Comment ne pas se faire doubler par son coéquipier en Formule 1

Le pilote anglais Lewis Hamilton asperge de champagne son coéquipier, allemand Nico Rosberg, le 22 juin 2014, sur le podium du Grand Prix d\'Autriche.
Le pilote anglais Lewis Hamilton asperge de champagne son coéquipier, allemand Nico Rosberg, le 22 juin 2014, sur le podium du Grand Prix d'Autriche. (HOCH ZWEI / AFP)

Nico Rosberg et Lewis Hamilton, qui évoluent tous les deux chez Mercedes, se livrent une bataille sans merci pour décrocher le titre de champion du monde. Et dans cette lutte, tous les coups sont permis.

"Le premier pilote que vous avez à battre, c'est votre coéquipier." Ce dicton en vigueur en Formule 1 est particulièrement vrai cette année dans l'écurie Mercedes, où les deux pilotes, Nico Rosberg et Lewis Hamilton, se disputent le titre de champion du monde. Une lutte où tous les coups sont permis.

Le dernier en date ? L'attaque suicide de Rosberg sur son coéquipier, dimanche 24 août, dès le deuxième tour du Grand Prix de Belgique. Non seulement le pilote allemand s'en est sorti, terminant 2e de la course, mais Hamilton a dû renoncer prématurément. Une crasse qui n'a rien d'inédit dans le monde de la F1. Francetv info livre les règles de bonne (ou de mauvaise) conduite à suivre pour survivre dans cet univers où l'égo est toujours en pole position.

Règle n°1 : Mettre hors circuit toute amitié au sein de son équipe

"Je n'ai jamais eu de coéquipier qui soit devenu mon ami. C'est impossible", confiait en 2001 Ralf Schumacher, le frère de Michael au Daily Mail (en anglais). L'ancien directeur de l'équipe McLaren, Ron Dennis, comparait la cohabitation entre deux ego sur-dimensionnés dans le même stand à un mariage, qui peut générer de la motivation mais aussi des frictions. Et même s'il ne se considère pas comme "un conseiller conjugal", Ron Dennis reconnaît, dans le blog du journaliste spécialisé Gerald Donaldson, qu'il doit souvent s'atteler à arrondir les angles pour maintenir une émulation positive.

Pourtant, l'association Hamilton-Rosberg avait tout pour réussir. Les deux hommes se connaissent depuis leur jeunesse et ont usé leurs fonds de culottes dans les mêmes compétitions de kart. "C'était une période très heureuse de ma carrière et de ma vie personnelle. On ne s'est jamais autant amusé que quand on courrait l'un contre l'autre, se souvient le pilote britannique dans le Guardian (en anglais). A l'époque, Nico utilisait son monocycle pour aller partout. Du coup, j'ai appris à m'en servir, et je suis devenu meilleur que lui !" Hamilton a même publié une photo des deux hommes sur Twitter, avec comme légende : "Nous sommes amis depuis très longtemps, on a eu des hauts et des bas. Aujourd'hui, on se parle et on reste cool."

Nico Rosberg s'était, lui, montré plus clairvoyant dans une interview donnée au début de la saison au Telegraph : "Plus on gagnera de courses, plus ce sera dur de maintenir notre amitié." Un photobomb particulièrement drôle d'Hamilton n'y a rien fait : les deux hommes sont à couteaux tirés, s'attaquent lors de chaque course et ignorent les consignes que leur donnent les responsables de leur équipe. 

Une rivalité qui rappelle celle qu'avait connue Alain Prost et Ayrton Senna au sein de l'équipe McLaren lors des saisons 1988 et 1989. En 1988, le pilote brésilien avait tassé son équipier contre le mur des stands du Grand Prix du Portugal, ce qui avait fait dire au Français, encore sous le choc : "Si tu veux tellement le championnat, prends-le." L'année suivante, Alain Prost accroche cette fois délibérément son adversaire lors du dernier Grand Prix pour s'assurer le titre. Ironie du sort : Mercedes a demandé des conseils au Français pour déminer le conflit Rosberg-Hamilton. "Je ne vous dirai pas ce que je leur ai dit", a éludé le quadruple champion du monde tricolore à Reuters (en anglais)

