenus premium. Il a tenté le coup en achetant les droits de la Premier League anglaise, il a payé 100 millions d'euros par an, le triple de ce que payait Canal +, et pour l'instant ça n'a pas eu de succès puisque les abonnés n'ont pas accouru par centaines de milliers.

SFR peut-il réussir à attirer de nombreux abonnés avec cette nouvelle offre comme BeIN Sport avait réussi à le faire ?

La différence avec BeIN Sport, c'est que vous pouviez l'acheter toute seule, ce n'était pas lié à son opérateur. Pour l'instant SFR Sport n'est disponible quasi essentiellement qu'avec SFR. L'idée c'est que ces contenus premium obligent les gens à changer d'opérateur. C'est un pari. Patrick Drahi s'inspire pas mal de ce qui s'est fait en Grande-Bretagne chez British Telecom mais c'est un marché différent. Les droits ont beaucoup changé, les gens ont l'habitude de changer de crèmerie, mais en France il y a une inertie assez forte. C'est un vrai pari surtout quand on voit le prix payé. Donc pour que ça soit rentable, il va falloir en chercher des abonnés.