Quatre questions autour du procès d'Oscar Pistorius

Oscar Pistorius lors de son audience du 19 août 2013 à Prétoria (Afrique du Sud)
Oscar Pistorius lors de son audience du 19 août 2013 à Prétoria (Afrique du Sud) (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

L'athlète sud-africain soutient avoir tué sa petite amie par accident. Son procès, qui s'ouvre lundi 3 mars, devrait lever les zones d'ombre de sa personnalité et les circonstances exactes du meurtre.

Il risque la réclusion criminelle à perpétuité. Oscar Pistorius, 27 ans, premier athlète handicapé à avoir participé à des Jeux olympiques, comparaît à partir du lundi 3 mars pour avoir tué sa petite amie Reeva Steenkamp, la nuit de la Saint Valentin 2013. Il est accusé de meurtre avec préméditation, lui plaide l'accident. Le procès, très attendu, sera retransmis en direct à la télévision et à la radio. Que peut-on en attendre ? Francetv info vous en explique les enjeux.

1 Que sait-on des circonstances exactes du meurtre ?

Au milieu de la nuit, le 14 février 2013, Oscar Pistorius tire, à travers la porte fermée des WC de sa chambre, quatre balles de son pistolet 9 mm. Sa compagne de 29 ans, la top-modèle Reeva Steenkamp, est touchée à trois reprise à la tête, au coude et à la hanche. La police, appelée vers 4 h du matin, arrive à 4h15 avec une ambulance. Reeva est morte, son corps est couvert de serviettes ensanglantées. Pistorius est arrêté.

Le domicile du sportif se situe dans un complexe de luxe dans le quartier huppé de Silver Woods, à l'est de Prétoria, la capitale économique sud-africaine. Le quartier est très sécurisé, arboré de palmiers et entouré de clôtures électriques, surveillé par des vigiles.

2Comment se défend Pistorius ?

Il n'y a aucun témoin du crime. Oscar Pistorius assure avoir tué sa petite amie par accident : il l'aurait prise pour un voleur et aurait tiré à travers la porte des toilettes. Dans la panique, il n'a pas eu le temps de mettre ses prothèses ni d'allumer la lumière, raconte-t-il, et ne s'est rendu compte qu'il venait de tirer sur Reeva qu'après avoir vu qu'elle n'était plus dans le lit. Il dit avoir alors défoncé la porte fermée à clé, à l'aide de sa batte de cricket et tenté de réanimer sa compagne."Reeva était vivante, j'ai appelé les secours, je l'ai soulevée et amenée en bas. J'ai essayé de la ranimer mais elle est morte dans mes bras.", assure-t-il.

Oscar Pistorius a dépensé une fortune pour s'entourer d'experts, allant jusqu'à commander une reconstitution vidéo virtuelle du drame, dans l'espoir de convaincre la cour que le meurtre relève de l'accident.

Certains éléments accréditent cette thèse. La chaîne d'information en continu sud-africaine eNCA a réussi à se procurer le dossier du parquet, dans lequel l'expertise balistique montre que Pistorius était "très probablement" sur ses moignons quand il a tiré les coups de feu mortels. Une version qui correspond aux photographies de la scène du crime diffusées par SkyNews montrant des impacts de balles trop bas pour qu'il ait porté ses prothèses au moment des faits.

3 Quels sont les arguments de l'accusation?

L'accusation soutient que le meurtre était prémédité et qu'il est sûrement consécutif à une dispute entre Oscar Pistorius et sa compagne. Toujours selon la chaîne eNCA qui reprend le dossier du parquet, le champion a tiré à très courte distance de la porte, ce qui ne correspond pas à un comportement de défense face à un danger. Le nombre de coups de feu tirés - quatre - interpelle lui aussi. Il tend à montrer qu'il y a eu intention de tuer donc préméditation.

Alors que Pistorius a toujours soutenu que le couple, qui s'était rencontré trois  mois auparavant, entretenait des relations sans nuages, The Eyewitness News, un journal sud-africain, qui cite les réponses du parquet à la défense, révèle que "les activités sur le Web de l'accusé sont en contradiction directe avec celles d'un couple aimant passer du temps ensemble." Pistorius consultait-il des sites pornographiques ce soir-là ?

D'autres éléments à charge à la disposition du parquet viennent appuyer la thèse d'une dispute, comme les témoignages d'amis de la victime ou celui des voisins qui disent avoir entendu la jeune femme crier, peu de temps avant les coups de feu.

Dernier élément à la disposition du parquet : lorsque le vigile du complexe sécurisé appelle le sportif après les coups de feu, celui-ci lui assure que "tout va bien", rapporte The Eyewitness Newset au lieu d'appeler la police ou les secours, il prépare sa défense et téléphone à son père et à ses amis pour leur demander de venir au plus vite.

4 Quelles sont les questions auxquelles doit répondre le procès ?

Le couple s'est-il disputé le soir du meurtre ? Pour y voir plus clair dans les relations du couple, la police sud-africaine cherche depuis un an à déverrouiller l'iPhone de l'athlète, qui assure avoir oublié son code PIN. Les enquêteurs se sont rendus, jeudi 27 février, aux Etats-Unis, pour que les experts d'Apple fassent parler le téléphone et retrouvent notamment des messages effacés, SMS ou conversations sur Whatsapp. 

Pistorius a-t-il le profil d'un meurtrier ? La personnalité du sportif va être passée au crible. Il est décrit comme changeant, agressif, ombrageux et flambeur. Passionné de vitesse, fou de moto et de belles voitures, Pistorius est surtout obsédé par les armes. Il demande, quelques jours avant la nuit tragique, des autorisations pour "six autres armes à feu" raconte, dans Le MondeMatthew Pryor qui a réalisé un documentaire sur le sportif. 

Habitué à se promener armé, il est aussi poursuivi pour infraction à la législation sur les armes. On lui reproche d'avoir déchargé le pistolet d'un ami dans un restaurant, en janvier 2013 à Johannesburg, et d'avoir tiré dans le toit de la voiture décapotable d'une ancienne petite amie.

A plusieurs reprises, l'athlète s'est montré possessif envers ses compagnes, qu'il aimait blondes et mannequins, allant jusqu'à la menace physique pour qui s'en approchait trop. Un accès de jalousie aurait-il déchaîné sa colère contre sa petite amie ?

L'hypothèse d'une réaction impulsive sous le coup de la peur n'est toutefois pas à exclure. Pistorius, d'un naturel anxieux, était facilement sur le qui-vive, comme le montre un tweet, tristement prémonitoire, de novembre 2012 : "Rien ne vaut de rentrer à la maison, entendre le bruit de la machine à laver, penser qu'un intrus est là et pénétrer dans la buanderie en mode close-combat ! Waah."

Pourquoi n'a t-il pas appelé les secours ? La police a retrouvé quatre téléphones sur les lieux du drame, mais Pistorius n'aurait, selon un rapport de l'accusation, jamais appelé les secours. Lui affirme le contraire. Il est vraisemblable que ce soit un voisin qu'il les ait joints.

Le procès qui doit se terminer le 20 mars devrait éclairer ces dernières zones d'ombre. 

 

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