Règle n°2 : faire passer son équipier pour le méchant

 

A ce petit jeu, Lewis Hamilton est devenu un maître. Avec ses boucles d'oreilles, inhabituelles en F1, tout le désignait comme le "bad boy" par rapport à un Nico Rosberg au look de premier communiant. Qu'à cela ne tienne, il renverse la vapeur. Episode n°1 : faire pleurer dans les chaumières avec une interview confession au Guardian. "Je viens d'un endroit pas terrible, Stevenage, et j'ai dormi sur un canapé dans l'appartement de mon père..., glisse le pilote britannique. Pendant ce temps, Nico [fils du pilote finlandais Keke Rosberg, champion du monde 1982] a grandi à Monaco, au milieu des jets privés, des hôtels et des yachts. Si je commence à croire que Nico a plus faim de victoires que moi, je peux rentrer à la maison tout de suite."

Episode 2 : faire oublier ses propres fautes dans la guerre qui oppose les deux pilotes. Lui aussi a triché sur les réglages de son moteur, n'a pas écouté les consignes d'équipe... "Je ne suis pas le mauvais de la bande", s'est défendu Rosberg, sifflé par le public du Grand Prix de Belgique lors de la cérémonie du podium. Il n'y a plus guère que la presse allemande qui continue à soutenir mordicus le champion national. Le site d'info N-TV estime ainsi que "le passé a montré que les types sympas n'ont pas l'étoffe de champions du monde." 

Même Alain Prost a connu pareil revers de popularité. Alors pilote chez Renault, il est dominé par son équipier René Arnoux lors du Grand Prix de France 1981, alors que l'écurie avait annoncé publiquement qu'il devait être favorisé pour la course au titre. La bravade d'Arnoux, qui a refusé d'obéir aux consignes d'équipe, divise les fans français. Dans son autobiographie Vive ma vie, Alain Prost raconte s'être arrêté dans une station-service en rentrant chez lui après la course. Le pompiste le prend pour son rival. "Vous avez vraiment bien fait, Monsieur Arnoux, commente-t-il. Je suis vraiment content que vous ayez battu cette petite salope de Prost." Alain Prost décide de payer en liquide plutôt qu'en carte bancaire, et s'abstient de tout commentaire. Les fans avaient choisi leur camp. 

Règle n°3 : ne rien lâcher, même quand la course est terminée

Les rivalités entre équipiers ont fourni les anecdotes les plus savoureuses de l'histoire de la Formule 1. En 1993, Prost signe chez Williams en faisant écrire noir sur blanc dans son contrat que Senna ne peut pas être son coéquipier. Le Français récupère le baquet du pilote anglais Nigel Mansell... qui ne voulait plus entendre parler de Prost depuis une cohabitation houleuse chez Ferrari en 1990. 

James Hunt, aussi connu pour ses 5 000 conquêtes féminines que pour ses sorties de piste à répétition, n'aimait pas son coéquipier allemand Jochen Mass, qu'il surnommait "Hermann the German", y compris en sa présence. Lors du Grand Prix du Canada, en 1977, Hunt s'apprête à prendre un tour à Mass, quand celui-ci fait un écart et envoie la voiture de son équipier dans les barrières. Fou de rage, Hunt reste sur le bord de la piste, près de l'épave de sa voiture, brandissant un poing rageur à chaque passage de Mass. Et quand un commissaire de course lui demande de quitter le bord du circuit, il l'envoie au tapis d'un magnifique uppercut. Deux mille dollars d'amende plus tard, la rivalité Hunt-Mass est entrée dans la légende.

Même dans les écuries avec une hiérarchie clairement établie, il y a toujours une rivalité. Chez Ferrari, l'Irlandais Eddie Irvine, dont le caractère était aux antipodes de celui de Michael Schumacher, était conscient de n'être que le faire-valoir du champion allemand. Sur le circuit, seulement. Un soir de victoire, raconte Eurosport UK, Irvine apostrophe Schumacher dans le bar de l'hôtel où l'équipe est descendue. "Michael, viens boire un coup avec nous !" Réponse de Schumi : "Non merci, je ne bois pas d'alcool. Je n'ai pas le droit." La répartie d'Irvine fuse : "Ben pourquoi, t'es enceinte ?"

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