Mort de Raymond Poulidor : trois idées reçues sur l'"éternel deuxième" qui ne l'était pas si souvent que ça

L\'actrice et chanteuse Betty Mars embrasse un Raymond Poulidor victorieux, à l\'arrivée du Grand Prix du Midi Libre à Nîmes (Gard), le 17 juin 1973.
L'actrice et chanteuse Betty Mars embrasse un Raymond Poulidor victorieux, à l'arrivée du Grand Prix du Midi Libre à Nîmes (Gard), le 17 juin 1973. (AFP)

Le cycliste français, mort mercredi à 83 ans, laisse derrière lui un vaste palmarès, même s'il n'a jamais remporté le Tour de France.

Même dans les hommages, il n'y échappera pas. Le champion cycliste Raymond Poulidor, 83 ans, est mort, a annoncé le directeur du Tour de France Christian Prudhomme mercredi 13 novembre. Et à l'heure de saluer sa mémoire, certains n'ont pas manqué d'ironiser sur son image de perdant magnifique, éternellement cantonné à la deuxième place, rappelant ce trait d'esprit attribué à son rival et ami Jacques Anquetil sur son lit de mort : "Il te faudra encore te contenter de la deuxième place. Je vais partir le premier."

Cette image est une des raisons de l'attachement que lui portaient les Français, lui qui devançait Anquetil dans les faveurs du public. Mais elle occulte un peu le grand talent de Raymond Poulidor. A-t-il vraiment tout perdu dans sa carrière ? Etait-il même si souvent deuxième ? Et Anquetil était-il vraiment son seul rival ? Franceinfo revient sur ces trois idées pas si justes.

Il a souvent été premier...

C'est vrai, Raymond Poulidor n'aura jamais gagné le Tour de France, en 14 participations, se contentant de sept victoires d'étapes et de trois victoires au classement par équipes. Mais il laisse derrière lui un sacré palmarès, dont une victoire dans un autre grand Tour, celui d'Espagne, en 1964. Une année où il termine aussi dauphin de la Grande Boucle.

Le cycliste a également remporté de grandes courses, comme Milan-San Remo (1961), la Flèche wallonne (1963), deux critériums du Dauphiné (1966 et 1969) et Paris-Nice deux années de suite (1972 et 1973). Champion de France sur route en 1961, il terminera quatre fois sur le podium du championnat du monde (en bronze en 1961, 1964 et 1966, et en argent en 1974)... Ce qui n'est pas rien mais conforte, il est vrai, son image d'éternel deuxième.

... et sur le Tour, il a plus souvent fini troisième

Toujour cité parmi les favoris du Tour de France, mais jamais gagnant, Raymond Poulidor a sans doute mérité son image d'"éternel deuxième", de l'aspirant à la victoire qui échoue toujours près du but. Mais en pratique, il n'a pas si souvent fini sur la deuxième marche du podium, n'occupant cette place qu'à trois reprises, en 1964, 1965 et 1974. Il est vrai qu'il s'agit d'échecs marquants, 1964 étant l'année de la dernière victoire de Jacques Anquetil, et 1965 celle où Poulidor laisse filer l'occasion de l'emporter en l'absence de son rival.

Sur le Tour de France, Raymond Poulidor était plutôt l'"éternel troisième", une place qu'il a occupée cinq fois, de sa première participation (1962) à la dernière (1976), ainsi que sur les éditions 1966, 1969 et 1972. Il est d'ailleurs, de loin, le coureur qui a le plus souvent terminé à la troisième place de la Grande Boucle. 

Le surnom d'"éternel deuxième" irait mieux au Néerlandais Joop Zoetemelk (six fois) ou à l'Allemand Jan Ullrich (cinq fois)... Si ce n'est que tous deux ont déjà été vainqueurs de l'épreuve. Poulidor reste, il est vrai, le cycliste qui est arrivé le plus souvent deuxième du Tour sans jamais le remporter. Et le recordman absolu du nombre de podiums, alors qu'il n'est jamais monté sur la plus haute marche.

Jacques Anquetil n'est pas le seul à l'avoir souvent battu

Anquetil premier et Poulidor deuxième : ce scénario gravé dans les mémoires ne s'est pourtant produit qu'une seule fois, sur le Tour 1964. Et les deux coureurs, aux destins pour toujours liés, ne sont affrontés que lors de quatre éditions, entre 1962 et 1966.

Tandis que la carrière de Jacques Anquetil décline, celle de Raymond Poulidor, plus jeune de deux ans, se prolongera encore d'une décennie, le temps de se trouver d'autres rivaux. Il participera ainsi aux cinq éditions remportées par le géant belge Eddy Merckx, partageant trois fois le podium avec lui. Et il verra trois autres cyclistes français remporter le titre qui lui a toujours échappé : Lucien Aimar, Roger Pingeon et Bernard Thévenet. Sans jamais, cependant, arriver à la cheville de "Poupou" dans la mémoire des Français.

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