"On se sentait intimidé vis-à-vis de ce garçon qui souriait rarement" : l'ancien journaliste de F1 Patrick Grivaz raconte ses souvenirs de Niki Lauda

Niki Lauda lors d\'une course en 1977, un an après son accident et sa greffe du visage. 
Niki Lauda lors d'une course en 1977, un an après son accident et sa greffe du visage.  (SVEN SIMON / SVEN SIMON)

L'ancien journaliste de franceinfo et France Inter a cotoyé le champion du monde à partir de 1982 sur les circuits. 

Niki Lauda avait "cet extraordinaire courage qui défie l'entendement", a réagi sur franceinfo mardi 21 mai Patrick Grivaz, ancien journaliste qui a suivi la F1 de 1982 à 2013 pour Radio France, alors que le triple champion du monde est mort, à l'âge de 70 ans.

"La souffrance était monumentale"

Patrick Grivaz ne commentait pas le Grand Prix d'Allemagne en 1976 lorsque le pilote autrichien a eu son très grave accident. Niki Lauda est resté pris au piège dans sa voiture en feu. Il a été donné pour mort avant d'être lourdement opéré et greffé du visage notamment. "J'ai eu l'honneur de côtoyer Niki Lauda en fin de carrière", explique le journaliste. L'image que tout le monde garde c'est l'accident estime-t-il. "Il n'y a pas besoin d'être journaliste spécialiste de la F1 pour se souvenir de ce dramatique accident et surtout du fait que six semaines après avoir été défiguré, brûlé aux poumons et au visage, il reprenait la compétition", poursuit-il.

Malgré l'opération chirurgicale très importante et contre l'avis médical, Niki Lauda retrouve son bolide rapidement. "Les médecins disaient 'ce n'est pas possible, dans un délai si court de reprendre la compétition, vous risquez de perdre des morceaux de greffe, compte tenu de la chaleur sous la cagoule et sous le casque et des vibrations sur le circuit'. La souffrance était monumentale", poursuit Patrick Grivaz. 

Un regard glaçant qui "jugeait" son interlocuteur

Pourtant, Niki Lauda reprend bien la compétition et sera même de nouveau champion du monde, en 1984. Mais au-delà du phoenix, Patrick Grivaz retient aussi le professionnalisme de Niki Lauda. "C'était surtout un pilote pionnier, parmi les premiers pilotes à pousser à l'extrême le travail en dehors de la voiture. Ce n'était pas seulement un pilote rapide, talentueux. C'est un garçon qui travaillait énormément et en cela, il a largement inspiré les générations qui sont venues après", notamment Alain Prost qui a été son coéquipier pendant deux ans chez McLaren.

"C'était un garçon très, très pointilleux, très méticuleux qui s'intéressait énormément à l'aspect technique et technologique de la F1, qui ne laissait aucun détail au hasard", se remémore l'ancien journaliste. Il se souvient notamment des sacrifices faits par Niki Lauda. "La F1 et la compétition, c'était presque une ascèse" 

En revanche d'un point de vue humain, se souvient le journaliste, "c'était un garçon qui n'était pas très, très aimable, plutôt introverti, parfois 'réfrigérant'. En dépit de son opération, il avait un regard perçant, il jugeait, il jaugeait son interlocuteur. Je vous avoue qu'on se sentait peut-être intimidé faceà ce garçon qui souriait rarement", conclut Patrick Grivaz. 

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