Affaires Boli et Ribéry : le foot encore sur le banc des accusés

Basile Boli lors d\'une conférence de presse de son association ERA (Entreprendre et réussir en Afrique), le 24 octobre 2007, à Paris.
Basile Boli lors d'une conférence de presse de son association ERA (Entreprendre et réussir en Afrique), le 24 octobre 2007, à Paris. (CHAUVEAU NICOLAS/SIPA)

L'actualité footballistique du jour, c'est le passage au tribunal des deux joueurs, dans deux affaires distinctes. Le foot d'aujourd'hui se joue-t-il davantage devant les tribunaux ?

Une fois encore, le football est sur le banc des accusés, mardi 2 juillet. Basile Boli, ancien joueur d'Auxerre et de l'OM, est accusé de s'être servi dans la caisse de son association de soutien aux entrepreneurs africains. Quant à Franck Ribéry, il est accusé de diffamation par son ancien agent, Bruno Heiderscheid, pour des propos tenus dans France Football en 2010. De quoi corroborer le sentiment que l'actu du foot se passe désormais à 50% dans les prétoires, et à 50% sur le terrain. Impression fausse ?

Les voies de fait

Même les incidents impliquant des footballeurs peu connus font les gros titres. José-Karl Pierre Fanfan (ex-PSG et Lens) s'est battu avec l'entrepreneur à qui il avait confié la rénovation d'un immeuble. Nicolas Plestan (ex-Lille) a brandi un revolver factice sous le nez d'un automobiliste. Ou encore le Brésilien Edmundo a saoulé son chimpanzé domestique. Pas une semaine ne se passe sans qu'un footballeur ou un retraité des terrains ne voie son nom dans la rubrique des faits divers. Le Guardian (en anglais) remarque même qu'au Brésil, la police n'hésite plus à arrêter les footballeurs sur le terrain.

C'était mieux avant ? Quantitativement, oui. On entendait beaucoup moins le nom des footballeurs dans des affaires judiciaires. Il fallait faucher mortellement le prix Staline de chimie, comme le malheureux footballeur soviétique Youri Sevidov en 1964, pour avoir droit aux gros titres des journaux. Autre différence : la moins grande complaisance des médias. Comme pour la prostitution, une "omerta journalistique" entourait auparavant les écarts de conduite des champions. Il faut dire qu'à l'époque, personne ne voyait en eux des exemples pour la jeunesse.

La fraude fiscale

Dernier cas en date, Lionel Messi. Le quadruple Ballon d'or est accusé d'avoir eu recours à des sociétés écran pour dissimuler ses juteux droits d'image au fisc

C'était mieux avant ? Pas vraiment. L'affaire de la caisse noire de l'AS Saint-Etienne a durablement ébranlé le foot français. Jusqu'au milieu des années 80, des joueurs verts - Platini, Larios, Battiston... -  touchaient une partie de leur salaire en liquide, sans que le fisc n'en sache rien."Cette foutue caisse noire, je l'ai faite pour être à égalité avec les autres clubs. Je savais bien comment certains faisaient pour acheter leurs joueurs. Pour que Saint-Etienne reste au sommet, j'ai voulu en faire autant. C'était une erreur", se justifiera le président de l'époque Roger Rocher. 

Existe aussi en version Bordeaux, sous la présidence de Claude Bez, puis à l'OM et au PSG dans les années 1990-2000.

Les scandales sexuels

Rien qu'en équipe de France, plusieurs cadres de l'équipe, comme Franck Ribéry ou Karim Benzema, sont impliqués dans l'affaire Zahia ; l'ailier Loïc Rémy est mis en examen pour une affaire de viol, alors que l'attaquant Bafétimbi Gomis devrait s'en sortir par un non-lieu, dans une affaire de viol également. Titulaire incontournable dans l'équipe de France de Laurent Blanc, Yann M'Vila a vu sa carrière entachée par une série de faits divers impliquant des prostituées. 

C'était mieux avant ? On n'en sait rien. Jusque dans les années 80, les relations entre journalistes et joueurs sont si proches que peu d'infos fuitent sur leurs écarts de conduite. Mais ceux-ci n'étaient pas rares. Des clubs organisent même la prostitution pour canaliser leurs ouailles. Bernard Tapie, ex-président de l'OM, s'est vanté, sur Paris Première en 2006, de ses "lâchers de prostituées" sur les chambres d'hôtels des joueurs du club olympien, histoire que ces derniers ne fassent pas le mur. A l'époque, les joueurs ne constituent pas encore des cibles de choix pour des WAGs, des jeunes femmes dont l'objectif est, pour une partie d'entre elles, de tomber enceinte d'une pointure du ballon rond.

Les matchs truqués

La mafia de Singapour, alliée au milieu des Balkans, truque des matchs à l'aide d'intermédiaires chinois ? Ce n'est pas un mauvais feuilleton. Il s'agit du scandale qu'on découvre peu à peu depuis cinq ans. D'après des spécialistes des paris truqués, "il n'y a pas de ligne Maginot qui protège la France".

C'était mieux avant ? A l'époque où le foot était moins mondialisé, les scandales restaient cantonnés à un seul pays. Spécialiste du genre, l'Angleterre. Avec notamment le scandale de 1964. Quelques joueurs, menés par l'attaquant écossais Jimmy Gauld, ont truqué pendant des années des rencontres du championnat. Les salaires, sévèrement encadrés à l'époque, étaient tellement bas que Jimmy Gauld a vendu sa confession au Sunday People pour 7 000 livres. La justice le considérant comme le cerveau de l'affaire l'a condamné à quatre ans de prison et 5 000 livres d'amende.

Un sport de voyous, le football ? Allez dire ça... aux fans de foot américain. Là-bas, le Superbowl se dispute avec des joueurs en liberté conditionnelle, et à la fin des années 90, 32% des joueurs du championnat américain avaient un casier judiciaire, d'après une étude américaine. A côté, la Ligue 1, c'est le monde des Bisounours...

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